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vendredi, septembre 2 2011

« La planète des singes : les origines »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 3 septembre 2011.

Un film de Rupert Wyatt, avec James Franco, Freida Pinto, John Lithgow, Brian Cox, David Hewlett.

Le scientifique Will Rodman et son équipe développent un remède expérimental contre la maladie d'Alzheimer, sensé booster le cerveau. Ils pratiquent leurs essais sur des singes, mais à la suite d'un incident, leur patiente meurt après avoir donné naissance au chimpanzée César, porteur naturel du gêne développé par Will.

Will et son père, atteint d'Alzheimer, développent des relations privilégiées avec le singe, mais l'intelligence hors norme de César et certains de ses comportements vont progressivement isoler celui-ci jusqu'à ce qu'il prenne réellement compte de son potentiel et rassemble les primates opprimés derrière lui. 

Il ne fallait pas énerver les singes...

Bon, ce serait faire injure au film de Rupert Wyatt que ne serait-ce que mentionner la bouse de Tim Burton dans cette chronique. Enfin, toujours est-t-il que les deux films n'ont rien à voir. Ces « Origines » sont une excellente surprise car elles privilégient la psychologie de César, véritable héros du film et premier singe intelligent, sorte de prophète de la Planète des Singes. Le métrage démarre tambour battant, permettant de mettre en place les conditions de sa naissance, puis le scénario se concentre sur l'évolution du singe, comme s'il s'agissait d'un biopic consacré à l'enfance d'une personnalité. On assiste à quelques moments de tendresse, où César apprend à une vitesse phénoménale, tandis que le grand-père lutte contre sa propre dégénérescence.

Le sous-texte du film, c'est que l'autre personnage central, Will (très bon James Franco), doit accepter de laisser partir son papa en lâchant prise sur l'élaboration d'un hypothétique vaccin, ainsi que son "fils" chimpanzée, dont l'intelligence extraordinaire ne peut que le couper de la civilisation. Will est un homme seul, bientôt orphelin, et dont l'enfant va choisir le camp des primates. En guise de maison de correction, il est envoyé en cage. C'est à cet instant que le film bascule dans un deuxième acte moins sentimental et beaucoup plus tendu.

C'est aussi dans le deuxième acte que César devient vraiment intéressant, aidé par le jeu toujours très efficace d'Andy Serkis (Gollum, King Kong, le futur capitaine Haddock de Jackson et Spielberg), derrière la motion capture. La meilleure scène se déroule dans la cage de César, lorsque Will, venu le ramener à la maison, et comprenant tout juste que son chimpanzée préféré est victime de sévices, lui demande de le suivre. César ne lui montre qu'un visage froid et déterminé, préférant demeurer dans sa cage, mais lorsqu'il se retourne, on comprend que c'est pour cacher sa tristesse de ne pouvoir suivre son père d'adoption. Il ne peut abandonner ses congénères. Leur évasion est imminente...

Même si un effort certain a été consenti dans les scènes d'action du troisième acte, celles-ci demeurent le maillon faible du métrage. Malgré un décor ultra efficace (le pont de San Francisco), elles manquent d'imagination, et le choix du point de vue des singes plutôt que des humains torpillent ce que pouvait offrir la brume en terme de mise en scène (je pense ici à « Aliens » de James Cameron).

Etonnamment, le film brille surtout par sa galerie de personnages, et particulièrement les singes qui ont été très travaillés, mention spéciale à la bête de laboratoire complètement défigurée, et donc très revancharde. L'aspect psychologique constitue le point fort de « La planète des singes : les origines », et malgré quelques incohérences, le film est une très bonne surprise, laissant le soin aux suites d'exploiter les aspects "aventure" et "guerre".

lundi, août 8 2011

« Cars 2 »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 6 août 2011.

Un film d'animation des studios Pixar, réalisé par Brad Lewis et John Lasseter.

Avec en VO, les voix de Owen Wilson (Flash), Michael Caine (McMissile, Lambert Wilson en VF, ça passe), Eddie Izzard, Jason Isaacs, Joe Mategna (un espion tout rouillé / homme de main), Peter Jacobson (Taubd de « Dr House » en guimbarde-homme de main), Thomas Kretschmann (l'infâme Professeur Z), Michael Keaton (Chick Hicks, l'ancien rival de Flash), John Turturro (le rital Bernoulli, proche de son rôle de Jésus dans « The Big Lebowsky »), Vanessa Redgrave (la reine d'Angleterre), Bruce Campbell (un espion confrère de McMissile), Cheech Marin (le mexicain adepte du tuning), mais aussi Lewis Hamilton, Sebastian Vettel, Jacques Villeneuve. La voiture Doc Hudson est morte, en hommage à Paul Newman, qui la doublait dans le premier épisode.

La Piston Cup vient de se terminer et c'est Flash McQueen qui vient de la gagner pour la 4ème année consécutive. On en est à l'intersaison, avec ce soir, la deuxième course de la série de Grand Prix sponsorisés par Miles Axelrod, et sa fameuse huile naturelle à l'Attanol !

Pour l'instant, après un seul Grand Prix, celui du Japon, c'est Francesco Bernoulli qui est en tête, devant McQueen, mais gare à Raoul Saroule, qui roule ce soir devant son public à Paris, au Japonais Shu Todoroki et à l'Allemand Max Schnell.

Alors, on parle de cette course, aussi, parce que de nombreux incidents ont émaillé la compétition, et notamment des explosions de moteurs, ce qui remet en cause la fiabilité de l'Attanol, mais il se dit dans les milieux autorisés qu'il pourrait s'agir de sabotages !

Cette fois-ci le héros change, McQueen est quasiment relégué au second plan, au profit de du tracteur gaffeur Martin, et de l'espion McMissile et ses nombreux gadgets. Pour donner une idée du ressenti, imaginez « Star Wars » du point de vue de Jar Jar Binks... Ah zut, ils l'ont fait ! Donc qui dit personnage comique en héros, dit blagues et débit de mitraillette sur tout le film, du coup extrêmement bavard ! (Tiens, ils n'ont pas encore sorti de long-métrage centré sur l'âne de « Shrek », oups, je n'ai rien dit...)

Dans cette suite, il ne s'agit plus de championnat, enterrée, la Piston Cup, mais d'un hommage géant à James Bond, et surtout « Goldfinger » : la voiture au monocle Professeur Z est calquée sur le personnage incarné par Gert Fröbe, nous avons aussi le laser rouge sensé éliminer 007 ("Monsieur Bond, j'attends juste que vous mouriez"), l'introduction explosive, le complot mondial, les riches psychopathes, l'assistante Money Penny / Holley Shiftwell...

Techniquement, les images sont superbes, la simplicité des paysages de Radiator Spring et les circuits en ovales du premier épisode laissent place au soleil d'Italie, à Londres, Tokyo et Paris, donc des rues, des foules, des pavés, des trottoirs et des quartiers entiers ! Nous obtenons un dépaysement total d'un circuit à l'autre, d'une mission secrète à l'autre.

Au final, ce « Cars 2 » est un vrai film d'aventure : moins de morale ou de message zen, mais plus d'action et de personnages qui en jettent (les espions et bolides de courses variés parleront sûrement plus aux gamins que des véhicules poussiéreux de la route 66. Privilégiant le nombre de personnages, les gadgets, et les décors variés, ce côté aventure plaira plus aux petits, mais les clins d'oeil et le second degré, et surtout le côté bavard risque de les perdre. A noter aussi pour ceux qui n'auraient pas vu les petits sketches animés « Cars Toons » où "Martin se la raconte" aux quatre coins du monde, cette série de films très courts préfigurent « Cars 2 » et ont donc constitué un bon galop d'essai en guise de Focus Group géant par le studio Pixar.

lundi, août 1 2011

« Harry Potter et les reliques de la mort - Partie 2 »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 30 juillet 2011.

Un film de David Yates, avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Alan Rickman, Michael Gambon, Ralph Fiennes, David Thiewlis, Gary Oldman, Helena Bonham-Carter (oui, c'est les mêmes, mais c'est la dernière fois, hein...).

Avis à tous ceux qui choperaient en route le train pour Poudlard avec ce dernier numéro, vous n'y pomperez rien. Voici, donc spéciale dédicace, un résumé imbitable de cet épisode :

A la recherche des derniers Horcruxe semés par Tom Jedusor (celui qu'on ne doit pas nommer, l'anagramme là, enfin, vous voyez), objets importantissimes pour que le binoclard boucle enfin sa revanche, Potter doit continuer de se cacher des raids des mangemorts ratissant large et balayant les restes de bonté d'un ministère de la magie dopé aux sorts maléfiques. Ceci dit, depuis qu'il est devenu sorcier non gratta à Poudlard, où les dernières années utilisent même Doloris sur les rookies (pensez donc, depuis que Sevrus a remplacé Albus, les jours de quiétude où les sangs de bourbe et les purs potions vivaient en harmonie sont bien loin), le fils de Lili fait profil bas et ça craint du boudin.

Farcis d'un gobelin pas commode pour infiltrer le coffre secret de Belatrix Lestrange, la pétasse qui a occis le parrain bien aimé du héros et ancien taulard, mais en fait secrètement membre de l'Ordre du Phénix, lui et ses amis Ron et Hermione (la miss t-shirt mouillé de ce dernier opus) pensent gagner du terrain sur le maître du mal balançant du Avada Kedavra à foison.

Mais heureusement, Potter, grâce à ses cours d'Occlumancie avec le Prince de sang mêlé, le terroriste germanophone qu'on démasque finalement en balançant ses larmes dans la pensine, et son bilinguisme pour le Fourchelang, arrive à s'incruster sous le crâne au sang froid de l'autre psychopathe détestant les moldus, et à coups de quelques Expelliarmus bien placés, pourrait bien installer son Patronnus sur la bannière des sorciers en colère.

...

Sinon, que dire...

Poursuivant la veine très noire du film précédent, bien fichu, mais toujours trop rapide, ce dernier épisode manque d'un souffle épique, mais clôture de manière honorable une saga qui a emmerdé pas mal d'allergiques aux héros en culottes courtes, mais qui se révèle plutôt sympathique et techniquement irréprochable dans son ensemble, avouons-le.

Et à part Alfonso Cuaron et Mike Newell, il manquait peut-être quelques réalisateurs poids lourds aussi...

lundi, juin 6 2011

« Source Code »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 4 juin 2011.

Un film de Duncan Jones, avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan, Jeffrey Wright.

Colter Stevens voyage en train en compagnie de la jolie Christina. Elle lui parle tranquillement, elle l'aime beaucoup. C'est une belle journée.

Sauf que Stevens ne la connaissait jusqu'à il y a quelques minutes. Il n'a pas le temps de comprendre quoi que ce soit qu'une bombe explose et tout le monde périt dans l'attentat.

Mais Stevens se réveille dans sa cabine de pilotage. Il est soldat en Afghanistan. Et va devoir retourner dans le train dans quelques secondes...

Il ne s'agit pas ici d'un film sur des programmeurs en informatique condamnés à bouffer du code pour pondre un logiciel. Le code source, en l'occurence, est précisément ce qui ne doit pas être identifié avant d'avoir vu le film. Donc avis aux amateurs de matraqueurs binoclards de clavier, il n'y en a pas. Enfin, il y a quand même des claviers, et des téléphones mobiles qui captent internet, mais rien de bien méchant.

« Source Code » fait partie de ces métrages dits "films concepts", qui à l'instar d'oeuvres comme « Un jour sans fin », « Cube », ou même « Inception », frappent l'imaginaire du spectateur par des scénarii que j'appellerais "à couilles", sortant des sentiers battus pour proposer des genre à eux tous seuls, et dont le postulat de base induit une narration, une mise en scène, et un dispositif en adéquation avec la radicalité de l'entreprise. Le plus souvent, ces films permettent aux metteurs en scène de s'essayer à des exercices de style comme le huis clos, la répétition à outrance, ou les ambiances oniriques, torpillant la manière habituelle de raconter des histoires. Le principal danger est de ne pas se laisser bouffer par son scénario, en proposant une réalisation ne servant qu'à mettre en image le script.

En clin d'oeil à « Incassabe » de Shyamalan, qui voyait Bruce Willis sortir indemne de l'accident de train qui ouvrait son film de super héros, la scène du train de « Source Code » constitue l'un des deux fils rouges du film, et on voit finalement son héros passer quasiment tout le métrage à dialoguer avec deux femmes. Tour à tour guides ou suiveuses, ces deux personnages féminins, comme dans un jeu vidéo, constituent finalement deux points d'ancrage, deux sauvegardes, deux frontières d'un univers nous renvoyant sans cesse au concept du huis clos. 

Duncan Jones sait instaurer un suspense, jouer sur les indices visuels (le film nécessite bien sûr un deuxième visionnage pour permettre au spectateur de décrypter les premiers dialogues forcément incompréhensibles). Son casting est impeccable, Gyllenhaal excelle dans plusieurs registres, l'agressivité, la traque, la fébrilité, tandis que Michelle Monaghan apporte ce qu'il faut de fraîcheur à un rôle (encore une princesse à sauver, comme dans « Mission : Impossible 3 ») qui avait tout pour être énervant.

Au final, sans pour autant être le film de l'année, « Source Code » se révèle un bon petit film à voir, réussi dans son genre, mais manquant peut-être d'un chouia d'ambition, et pâtissant de dix dernières minutes de trop.

mardi, mai 31 2011

« Outrage »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 21 mai 2011.

Un film de et avec Takeshi Kitano, avec aussi Jun Kumimura, Ryo Kase, édité en DVD chez HK Vidéo.

Un yakuza du clan Otomo, associé au clan Ikemoto, est arnaqué par les patrons d'un bar à putes travaillant pour le clan Murase, qui vient de signer une alliance avec Ikemoto. Cet outrage va provoquer des tensions dans le clan, où, entre multiples règlements de compte, chaque malfrat veut tirer son épingle du jeu et trahir ses semblables.

Takeshi Kitano retrouve ici le genre cinématographique qui l'a popularisé en dehors du Japon, et a contribué à changer le regard de ses compatriotes sur son travail : le film de yakuzas. Après un intermède introspectif (« Takeshi's », « Glory to the Filmmaker ! », et « Achille et la tortue »), le réalisateur japonais se re-confronte aux mafieux du Soleil Levant, en lâchant en route une partie des gimmicks qu'il avait inventés pour aller vers quelque chose de plus sobre et classieux.

Alors, bien sûr, nous retrouvons encore une scène sur la plage, mais les yakuzas ne sont plus ces pantins désoeuvrés en chemise hawaïenne, en attendant que la mort leur tombe au coin de la figure. Dans « Outrage », ils sont habillés de façon classe, en costumes, chemise sombre et cravate. L'humour burlesque est absent au profit de joutes verbales très bruyantes et excitées. Un comble pour un metteur en scène qui avait pour habitude d'élaguer au maximum ses dialogues. L'ancienne marque de fabrique de Kitano, c'était ces plans silencieux, où un personnage regardait fixement la caméra, stoïque, sans rien dire, de manière à préparer le terrain à une violence survenant sans crier gare, de simples coups de feu rompant le silence et clôturant les errances de morts en sursis.

Pourtant, « Outrage » est certainement le film le plus violent de Kitano. Une violence qui surprend moins, car nous la sentons plus venir, mais qui n'en demeure pas moins assez crue (même si toujours outrancière) : charcutage au cutter, torture chez le dentiste, tabassage en règle, le réalisateur de « Sonatine » nous propose un éventail large de mises à mort variées, accumulant les règlements de compte sans perdre de vue son intention de livrer un objet plus abouti formellement que ses précédents opus. 

Cette volonté de moins aller dans l'elliptique et plus dans le frontal, combinée à la recherche d'une esthétique moins "photo de vacances" et plus "film noir" témoigne certainement d'une intention d'aller repêcher les fans occidentaux que le cinéaste avait perdu en route. Car s'il s'est éloigné de son étiquette " réalisateur de films de gangsters", ses films ont ainsi pâti d'une distribution internationale ne sachant pas trop comment communiquer autour de métrages plus centrés sur la double image d'un Kitano (cinéaste)/Beat Takeshi (trublion à la télévision) propre à l'archipel japonais.

A travers « Outrage », Kitano parvient quand même à se renouveler un minimum avec un film étonnamment bavard, offrant au spectateur de nombreuses joutes verbales, dont les répliques s'enchaînent aussi vite qu'un spectacle de manzaï (style comique japonais composé d'un duo de comiques qui enchaînent les blagues sur un rythme très soutenu). La violence graphique et la violence verbale de ce film rappelle les dialogues énergiques du cinéma Hong Kongais, et particulièrement la filmographie de Johnnie To, dont « outrage » entretient certains points communs avec son diptyque « Election ».

Le film commence sur un banal affront survenu en boîte de nuit, mais qui prend ensuite des proportions inimaginables lorsque le chef de clan manipule les protagonistes pour les faire tourner en bourriques : l'humour décalé de Kitano trouve ainsi le moyen de s'exprimer, puisque le scénario dépeint la descente aux enfers d'un clan de yakuzas à travers les luttes internes qui frôlent l'overdose de trahisons et manipulations, jusqu'à la farce. Le parti pris scénaristique atteint son paroxysme dans la dernière demie-heure, où on atteint le n'importe quoi dans l'échiquier yakuza, où on ne comprend finalement plus quel intérêt ont les uns et les autres à s'entre-tuer. Le metteur en scène retombe finalement sur ses pattes, et les pantins désoeuvrés de « Sonatine » ne sont pas si loin, l'effet domino a changé de décor, les voitures rutilantes remplaçant le sable de la plage.

Au final, « Outrage » peine à trouver son rythme, mais le résultat se révèle un excellent nouveau départ dans la filmographie du maître. Dans les bonus, Kitano plaisante : "On m'a tellement bassiné pour que je réalise à nouveau un film de yakuzas. Mais j'ai livré un film tellement violent qu'on ne m'en réclamera plus".

lundi, avril 18 2011

« The Company Men »

Un film de John Wells, avec Ben Affleck, Chris Cooper, Tommy Lee Jones, Kevin Costner, Maria Bello, Craig T. Nelson, Eamon Walker.

Boby Walker mène une vie de rêve. Il est directeur commercial d'une multinationale à Boston (eh oui, c'est Ben Affleck, donc c'est Boston), gagne 160.000$ par an, roule en porsche, habite une grande maison avec une famille de rêve, et travaille son swing de golf tous les matins avant d'aller au boulot. Mais un matin, sa boîte dégraisse et il se retrouve au chômage. Se succèdent le cabinet de reclassement personnalisé, les bilans de compétences, et les coups de fil infructueux. Sa belle vie part en vrille, et s'ensuit une remise en question. Bientôt, la multinationale licencie aussi ses collègues Woodward et Mc Clary. Les trois hommes vont chuter lourdement. Chacun à sa manière.

Malgré cet univers fait de stock options, jets privés, et maisons de rêves, ce qui ressort de ce film, c'est avant tout son caractère humain, où comment des hommes partis de rien et à qui tout a réussi, doivent tout recommencer depuis la base. Bien sûr, les trois parcours sont différents. Walker est le plus jeune, commercial de talent, et s'accroche comme un fou à ses privilèges : voiture bling bling, carte de membre du club de golf, salaire. Les déceptions et les échecs vont le pousser à reconsidérer ses priorités et ravaler sa fierté.

Je devine les réserves qui viennent naturellement chez le lecteur de ces lignes : l'appréhension d'une belle morale faite de bons sentiments, ressortant sous formes de beaux ralentis des parents jouant avec les gamins dans l'herbe verte du parc municipal, histoire de marteler que les valeurs familiales sont la base de toute vie bien réussie. Eh bien non, le réalisateur John Wells se montre plus fin que cela : chacun des trois hommes licenciés apporte un éclairage différent sur le sort des deux autres. L'isolement, le divorce, l'âge trop avancé, la peur du changement, la rétrogradation sociale, s'abattent sur eux, ils sont les trois facettes de l'homme moderne qui perd son emploi, déchu de sa virilité, de son rayonnement, sa raison de vivre.

En aucun cas misérabiliste, « The company men » se veut avant tout optimiste. Son casting trois étoiles est juste impeccable : Ben Affleck campe parfaitement le jeune connard trop fier pour demander de l'aide à ceux qu'il a toujours considérés comme des ploucs, mais trop sympathique pour ne pas susciter le dégoût. Chris Cooper incarne le responsable effrayé par la perte de son boulot, désespéré et au bout du rouleau, dans un foyer sans âme. Tandis que Tommy Lee Jones, pour une fois un modèle de sobriété (ou enfin, bien dirigé), est idéal en dirigeant paternaliste dépassé par le plan social, mais toujours increvable. Kevin Costner, méconnaissable en chef de chantier usé en gants et chemise canadienne, semble être né pour jouer les travailleurs se levant tôt, avec sa grosse tête parsemée de quelques rares cheveux.

Des personnages intéressants, un scénario misant sur la quotidienneté d'hommes frappés par la perte de leur emploi, un casting en béton armé, « The company men » est la première bonne surprise de ce printemps cinéma.

mardi, février 22 2011

« Black Swan »

Un film de Darren Aronofsky, avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Winona Ryder, Barbara Hershey.

Nina est danseuse dans la troupe du chorégraphe Thomas Leroy. Alors que celui-ci prépare une adaptation du « Lac des cygnes », elle est obsédée par l'obtention du double rôle central : elle convient parfaitement pour le virginal et pur cygne blanc, mais pour jouer son jumeau, le cygne noir, elle va devoir explorer sa sensualité et s'aventurer dans des zones troubles en s'abandonnant totalement.

Avec ce deuxième volet du diptyque débuté avec « The Wrestler », Aronofsky clôture un travail sur l'artiste jusqu'au-boutiste, flirtant même avec l'auto-destruction. Sous couvert d'une chronique sociale sur fond de catch, ou d'un portrait sophistiqué d'une danseuse sujette à des visions, le réalisateur de « Requiem for a dream » continue de filmer le corps, ses métamorphoses, ses mutilations, et le place, à part peut-être dans « The Fountain » qui mettait en scène le combat d'un esprit, systématiquement au centre de son cinéma.

Le rapport obsessionnel du personnage avec son propre corps, même s'il est filtré par des effets sophistiqués ou une narration arty, témoigne de la volonté d'Aronofsky de toucher chaque fois à quelque chose d'essentiel et paradoxalement sobre, sa mise en scène se faisant d'ailleurs plus brute et directe au fil de ses films : du noir et blanc granuleux du "tetsuesque" « Pi », aux motifs graphiques revenant en boucle dans « Requiem for a dream », jusqu'au très extrême et ambitieux « The Fountain » où le cinéaste semble avoir atteint les limites d'un premier cycle, la bifurcation d'un cinéma sur-travaillé, vers une mise en image plus documentaire, plus centrée sur des personnages fragilisés, permet un impact moins tape-à-l'oeil mais finalement beaucoup plus direct.

Comme le dit à ses danseuses Thomas Leroy, incarné dans « Black Swan » par Vincent Cassel, en guise de clin d'oeil du réalisateur à ses fans, "nous allons livrer une version plus décapée".

L'aspect documentaire de ses deux derniers films permet au cinéaste de se frotter à d'autres considérations artistiques et d'appréhender différemment sa direction d'acteurs. Quasiment vampirisé par Mickey Rourke, dans le scénario comme sur le tournage, dont la carrière en dent de scie constituait déjà en soi le personnage à par entière, « The wrestler » était doté de deux facettes : les dernières tentatives misérables du personnage de renouer avec des "proches", et sa renaissance auto-destructrice chaque fois qu'il montait sur un ring.

L'intention derrière « Black Swan » comporte des points communs : la jeune Nina, fraîche jeune fille perfectionniste ne s'autorisant aucun écart (et pas grand chose d'autre d'ailleurs), ne sort jamais et vit avec sa mère, ancienne danseuse ratée qui la sur-protège. Sa quête de la perfection l'amène à faire de l'obtention du rôle de reine des cygnes dans le ballet, l'accomplissement de sa jeune carrière. Mais ce rôle nécessite plusieurs changements : elle doit remplacer l'actrice vieillissante Beth, star déchue auto-destructrice et fantômatique, symbolisant le futur de Nina (sa mère en représentant l'autre versant, mais pas moins négatif), et développer sa propre part d'ombre, plus extravertie, plus sensuelle, plus vicieuse. C'est là que la belle Lilly, danseuse plus... trouble et rock'n roll, entre en scène.

La thématique du double persiste dans les deux films de ce diptyque : le catcheur ne pouvait sacrifier sa vie nocturne sur les rings, à sa santé, son travail et son rôle de père, tandis que Nina, pour parvenir à ses fins, doit suivre les orientations de son chorégraphe et devenir autre. La structure de « Black Swan » suit bien sûr celle du « Lac des cygnes » de Tchaïkovsky, où le cygne blanc se fait voler son prince par le cygne noir, et se donne la mort. L'analogie entre Nina et son personnage de cygne n'est pas toujours très discrète, et certains effets frôlent le superflu (la chair de Nina se transformant en peau de cygne). Mais le film est tout de même une réussite, porté par une Natalie Portman parfaitement crédible en danseuse, et impressionnante dans la découverte de ses sens (la scène où elle accomplit ses "devoirs à la maison" est excellente). Vincent Cassel, s'il m'avait auparavant rarement convaincu dans ses films américains, est ici excellent en chorégraphe entreprenant, entre tentateur, maître à penser, créateur tout puissant, et père de substitution. Ne vous fiez pas au minimalisme du scénario, « Black Swan » se veut l'histoire d'une jeune fille à la découverte de sa sexualité, voletant dans un conte moderne : il est aisé de deviner la fin, mais l'important ici n'est pas l'aboutissement, plutôt le parcours et les entre-chats.

lundi, février 21 2011

« L’Île de Lorose » - Par Toshy - Ankama Editions


Des aventuriers très spéciaux dans de l’heroic fantasy humoristique et bourrine, pour une revisitation décalée de l’univers de Wakfu.

Une flopée de bras cassés s’étant rencontrés par hasard se trouvent embringuée à la recherche de la mystérieuse, mythique et paradisiaque île de Lorose : un iop super-bourrin, une sadidette baraquée virée par les siens pour des motifs obscurs, un chien-chien fantôme et un sacrieur un peu précieux.

La collection "Wakfu Nébuleuses" de l’éditeur Ankama permet à ses auteurs de livrer une vision décalée du multivers Wakfu (jeu vidéo, dessin animé, bandes dessinées, jeux de cartes). « L’île de Lorose » ressemble à une BD underground, avec son papier jauni avec traces de bois, ses personnages de crétins, et son graphisme aux hachures dentelées à la Charles Burns.

Même si cette histoire de losers cherchant une île mystérieuse ne vole pas très haut dans la subtilité, l’album se révèle agréable à lire, justement grâce à ses personnages de bras cassés : la créature "poil à gratter" et son sens de la vanne le bourrin stupide toujours affamé, le boulet féminin, la chochotte frêle sujette à l’hypo-tension, font leur petit bonhomme de chemin en dégommant gratuitement des créatures du même acabit.

Si, en tout début du livre, le message du mosquito concernant la conclusion naze de l’album ne vous rebute pas, vous passerez un bon moment. Les autres, fuyez la compagnie de ces abrutis, ils sont contagieux !

vendredi, février 18 2011

« Le discours d'un roi »

Un film de Tom Hooper, avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Sr Derek Jacobi, Geoffrey Rush, Guy Pearce, Michael Gambon.

Albert, fils cadet du roi George V, est bègue et souffre de s'exprimer en public. Sa femme tente tout pour l'aider à surmonter son handicap, y compris lui dégoter un docteur Australien aux méthodes anti-conventionnelles. L'histoire est sur le point de pousser "Bertie" sur le devant de la scène, car son frère abdique peu après la mort de leur père.

Nous sommes en 1939. Et il faut une voix pour s'élever contre l'éloquence d'Hitler. Bref, ce n'est pas gagné...

Acclamé de partout, et mettant en scène un pan de l'histoire peu connue (Bertie, alias George VI, n'est autre que le père de l'actuelle reine Elizabeth, quand même), ce film de Tom Hooper est une réussite totale. Les décors sont de toute beauté (l'Abbaye de Westmister, le Palais de Buckingham, le cabinet du Premier Ministre) mais l'académisme n'a pas droit de cité ici. Même si l'Histoire avec un énorme H sonne aux portes du bureau de ce pauvre Bertie, gaucher contrarié au sang chaud, jamais la mise en scène ne cesse de s'attacher aux deux protagonistes, à hauteur d'hommes : ce drôle de duo formé par un acteur râté et un futur roi apeuré par sa propre voix.

Les meilleures scènes (il n'y a, tout bien réfléchi, pas beaucoup d'autres séquences où ils ne sont pas) sont celles privilégiant des échanges amicaux, et se déroulant dans l'intimité du cabinet de l'orthophoniste, une discussion dans un parc, ou un entretien en privé autour du trône sacré de l'Abbaye. Les décors sont là, ainsi que les conseillers, mais rien ne semble parasiter l'harmonie de ce triangle, car le troisième personnage, central, n'est autre que la voix de Bertie. Sans rien spoiler, le film ne montre pas la victoire de Bertie sur son bégaiement, mais comment, à force de pauses et dictions lentes, il tire finalement profit de la solennité de la situation.

Les points forts du « Discours d'un roi » sont bien sûr ses personnages. Les deux frères de sang royal, l'un homme à femmes et renonçant au pouvoir pour épouser une américaine deux fois divorcée, fait passer son plaisir avant tout et fuit les obligations. Le cadet, par contre, a moins de charisme (du moins le croit-il) mais a la stature d'un roi. Constamment épaulé par sa femme qui reste l'une des rares à croire en lui, il doit se faire violence pour apprivoiser une voix hésitante. Tout au long du film, les échecs ne lui sont pas épargnés, de sorte que malgré le talent du docteur, nous doutons que le roi ne réussisse jamais à étaler son immense potentiel aux yeux de tous. Le film étonne surtout par sa subtilité et sa justesse. A part le docteur extravagant joué par l'immense Geoffrey Rush, qui contrebalance la retenue des autres, l'essentiel des personnages s'impose un devoir de réserve et se doit de montrer une conduite irréprochable à la face du monde. D'où cette accumulation de séquences tantôt attendrissantes, tantôt drôles, où des mots d'esprit et le raffinement perlent derrière des façades d'hommes publics se positionnant par rapport à l'opinion d'un peuple qu'on ne verra quasiment jamais.

Resteront des plans superbes de personnages s'exprimant dans des microphones, donnant terriblement envie de faire résonner nos voix (un outil magnifié, puissant et chaleureux) et réfléchir sur la manière que nous avons de la faire entendre.

mercredi, février 16 2011

« Arrietty : le petit monde des chapardeurs »

Un film d'animation des studios Ghibli, réalisé par Hiromasa Yonebayashi.

Dans la banlieue de Tokyo, à la campagne, le jeune garçon Sho vient se reposer avant de subir une importante opération au coeur. Divers objets et nourritures disparaissent régulièrement, chapardés par Arrietty et son père, des petits êtres vivant sous la maison.

Fait suffisamment rare pour être souligné, voici un film réalisé par un jeune metteur en scène de la maison Ghibli (36 ans seulement), et donc dirigé ni par Miyazaki ni par Takahata. Certes, il n'est pas le premier (il y a avait déjà « Le royaume des chats » ou « Les contes de Terremer »), et il faudra de plus en plus nous y habituer, les deux co-fondateurs du studio prenant de l'âge. Nous retrouvons bien sûr la patte Miyazaki, au niveau du character design et de l'empreinte écolo-campagnarde. Le réalisateur de « Mon voisin Totoro » a lui-même développé le scénario et nourrissait l'envie d'adapter le livre pour jeune public « The borrowers » de Mary Norton depuis 40 ans.

« Arrietty » est un sympathique petit film faisant passer un très agréable moment. La mise en scène, sur une narration générale assez lente, s'attarde sur des détails apportant une substance au monde des chapardeurs : l'expédition nocturne d'Arrietty et son père pour voler un morceau de sucre est un très beau moment d'animation et constitue le meilleur passage du métrage. Le sens du détail, le dosage du rythme, la gestion de la tension et du danger, le mélange de peur et d'excitation de la jeune chapardeuse, nous amènent à la rencontre fatidique, sonnant comme le gong de la pendule de grand-mère, entre Arrietty et Sho. C'est indéniable, le film a des qualités et une gestion du postulat de base toute en douceur (pas d'effet grandiloquent, Sho aperçoit Arrietty et reconnaît son existence de manière naturelle).

La relation d'amitié entre Sho et Arrietty, faite de crainte puis d'entraide, est basée sur un rapport de force inversé : Arrietty est aventureuse et pleine de vie, tandis que le grand Sho a le coeur malade, et se trouve être le plus vulnérable des deux. Ce rapport d'attraction/prudence, où chacun croit bien faire mais provoque malgré lui des catastrophes, va se trouver bouleversé par l'arrivée de Spiler, qui va bouger les repères installés depuis le début du film, et précipiter la suite des évènements.

Même s'il contient de bons moments, le film ne dépasse jamais le stade du métrage "gentillet", par manque d'ampleur. Les personnages, même les négatifs, ont quand même un bon fond et font aussi rire, mais la mayonnaise prend de moins en moins. Un air de déjà-vu, une magie trop téléphonée, des personnages en rappelant d'autres, Ghibli s'enlise et n'a plus véritablement livré de grands films depuis « Le voyage de Chihiro ». 10 ans déjà.

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