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vendredi, octobre 21 2011

« Drive »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément Week-End » du samedi 15 octobre 2011.

Un film de Nicolas Winding Refn, avec Ryan Gosling, Bryan Cranston, Carey Mulligan, Albert Brooks, Ron Perlman.

Los Angeles, un pilote sans nom se fait payer en transportant des braqueurs. Seule condition : ne pas assister aux braquages. A part ça, il est cascadeur pour le cinéma, et bosse aussi dans un garage. Il fricote de plus en plus avec sa voisine craquante, mère d'un petit garçon, dont le père est sur le point de sortir de prison. Le quotidien du pilote se partage entre les errances nocturnes au volant en écoutant de la musique électro, et du bricolage dans le cambouis.

Mais sous ses airs d'autiste mutique, se cache un hyper violent à qui il ne faut pas se frotter.

Ce nouveau long-métrage de Nicolas Winding Refn (« Valhalla Rising », « Bronson ») est à ranger dans la catégorie des oeuvres vaporeuses, dans l'artistico-branchouille urbain (coucou Wong Kar Wai). Ce film traite de l'errance, une errance d'un homme comme hypnotisé par la route. Ne vous fiez pas à la bande-annonce, si vous vous attendez à du « Fast and furious », passez votre chemin. « Drive » est pourtant un film de braquage, et comporte deux séquences de poursuite automobile (la première est un sommet de tension et de maîtrise formelle, la seconde est plus classique et beaucoup plus énervée). Nous avons donc un film flirtant avec des conventions, celles du film de braquage, du film de mafieux, tout en tordant certaines règles au profit d'une approche plus arty.

« Drive » peut être considéré comme un film froid, mais n'est pas déshumanisé pour autant. Le triangle formé par le pilote, sa voisine et le garçon est sympathique, et même si l'utilisation du ralenti provoque une dilatation du temps, tout en induisant un sentiment de pleinitude pour le héros, et malgré des dialogues plus que réduits à l'essentiel, le metteur en scène arrive à faire passer une flopée de sentiments et d'impressions par l'utilisation du non dit et une maîtrise imparable du hors champ. La scène du dépannage sur le parking du supermarché, suivie de celle du verre d'eau, est à ce point exemplaire de cette volonté du réalisateur d'explorer la narration minimale, poursuivant l'expérimentation vers le muet déjà vue dans son opus précédent, dans un registre plus initiatique et barbare : « Valhalla Rising ».

Contraint de réduire son jeu au maximum, l'acteur Ryan Gosling donne au départ une impression de mollesse très désagréable, nous faisant craindre de nous coltiner près d'1h40 cet autiste. Mais la direction d'acteur du metteur en scène danois fait des prodiges, et la silhouette longiligne de Gosling, combinée avec sa blondeur diaphane, en font un personnage dépourvu de toute matérialité, traversant comme un fantôme cette histoire de valise de billets, meurtres sauvages, et règlements de compte, comme une entité n'ayant jamais existé. L'aspect fantômatique du personnage est d'ailleurs pointée du doigt dans l'une des dernières scènes du film, silencieuse, quand sa voisine tape à sa porte. Elle laisse la place à une conclusion en apesanteur, où le pilote, à cheval entre deux mondes, empoigne le volant dans une ultime virée.

Le territoire de ces errances, Los Angeles, est montrée comme rarement : des rues très larges étonnamment vides, seulement arpentées par des malfrats et des flics, et rappelle la démarche du réalisateur Michael Mann sur « Collateral », qui explorait la solitude de deux hommes dans un taxi. Navigant entre un univers nocturne mis en forme de manière arty, à base de ralentis et sans parole, et un monde de mafieux de jour, plus conventionnel et ultra-violent (le travail sur le son et les impacts de balles est saisissant), où un patron de pizzeria juif italien (Ron Perlman) offre au film son quota de dialogues, « Drive » joue sur ces deux univers pour décrire le personnage du pilote, et dresse un portrait en creux d'un homme vide, retrouvant une matérialité grâce à sa relation pourtant quasiment platonique avec sa voisine.

Un film surprenant, et ce dès son générique d'ouverture savoureusement décalé, lauréat d'un prix de la mise en scène à Cannes largement mérité.

mercredi, octobre 19 2011

« Real Steel »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 8 octobre 2011.

Charlie Kenton est routier, et fait la tournée des spectacles d'un genre nouveau : il commande à des robots par manette interposée, lors de combats de boxe où le métal froissé a remplacé la chair humaine. Loser patenté, ancien boxeur déchu, il a raté sa vie, mais lorsqu'on lui apprend que son ex est morte, laissant derrière elle son fils de 11 ans, il en profite pour... le vendre à son ex belle-soeur ! Sauf qu'on ne se débarrasse pas comme cela d'un gamin, et Charlie doit se le coltiner pour les vacances. Cela tombe bien, le petit est fan de combats de robots, et recueille une épave : le robot Atom. Contre l'avis de son père, il décide de le garder. A leur grande surprise, la machine se révèle très surprenante, et va gravir une à une les marches de la notoriété au fil des combats.

On aurait pu s'attendre à un délire geek, une suite d'affrontements de robots à la « Transformers », prétexte à un déluge d'effets spéciaux et de câbles qui flambent, filmés par une caméra virtuose mais véhiculant l'esbroufe. Que nenni ! Le film est avant tout une oeuvre tous publics, parlant surtout d'une relation père/fils très sympathique. A mi-chemin entre la comédie d'action et le genre "émotion", le film de Shawn Levy met particulièrement en valeur le duo Jackman/Goyo, deux têtes de mules se prenant le bec mais s'apportant mutuellement du positif.

Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, le personnage en détresse n'est pas le gamin, mais bel et bien le père, au potentiel énorme mais en perdition car ne se faisant plus confiance, accumulant les échecs par attitude auto-destructrice. Les efforts conjugués de son fils et de sa petite amie (toujours aussi craquante mais trop discrète Evangelyne Lilly) re-propulsent Charlie sur le devant de la scène, avec en point d'orgue une séquence finale donnant les frissons.

Les éléments de science-fiction passent au second plan, et même au quinzième, tant les gadgets, écrans tactiles, et bricolages passent à la trappe au profit d'une trame plus humaine et accessible. Le film en cela est un tour de force, les effets spéciaux s'intègrent très naturellement, et rarement un métrage dit de science-fiction aura réussi à fondre ses effets visuels dans l'histoire. Alors certes, nous voyons beaucoup de robots, (à un moment, il n'y a même que cela à l'image), mais ce sont avant tout des personnages, pas des tours de force technologiques. Par exemple, une des meilleurs scènes voit Atom assis sur une chaise, attendant d'être commandé par Charlie, face à un miroir. Un léger traveling vient appuyer son regard dans le reflet, mais le réalisateur n'en rajoute pas. On a compris. Succint et efficace, à l'ancienne.

Sur la bonne vieille trame du combat de David contre Golliath, mettant en scène un gamin un peu geek sur les bords mais à l'obstination sans faille, « Real Steel » aligne les morceaux de bravoure d'Atom (certainement une référence directe au manga « Astro Boy » / « Tetsuwan Atom » d'Osamu Tezuka) au rythme de combats toujours plus tendus et spectaculaires, ponctués de chorégraphies d'entrée sur le ring très dansantes. Résultat : on sort de la séance avec la banane aux lèvres, boosté par l'énergie du film et le message optimiste qui, s'il n'invente rien, a au moins le mérite d'offrir une histoire touchante maquillée en oeuvre de SF puissante.

lundi, octobre 10 2011

« Kill Bobby Z »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 17 septembre 2011.

Un film de John Herzfeld, avec Paul Walker, Laurence Fishburne, Olivia Wilde, Jason Flemyng, Joaquim de Almeida, Keith Carradine. Disponible en DVD chez Metropolitan.

Tim Kearney est un ancien marine, devenu petite frappe souffre-douleur en prison. L'agent fédéral Gruzsa lui propose de se faire passer pour un légendaire trafiquant de drogue mort dont il est le sosie, afin de récupérer un vieil ami retenu en otage. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Dans la série des films ne cassant pas des briques mais flirtant avec la catégorie "navets" (après réflexion, oui, on peut dire que c'est un navet...), ce « Kill Bobby Z » a logiquement sa place. Dans la droite lignée des joyeux bazars mêlant trafiquants mexicains, femmes fatales, gangs de bikers, flics ripoux, tout cela dans le désert aride et agrémenté de bonnes vieilles valises poussiéreuses remplies de dollars sales, ce métrage est à voir entre potes, une bière à la main. Des acteurs habitués à ce genre de thrillers loufoques (Joaquim de Almeida en énième truand, Paul Walker endossant encore le jean délavé du bourlingueur décontracté), un Fishburne nous confirmant que la saga « Matrix » était bien l'arbre qui cachait la forêt de séries B nazes, et la magnifique Olivia - Numéro 13 - Wilde pour affoler tous ces mâles), tous les ingrédients sont réunis pour satisfaire les amateurs de cinéma décomplexé.

Sorti directement en vidéo chez nous, « Kill Bobby Z » ne restera pas dans les annales mais réserve quelques moments plutôt drôles. Bon là, en fait, je cherche une scène en particulier mais je ne trouve rien qui, sorti du contexte, fasse rire.

Difficile de dire qu'on passe une mauvaise soirée, ce serait plutôt le contraire, mais par manque d'ambition, de vraie mise en scène, de testostérone suffisamment appuyée, de personnages marquants et avant tout de bonnes grosses scènes qui cassent la baraque, cette petite tachounette en roue libre ne brillant dans rien en particulier fait le métier, comme on dit. Mais c'est du tièdasse. A noter que le titre en VO (« The death and life of Bobby Z ») parle plus que la version... "française" anglicisée.

Non, en fait, malgré toute la bonne volonté du monde, je me suis quand même ennuyé, je m'attendais à du crétin, mais le film n'est pas assez con pour être rigolo, ni assez sérieux pour sortir du lot. Tout simplement à oublier.

vendredi, octobre 7 2011

« Assault Girls »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 6 août 2011.

Un film de Mamoru Oshii, avec Rinko Kikuchi, Hinako Saeki, Meisa Kuroki. Disponible en DVD chez M6 Vidéo.

Le monde est au bord de l'implosion, les sociétés et les systèmes économiques piétinent et peinent à évoluer, les conflits d'un genre nouveau éclatent aux quatre coins de la planète. Mais le salut peut provenir du virtuel, territoire où les connaissances sont mises en commun, où les individualités se fondent pour mieux se défouler dans un univers belliqueux calqué sur le réel : ce jeu à grande échelle s'appelle... Avalon.

Dans son extension Avalon(f), 4 super joueurs, Gray, Lucifer, le Colonel, et Jager, errent dans un désert sans fin à la chasse aux vers géants des sables.

Nouvelle incursion du réalisateur Mamoru Oshii dans le film live, après « Avalon » tourné en Pologne. Ici, les langues parlées sont l'anglais (la langue officielle du jeu) et le japonais. Ce film assez court (70 minutes) est le prolongement de deux courts-métrages que le réalisateur de « Ghost in the Shell » avait mis en scène, pour la chaîne de restaurant KFC. Il reprend ici la thématique des femmes guerrières, tout en bricolant une histoire autour.

Le film s'ouvre sur une voix off présentant la situation géo-politique (ce passage est d'ailleurs passionnant) à base d'images d'archives et de photos en noir et blanc. Ensuite, nous passons à une imagerie informatique (des écrans et indicateurs lumineux, des cibles mouvantes, des radars), rappelant l'introduction de ses précédents films (impossibilité de se renouveler ou auto-citation nombriliste ?), puis une mise en situtation de ses protagonistes dans une esthétique plus ou moins travaillée, rappelant les grandes heures du cinéma post-apocalyptique et des films minimalistes d'auteurs.

A cet instant, l'impression mitigée laissée par les quelques échos que j'avais pu lire sur internet laissent place à une bonne surprise : du désert, une image dessaturée mais relativement sobre, des personnages en haillons traquant des ennemis imaginaires, une absence de parole. On se croirait dans le « Vahlalla Rising » de Nicolas Winding Refn. Je me dis naïvement que les précédents errements d'Oshii avec le très hermétique « Tachiguishi Retsuden » et l'en-deça « Sky Crawlers » sont loin derrière, et que cette nouvelle livraison va frapper un grand coup.

Eh bien non...

Le principal moment de bravoure résonne encore comme un "tout ça pour ça" encore très en-dessous de la réalité, les actrices ne sont que des top models prenant la pose, et l'élément comique peine à apporter une humanité à un ensemble vide, n'ayant rien à raconter (le goût d'Oshii pour la description de situations géo-politiques trouve une résonance avec le discours sur la création des partis, asséné au marteau-piqueur), et aux effets spéciaux tellement laids et peu soignés (mais prends des cours de typos, enfin...) que l'impression générale après le visionnage d'« Assault Girls » est le mot "Arnaque".

Oshii n'est plus que l'ombre de lui-même, une coquille vide n'ayant plus rien à dire, et plus grand chose à montrer d'original (encore des pin ups avec des flingues, des avions militaires, des viseurs numériques...). Je pense qu'il aspire de plus en plus à se confronter à un cinéma d'auteur européen qui l'a toujours fait fantasmer, mais qu'il ne parvient pas à laisser de côté son identité de geek/army-otaku. 

Il est à un stade de pré-ré-invention, mais la machine patine. Le bouton "Turbo" est coincé, son basset est assis dessus.

mercredi, septembre 28 2011

« Sex and zen 3D : Extreme Ecstasy »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 24 septembre 2011.

Un film de Christopher Sun, avec Hiro Hayama, Leni Lan, Saori Hara, Tony Ho.

Attaquons les préliminaires : Wei Yangsheng est un jeune noble fraîchement marié à la belle Tie Yuxiang, mais le jeune homme se découvre éjaculateur précoce et désavantagé par la nature. Pour acquérir une virilité, il part faire copain copain avec le redoutable prince Ning, un despote débauché qui va lui révéler ses secrets, et lui prêter quelques courtisanes. Mais cette quête de la virilité ne va pas se faire sans difficulté, mais ne déflorons pas l'intrigue.

Il s'agit d'un remake du premier épisode de la trilogie « Sex and Zen » des années 90 par réalisée par Michael Mak (l'actrice Shu Qi avait fait ses début dans le deuxième film), mais doté en plus de la technologie 3D. Pour le reste, ce métrage se veut un pur film de sabre chinois (Wu Xia Pian), avec de belles étoffes en soie (qui cette fois, s'enlèvent vite au lieu de voleter au rythme des entre-chats de princesses en apesanteur). Au menu des réjouissances, nous avons donc des poignards volants, une grosse référence à « Kill Bill », une greffe de membre d'origine... animale, une tripotée de demoiselles toutes plus magnifiques les unes que les autres, et un personnage de transexuel très poumonné, dont le membre viril, à l'instar des queues de singes des super saiyen dans « Dragon Ball Z », reste enroulé le long de sa jambe.

Au milieu de toutes ces scénettes de rapprochements déshabillés, celles que l'on retiendra sont celle de la copulation en suspension, où le prince lubrique s'empare d'une courtisane tout en se suspendant d'un bras à une chaîne pendue au plafond, un lancer de poignards "à effets" par un défloreur aux muscles saillants et la barbe crasseuse, le meurtre d'une courtisane par va-et-vients trop insistants, et le viol par une nymphette d'un moine bouddhiste, dont la récitation de sutras ne le préserve pas longtemps d'une réaction enflammée aux frottis frottas de la donzelle.

Si le film mise sur l'humour et un côté sexy-bonne humeur dans les deux premiers tiers, le dernier acte vire franchement dans le gore, mettant en scène des tortures, punitions corporelles et mutilations en tous genres, s'étirant sur une durée interminable et presque désagréable sur la fin. Voilà un aspect du film que n'aurait pas renié le Tobe Hooper période « Sade », car même si les plaies restent hors champ, l'ambiance "youpi tralala" du début a cédé la place à une maison des horreurs où chaque personnage finit bien puni de ne pas avoir su rester chaste. C'est d'ailleurs la morale du film, la chair pervertit, et rien ne vaut la bonne vieille ceinture de chasteté pour trouver la pleinitude et le bonheur... Mouais.

J'ai parlé plus haut de technologie 3D, les lubriques vont être déçus, point de 3D durant les ébats (les caméras embarquées à bord de membres vigoureux sont plutôt dans les animés hentaïs), mais plutôt dans les statues et décors kitsch du palais du prince, ainsi que dans les armes blanches qui volent vers la caméra. Rien de croustillant à se mettre sous la dent donc.

Je finirai cette chronique en précisant que ce film a juste battu le record de fréquentation d'un certain... « Avatar » (oui, celui de James Cameron) en engrangeant 360 000$ de recettes le premier jour, pour un budget total de 3 millions. La classe ! A quand un Tsui Hark version érotique ?

lundi, septembre 26 2011

« Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 3 septembre 2011.

Un film de Tsui Hark, avec Andy Lau, Tony Leung Ka Fai, Bingbing Li. Disponible en DVD chez Wild Side.

En 690 après JC, la Chine s'apprête à couronner la première impératrice douairière de son histoire. Mais dans l'ombre, des conspirateurs cherchent à usurper le trône. Alors que la construction d'une statue gigantesque prend du retard en raison de morts par des mystérieuses combustions spontanées, la future impératrice demande de l'aide au plus grand enquêteur de l'empire, son ennemi le détective Dee, emprisonné depuis 8 ans pour insubordination.

Désormais, chaque nouveau film de Tsui Hark fait frémir ses fans de la première heure, tant le touche à tout/gourou/grand dictateur des plateaux s'est égaré successivement au cours des années 2000, après avoir porté à bout de bras le cinéma hong kongais des années 80-90 durant son "âge d'argent". Oubliez donc le navrant « La légende de Zu », ou le pitoyable « Black Mask 2 » et leur déferlement de bouillie numérique, voici le retour du grand Tsui !

Moins axé baston que les grandes oeuvres passées du maître, au profit d'une enquête policière à la Sherlock Holmes, ce « Detective Dee » gagne en pouvoir fédérateur. De facture plus classique, la trame fait briller des personnages se situant dans des zones de gris plus ou moins sombres selon le point de vue des interlocuteurs, chacun ayant quelque chose à cacher. On s'amusera, entre deux combats, à tenter de démasquer le coupable, mais la tache n'est pas aisée, tant le cinéaste brouille les pistes. un type avec un crochet à la place de la main ? Pas jojo, mais persécuté. Un albinos très sanguin ? Trop voyant. Une impératrice manipulatrice ? Ce ne sont jamais les plus puissants qui complotent dans l'ombre.

Se situant tout de même dans la tradition des Wu Xia Pian (films de sabre chinois), « Detective Dee » se devait d'assurer question bastons. Il ne faut pas s'attendre ici à des affrontements dantesques en apesanteur. Déjà, Andy Lau n'est pas un artiste martial, et puis, vous n'avez qu'à revoir les « Il était une fois en Chine » où Hark envoyait sévèrement la sauce (toujours pas égalée). Ici, le grand moment de bravoure se situe dans les galeries souterraines, où des énormes rondins de bois sortent de sous la flotte pour tenter d'empaler un frêle esquif. Un guêt-apens à l'étroit aux senteurs humides, une grande séquence.

Ce nouveau long-métrage devrait convaincre les fans hard-cores du maître, même s'il a déjà fait mieux, moins sage, et plus marquant. Trop bon pour n'être qu'un film mineur, ce film se laisse savourer comme une friandise. Pour le côté sauvage et fou fou, revoyez plutôt un bon « The Blade » ou un réjouissant « Time and Tide ». Pour les non connaisseurs, voici l'occasion de découvrir un réalisateur très important, à travers son film le plus accessible.

mercredi, septembre 21 2011

« J'ai rencontré le diable »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 10 septembre 2011.

Un film de Kim Jee-woon, avec Lee Byung-Hun, Choi Min-sik.

Soo-hyun est un agent des services secrets, dont la petite amie est sauvagement torturée, assassinée et découpée par un tueur en série. Très vite, il démasque le tueur en pleine récidive, mais au lieu de le livrer aux autorités ou le supprimer, il s'acharne sur lui avant de le remettre en liberté. S'ensuit un jeu du chat et de la souris où Soo-hyun prend un malin plaisir à balader le psychopathe.

Mais contre toute attente, la proie se révèle plus coriace que prévue et se prend au jeu. Qui manipule l'autre ? Tandis que les victimes collatérales s'accumulent et que les autorités s'en mêlent, rien ne peut faire dévier Soo-hyun, pris dans un engrenage auto-destructeur...

Déjà réalisateur du thriller « A bittersweet life », de l'angoissant « Deux soeurs » et du western hommage « Le bon, la brute et le cinglé », Kim Jee-woon prouve avec cette chasse ultra-violente qu'il peut s'attaquer à tous les genres, et emboîter le pas de ses compatriotes dans le sillon du thriller implacable et désespéré. Une série de films sud-coréens, de « Old boy » à « The Chaser », en passant par « No Mercy » ou le plus soft « Memories of murder », réputés pour leur violence extrême, des chasses à l'homme jusqu'au-boutistes favorisées par l'inefficacité chronique de la police, et un refus systématique du happy end où le criminel a bien souvent le temps de faire souffrir mille morts à ses victimes avant de se faire supprimer (quand il ne s'en sort pas la plupart du temps).

Dans « J'ai rencontré le diable », on assiste à un face à face survitaminé entre deux chasseurs habités, portés par deux acteurs au sommet de leur art. Si le talent de Lee Byung-hun (acteur fétiche du réalisateur) arrive à apporter une consistance exceptionnelle à un super-agent qui avait tout pour faire pâle figure au milieu de cette meute de déglingués psychopathes, c'est bel et bien de nouveau Choi Min-sik (le meilleur acteur du monde ?), déjà phénoménal dans « Old Boy », qui bouffe chaque scène où il apparaît avec l'appétit d'un ogre cannibale. Le premier est affûté, aussi froid et déterminé qu'une lame tranchante, détruit de l'intérieur et bouffé par une quête désespérée, tandis que l'autre donne sa silhouette ronde à un profiteur de chaque instant d'infâmie, qui n'a plus rien à perdre et redemande même des sévices sur sa personne comme pour se sentir vivant.

Brillamment construit, pouvant se clore cent fois mais sans cesse relançant une machine nous plongeant de plus en plus dans le glauque, explorant de nouvelles strates d'horreurs à mesure que le chassé déteint sur le chasseur, les frontières se brouillent, le spectateur perd ses repères, des actes répréhensibles sont commis et choquent d'autant plus qu'ils sont la plupart du temps relégués hors champ. La traque infernale ne sombre jamais dans l'incohérence et parvient comme par miracle à chaque fois à nous garder dans son sillon sans nous faire décrocher.

Un grand thriller, un uppercut doublé d'un empalement au coûteau de boucher rouillé et bien crade, qui nous laisse pendu dans un antre perdu au milieu de nulle part. Le supplice n'est pas fini, loin de là. Nous entendre crier ? Non, y a personne à part le tueur...

vendredi, septembre 16 2011

Le cinéma Hollywoodien post-11 septembre

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 10 septembre 2011.

Il y a 10 ans, l'attentat du World Trade Center traumatisait le pays de l'Oncle Sam. Même si le cinéma américain mettra plus qu'une décennie pour digérer l'évènement et proposer des digestions plus ou moins réussies (à l'instar des films correspondant aux traumatismes de la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre Froide, ou celle du Viêt Nam), nous pouvons déjà dresser un bilan de l'influence de cette tragédie (et ce qu'il en a découlé : les guerres en Irak et en Afghanistan) sur les fictions sur grand écran. Je passerai sous silence des productions directement rattachées aux évènements, comme « Road to Guantanamo » (Winterbottom, 2005), ou « World Trade Center » (Stone, 2005), que je n'ai pas vus.

Le retour des super-héros

En période trouble, quand le peuple a besoin de repères, il lui faut des héros, des icônes. Suite au succès du premier « X-Men » (Singer, 2000), une vague de super-héros a déferlé sur les écrans, de qualité inégale. Sensés avant tout nous rassurer et nous rassembler sous une même bannière (« Captain America » ne sort d'ailleurs que cette année, c'était probablement too much de proposer trop tôt ce gaillard habillé des couleurs américaines), leur retour prend d'ailleurs en compte les attentats et les intègre dans une nouvelle mythologie. L'exemple le plus frappant est « Iron Man » (Favreau, 2008), où Tony Stark vend des armes à ses futurs ennemis en Afghanistan !

Dans un monde en plein chaos, il faut parfois soigner le mal non par le mal, mais pas par du rassurant non plus. Après un « Batman Begins » (Nolan, 2005) où Ra's Al Ghul veut détruire Gotham City, une ville pourrie jusqu'à l'os car construite grâce à la corruption, le second épisode « The dark knight » (Nolan, 2008) montre une ville victime du terrorisme du joker, à feu et à sang, où Batman se voit carrément contraint d'endosser le costume du bad guy pour fédérer les habitants contre une ennemi commun. Toujours d'après l'univers DC Comics, l'homme d'acier de « Superman returns » (Singer, 2006) justifie son absence pendant les attentats car il revient sur Terre après un long voyage en quête de ses origines sur Crypton. Peu d'allusion directe dans la trilogie « Spider-Man » (Raimi, 2002, 2004, 2007), où le plus new-yorkais des super-héros doit tout de même affronter plusieurs menaces de grande ampleur s'abattant sur la Grosse Pomme (le premier film est directement lié à l'évènement via sa bande-annonce, restée célèbre car changée au dernier moment, on y voyait Spidey capturer un hélicoptère dans sa toile entre les deux tours).

Des anciennes gloires fracassées

Quand les repères tendent à se brouiller, rien ne vaut une bonne vieille icône sur le retour. Si possible non dénuée d'humour, moulinant de la vanne à tour d'empalement et défouraillages. Cette décennie a vu revenir des bons gros dégommeurs en série, têtes d'affiches d'une époque révolue où les méchants étaient clairement identifiés, là-bas, loin. Désormais, ces héros doivent en chier pour triompher : des anciens reviennent, marqués à jamais. L'heure est à la vulnérabilité, en particulier pour notre John McClane adoré, luttant à présent (« Die Hard 4 : Retour en enfer », Wiseman, 2007) contre des cyber-terroristes (les moyens des méchants ont changé, McClane est poursuivi par un avion militaire qui se trompe de cible), largué devant les nouvelles races de criminels (avant, ça parlait allemand, tellement simple). Résultat des courses, il est obligé de faire appel au pouvoir geek de Kevin Smith pour triompher (même si balancer une asiat' dans une cage d'ascenseur en lui collant un 4x4 dans la tête n'est pas pour lui déplaire).

Dans la trilogie « Bourne » (Liman, Greengrass, 2002, 2004, 2007) le nouveau venu Jason Bourne (issu d'un programme de tueurs US !), remplace à présent la terreur britannique 007, trop lisse, trop parfait. Bourne transpire, accumule les accidents de voiture et boîte. Bond, de son côté, ne pouvait se résoudre à disparaître, et après avoir effectué un come back avec « GoldenEye » (Campbell déjà, 1995), re-revient dans une sorte de reboot bourrine en accord avec notre temps. La version Daniel Craig est malmenée, vulnérable, rentre-dedans dans « Casino Royale » (Campbell, 2006). Ne restait plus que le chevelu et sa lame porte-bonheur, qui avale des trucs qui ferait vomir un bouc, John Rambo lui-même. Oui oui, celui qui luttait aux côtés des courageux afghans contre la vermine communiste. Aujourd'hui, Rambo (« John Rambo », Stallone, 2008) est pieds et poings liés, désabusé, se contentant de naviguer sur un fleuve, convaincu que sans la manière forte, les conflits ne seront jamais résolus. La fin cathartique du film, dans un torrent d'hémoglobine défoulatoire, n'est autre que la libération d'un peuple par un groupe de cowboys mercenaires. Tout un programme... Finalement, lassé, il rentre chez lui, dans un retour à la case départ renvoyant au premier film de la série, emblême du traumatisme post-Viêt Nam.

Survivre dans le post-apo

Les Etats-Unis frappés sur leur propre sol, des tours qui s'écroulent, une ambiance de fin du monde, ne pouvaient que précipiter la recrudescence du film d'apocalypse (l'extermination de masse) ou post-apo (la survie contre les ennemis de l'intérieur). Une armada de films comme le glauque « La route » (Hillcoat, 2009), le survival / zombie-like « Je suis une légende » (Lawrence, 2007), la métaphore exterminatrice « Guerre des Mondes » (Spielberg, 2005), les nerveux « 28 jours plus tard » (Boyle, 2002) et « 28 semaines plus tard » (Fresnadillo, 2007) où il est question d'un virus, l'étrange faux-air de dogme de secte « Prédictions » (Proyas, 2009), le new-yorkais attaqué par un monstre géant expiatoire « Cloverfield » (Reeves, 2008), l'ode au boum « 2012 » (Emmerich, 2009), le cyborguien « Terminator : Renaissance » (McG, 2009) témoignent d'une angoisse collective matérialisée par des questions comme : comment gérer la solitude ? Comment se comporter en tant que survivant ? Comment simplement survivre quelques jours de plus ? Quelles sont nos nouvelles aspirations quand tous les êtres chers sont morts ? Qu'est-ce qui fait de nous encore des êtres humains ? Même Pixar s'y est mis avec « Wall-E » (Stanton, 2008), où quand une machine sauveuse de l'humanité s'éprend d'une autre bécane ! Car comme le disait Sarah Connor : "Un enfant protégé par une machine, dans ce monde de fous, c'était le choix le plus raisonnable". (le prophétique « Terminator 2 : le jugement dernier », Cameron, 1991).

L'apocalypse, quand ce ne sont pas des terres arides arpentées par des survivants paumés, ce sont aussi les zones de combats. L'occasion pour les grands formalistes de filmer des champs de batailles en plans séquences aux cadres déstructurés. Si dans « Les fils de l'homme » (Cuarón, 2006), le futur a des parfums de conflits dans les balkans, « La chute du faucon noir » (R. Scott, 2001) montre des marines englués dans le conflit somalien dans l'enfer de Mogadicio. Et comme pour répondre à ses détracteurs qui l'avaient accusé de livrer un film pro-interventionnisme américain, le père Ridley enchaîne aussitôt avec le très pertinent « Kingdom of heaven » (2005), présentant au contraire les croisés occidentaux comme des sauvages, et les musulmans comme des guerriers sages. Le propos du film résidant dans la volonté d'hommes illuminés de se maintenir au-dessus de la boucherie d'un conflit pour éviter de souiller le royaume de la conscience : en d'autres termes, rester en paix avec soi-même. Un questionnement également au coeur du genre post-apo.

Les films de guerre ont souvent permis de traiter des conflits à hauteur d'hommes, où la frontière entre gentils et méchants se trouble : le quotidien des militaires pendant la guerre du Golfe dans « Jarhead » (Mendes, 2005) nous montre des hommes désoeuvrés en plein no man's land, un film se clôturant sur une séquence au parfum irréel sur des puits de pétrole en feu dans un désert de nuit. L'oscarisé « Démineurs » (Bigelow, 2008) fuit les caricatures et suit une équipe quasi-suicidaire d'accros aux mines, fuyant leur quotidien pour revivre au milieu des fils à couper. Après son « Vol 93 » (2005) sur la rebellion des passagers d'un avion ayant raté sa cible le 11 septembre, Paul Greengrass s'attaque aux armes de destruction massives fictives en Irak avec « Green Zone » (2010), film de guerre ultra-nerveux avec son Jason Bourne, Matt Damon. Enfin, la guerre vécue à travers le point de vue des envahis, dans un conflit qui s'éternise contre une population locale dans un lieu prétendument hostile, traité de manière à ce que le spectateur adhère à son mode de vie, ses traditions, et à travers le prisme de la science-fiction, tout cela est dans « Avatar » (Cameron, 2009).

A mille lieux d'un fourre-tout cynique et déshumanisé, le cinéma de genre permet avant tout de traiter de sujets de société, souvent brûlants, en utilisant la métaphore de zombies, d'explosion nucléaire, de guerres du futur, de héros en costume. Le cinéma des années 70 excellait en la matière. La décennie 2000-2010 a permis aux gens de digérer le 11 septembre, la confrontation frontale à l'évènement a du attendre, mais sera certainement au coeur des enjeux scénaristiques du cinéma populaire de la prochaine décennie.

jeudi, septembre 15 2011

« Kingdom of war »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 30 juillet 2011.

Un film de Ching Siu-Tung, avec Donnie Yen, Kelly Chen, Leon Lai. Disponible en DVD chez Wild Side.

Chine, IIème siècle avant JC. Plusieurs royaumes se font la guerre depuis des temps reculés. Yen Feier vient d'accéder au trône après la mort de son père. Encadrée par son ami d'enfance Muyong Xuehu, qui lui apprend l'art du combat, au grand dam de son cousin obsédé par le pouvoir, la jeune femme va suivre une voie encore inexplorée : victime de plusieurs tentatives de meurtre et d'enlèvements, elle tente pourtant de rompre avec la tradition belliqueuse.

Les fans des films d'arts martiaux hong kongais des années 80 connaissent déjà le nom du réalisateur Ching Siu-Tung : il a chorégraphié et mis en scène la trilogie « Histoires de fantômes chinois » qui a contribué à exporter le wu xia pian (film de sabre chinois) en Occident. Sous l'oeil omniprésent d'un Tsui Hark très dirigiste, il a mis en place son style pouvant être décrit comme "belles étoffes et courants d'air", où des princesses et guerriers vertueux traversent des forêts sombres suspendus à des câbles, enrobés de tuniques amples plus belles les unes que les autres. Il a également réalisé l'excellente trilogie « Swordsman », et chorégraphié un nombre impressionnant de mastodontes de l'ex-colonie britannique : « Le syndicat du crime 2 », « The Killer », « Heroic Trio », « Shaolin Soccer », « Hero »...

Dans les premier rôles de ce film en costumes, le réalisateur a souhaité faire appel à un casting véhiculant une image de modernité. Kelly Chen, a auparavant été aperçue dans les thrillers « Infernal Affairs » et « Breaking News », donc deux métrages aux univers éloignés du wu xia pian. Leon Lai, quant à lui, apparaissait dans la comédie de Wong Jing « City Hunter » avec Jackie Chan dans le rôle de Nicky Larson, et le polar urbain expérimental « Les anges déchus » (de Wong Kar Wai), mais tâtait déjà du sabre dans le « Seven Swords » de Tsui Hark. La caution martiale est assurée par Donnie Yen, l'acteur martial majeur du moment, qui offre sa silhouette massive au guerrier quasi infaillible Xuehu.

Encore un film de sabre ? Oui, mais « Kingdom of war » offre cette fois-ci un point de vue résolument féminin. Le personnage principal est Yen Feier, la fille d'un roi qui a vu trop de morts et n'a jamais connu la paix, et qui surtout ne connaît rien à l'art du combat. Alors plutôt que s'entraîner inlassablement sur fond de soleil couchant, et soliciter ses aides de camp pour élaborer des stratégies, la belle va explorer la nature et s'acoquiner avec un ermite. Et même si les scènes de baston sont bien présentes et réussies (une embuscade dans un lac, un commando se battant sur des points de bois suspendus, et même quelques références au film « 300 » sur la fin), on passe finalement beaucoup de temps devant une histoire d'amour dans des décors de villages d'ewoks.

« Kingdom of war », en jouant la carte d'une direction plus féminine (en version originale, le titre « An empress and the warriors » est plus approprié), propose une originalité bienvenue à un genre plus que codifié qui a récemment plus que tourné en rond. Mais que les fans d'affrontements à l'arme blanche en suspension se rassurent : Yen Feier reste le seul personnage féminin du film (faut pas pousser non plus), et entre deux douzaines de complots et trahisons fomentées par des ordures bien fourbes, le champ de bataille finit bien aspergé.

lundi, septembre 12 2011

« La piel que habito »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 10 septembre 2011.

Un film de Pedro Almodóvar, avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes.

Vera est une magnifique jeune femme, vivant recluse dans une pièce de la maison à la campagne du docteur Robert Ledgard. Elle sert de cobaye pour ses recherches sur une peau expérimentale, capable de supporter les flammes. Veuf depuis que sa femme a brûlé dans un accident de voiture, Ledgard concentre toute ses espoirs sur Vera. La mère de Ledgard, Marilia, veille à ce que rien ne vienne troubler le secret qui habite cette mystérieuse occupante.

Et des secrets, il y en a beaucoup.

Fidèle à ses obsessions, Almodóvar explore à nouveau les thèmes de la domination, les troubles de l'identité sexuelle, et le rapport à la filiation. Très fortement chargé en érotisme latent, ce métrage est ponctué de rapports plus ou moins consentis, doubles jeux, attirances troubles, délires régressifs, ainsi que d'une dimension médicale qui ne quitte plus le réalisateur ibérique depuis maintenant quelques films.

D'apparence classique, on ne sait trop comment aborder ce thriller au premier abord : polar ? Science-Fiction ? Thriller érotique ? Drame ? D'autant que le mystère concernant Vera tarde vraiment à se dévoiler. Jusqu'à ce qu'un énorme retournement en plein milieu du film ne vienne nous secouer et bouleverser tout cet équilibre. Dans un premier temps s'apparentant à un ovni frigorifié traversé de moments décalés mais très drôles (l'irruption du fils déguisé en tigre de carnaval), le film vire ensuite vers... autre chose, un autre univers beaucoup plus poignant. Un retour vers l'humanité à jamais perdue par Ledgard, mais aussi un retour qui fait très, très mal

« La piel que habito » se révèle brillant dans sa construction, doté d'un jeu sobre de la part des acteurs, avec en tête un Antonio Banderas méconnaissable en docteur glacial comme un scalpel, mais littéralement possédé. Elena Anaya éclaire chacune de ses scènes par sa beauté et son magnétisme, tandis que Jan Cornet tempère la froideur ambiante en apportant sa jeune énergie empreinte de modernité.

Le réalisateur de « Talons aiguilles » se révèle très inspiré, et nous propose un excellent opus empreint de mystère, soufflant tour à tour le chaud et le froid. Brillant.

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