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mardi, avril 20 2010

« Tachiguishi »

Un film de Mamoru Oshii, avec Mitsuhisa Ishikawa, Kenji Kawai, Kenji Kamamiya. Disponible en DVD chez WE Prod.

De 1945 à nos jours, au Japon, certains écumeurs de gargotes défrayèrent la chronique en arnaquant les échoppes de nourriture rapide. En voici quelques portraits.

Mamoru Oshii (« Patlabor », « Ghost in the shell », « Avalon ») est réputé pour réaliser des chefs-d'oeuvre difficiles d'accès en raison d'un aspect bavard démesuré, nécessitant que le spectateur revoie certains films près d'une dizaine fois pour en apprécier les références et en ingurgiter l'étendue des informations. Son dernier opus est tellement jusqu'au-boutiste dans l'obtus qu'en comparaison, ses précédents films sont des "temps de cerveaux disponibles à Coca Cola".

Le métrage est une longue suite de portraits d'arnaqueurs de vendeurs de nouilles, hamburgers et saucisses, arrivant à manger sans payer grâce à des habiles stratagèmes. Au fil d'une voix off monotone balançant une somme astronomique d'informations via des tournures de phrases compliquées, les portraits s'enchaînent sans aucun changement de rythme, plongeant même les fans hard core du réalisateur dans l'ennui (j'ai décroché 4 fois du film, m'obligeant à des pauses afin d'arriver conscient au bout des 1h40 de métrage).

Mais bien sûr, nous sommes chez Mamoru Oshii, et le bonhomme nous fait du Oshii. Nous avons droit à son basset fétiche, casé sur un coin d'une affiche. Et en tant que bon military otaku, il nous balance encore dans la face de nombreux plans d'avions militaires larguant des bombes.

Parlant à chaque film de la situation militaire, culturelle, et géo-politique de son pays, le réalisateur des deux premiers « Patlabor » dresse dans « Tachiguishi » un portrait en creux du Japon de 1945 à nos jours, de la politique d'anéantissement des chiens errants afin de redonner aux Japonais une raison d'être fier de leur pays à la fin de la 2éme Guerre Mondiale, à l'Exposition Universelle, en passant par les Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Pour couronner le tout, Oshii utilise également des pans de la culture japonaise qu'il vaut mieux connaître, comme les renards métamorphes (vus notamment dans « Pompoko »).

Techniquement, le film est à montrer dans les écoles de cinéma ou d'arts graphiques. C'est la première fois que la technologie de compositing 3D (des éléments 2D animés dans un espace 3D) est utilisée de telle ampleur dans un long-métrage. Cela fait un moment qu'Oshii préparait le terrain en utilisant cette technique, sur le film d'animation « Ghost in the shell 2 : innoncence » mais surtout sur « Avalon », qui utilisait le procédé d'éléments visuels plats pour représenter les notions d'avatars et de réalité virtuelle. Dans « Tachiguishi », la technique utilisée n'est pas vraiment exploitée d'un point de vue scénaristique, car il n'y a pas de lien entre ce choix et le principe des arnaqueurs de gargotes. Visuellement intéressant et baignant dans des ambiances ocres et dessaturées, le film exploite le procédé technique pour son potentiel comique (et son côté SD) tout en se rajoutant une couche impénétrable supplémentaire (le procédé divise et lasse sur la durée).

Côté acteurs, si les noms de Mitsuhisa Ishikawa, Kenji Kawai, Kenji Kamamiya, Shoji Kawamori, Shinji Higuchi, et Katsuya Terada vous disent quelque chose, c'est normal, Oshii a fait appel à ses confrères et collaborateurs, respectivement PDG de Production IG, compositeur, réalisateur de la série « Ghost in the shell : Stand Alone Complex », réalisateur de la série animée « Escaflowne », storyboarder/spécialiste en effets spéciaux, et designer de « Blood the last vampire ».

Au final, « Tachiguishi » est loin d'être inintéressant, mais la mayonnaise ne prend pas. L'histoire ne passionne pas, et faute d'un rythme digne de ce nom, le métrage provoque la léthargie. A montrer dans les écoles de cinéma, je vous dis.

jeudi, mars 18 2010

« Saint Seiya - The Lost Canvas : T10 » - Kurumada et Teshirogi - Kurokawa

Après que Manigoldo du Cancer ait mis le bazar dans le jardin de Thanatos, c’est au tour d’El Cid du Capricorne de se coltiner Hypnos. Mais vaincre le dieu du sommeil nécessite de se débarrasser de ses quatre fils, capables de se régénérer. Privé de son bras contenant Excalibur, El Cid ne peut guère compter que sur Athéna partie dans le monde des rêves récupérer Sisyphe du Sagittaire, prisonnier de sa culpabilité.

Cette nouvelle saga autour du manga « Saint Seiya » originel de Masami Kurumada (« Les Chevaliers du Zodiaque » chez nous) nous transporte 200 ans avant la première série, à ne pas confondre avec une troisième série, « Saint Seiya Episode G » (par Kurumada & Okada, chez Panini Comics), narrant le combat des chevaliers d’or de la série originelle contre Cronos.

Alors que les premiers tomes nous dépaysaient par leur graphisme plus féminin (des nuances de gris qui virent de plus en plus vers les noirs) et leur refonte complète des personnages, la suite fut plutôt un flot répétitif de combats, proposant certes des chevaliers ancêtres des combattants classiques, mais ayant un look et un caractère très semblable. De la redite donc. Mais le tir fut heureusement rectifié. Plusieurs bonnes idées, comme le monde du rêve, le ciel se changeant en toile de maître, ou des personnages surprenants (Manigoldo donne un bol d’air rock’n roll bienvenu) méritent quand même le coup d’œil.

« Saint Seiya - The Lost Canvas » est une sympathique déclinaison de l’univers des chevaliers en collant et armure. Les aspects "troupe d’amis à la proximité troublante" et "j’attends toujours d’être aux portes de la mort avant de sortir mon attaque fatale" sont gommés au profit de personnages plus nobles ayant un peu plus de fonds. La série est tout de même à conseiller en priorité aux nombreux fans de la première heure de Seiyar et ses compagnons.

mercredi, décembre 2 2009

Toulouse Game Show 2009 (3)

Je poursuis ma série des photos prises lors du Toulouse Game Show 2009. Après les images consacrées aux cosplayeurs SF/comics et dans un univers manga/jeu vidéo, voici maintenant les photos des animations/exposants consacrés au Japon traditionnel. Les photos sont toujours de Sab.

Organisée par le Centre Culturel Franco-Japonais de Toulouse, la démonstration de céramique par Rizu Takahashi :

Un très beau défilé de kimonos, yutakas, et vêtements traditionnels et de fêtes, avec l'aimable participation de membres du personnel du salon de thé Okini :

Chikako, la patronne du salon de thé Okini :

"Pas mal pour la découpe des sushis..." (ne faites pas ça chez vous, les enfants) :

Un stand proposant un lot de décorations japonaises :

Un jeu de Go :

mardi, décembre 1 2009

Toulouse Game Show 2009 (2)

Je continue avec mon retour en images sur le 3ème Toulouse Game Show qui s'est déroulé les 28 et 29 novembre 2009. Après les photos des cosplayeurs Science-fiction/comic books, voici à présent les cosplayeurs mangas, avec toujours Sab derrière l'objectif :

Les chevilles ne lui disent pas merci :

Fuliculiiiiiii !

Kaname Tousen de « Bleach » :

Link faisant ses emplettes :

Pyramid Head de « Silent Hill » :

Yamamoto Genryuusai Shigekuni, encore de « Bleach » :

Bibi de « Final Fantasy 9 » :

Mario, visiblement pas pressé de secourir cette cruche de Peach :

Vegeta tapant la causette à Goldorak :

"J'ai passé la journée à le courser", me dit la photographe :

Bonjour mesdemoiselles...

Sur ce, je rends l'antenne.

lundi, novembre 30 2009

Toulouse Game Show 2009 (1)

Ce week-end, avait lieu la 3ème édition du TGS (Toulouse Game Show) à Labège, près de Toulouse. En compagnie de Da Scritch, nous avons enregistré des sujets audio pour l'émission « Supplément week-end », mais aussi du contenu vidéo. Dans la lignée de mon article sur le TGS 2007, j'entame aujourd'hui une série de billets autour de cet évènement, en commençant par des images de cosplayeurs autour de l'univers Science-Fiction/Super héros. Merci à Sab pour avoir assuré la couverture photo et coursé les lapins géants, guerriers, et monstres de tous poils :

Vador prend le thé avec Hermione et Sybil sur le stand "Harry Potter" :

Je vois, je vois... cette photo sur le net !

Belle reconstitution d'un labo de Poudlard :

De la bonne potion pour réchauffer les cosplayeurs :

Tiens, notre ami Harry que l'on croise à chaque édition :

Jo de l'association Star Fiction, grimé en seigneur Voldemort, que nous avions reçu en direct l'an dernier :

Jack et Elizabeth attendant le retour du Black Pearl :

Lara Croft et Indie...

... en pause.

L'exposition de l'artisan Thibault, grand fan de la saga « Indiana Jones », et fabricant de tous les objets présentés :

Un serviteur de Râ (« Stargate ») :

D'une planète des sables à une autre : ici, deux chevaliers Jedi :

Un Boba Fett attendant un ami ?

Un soldat de l'Empire bien crevé par une campagne difficile contre les rebelles :

Brrr... Au fait, le remake par Robert Rodriguez, c'est pour quand ?

Un Wolvie version Hugh Jackman très réussi :

Le Joker sur le point de précipiter la foule dans le chaos...

Ah non, il cherchait juste le bouquin de Miller :

Harley Quinn...

... formant un duo de choc et de charme avec Catwoman :

Finissons avec des zombies. Sabrina, casse-tooooaaaa !

Gwwwaaaaaa...

lundi, novembre 2 2009

« Prison on fire 1 et 2 »

Ecouter aussi la chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 31 octobre 2009.

Deux films de Ringo Lam, avec Chow Yun Fat, Tony Leung Kar Fai. Edité chez HK Video.

« Prison on fire »

Yiu est créatif dans la pub. Condamné à trois ans de prison pour homicide involontaire, il est trop tendre pour le monde carcéral, et est pris sous l'aile de Ching, un détenu décontracté et blagueur. Mais le jour où Yiu cafte sur l'un des chefs des groupes de prisonniers, celui-ci le prend en grippe et jure de le lui faire payer. Servant de bouc émissaire avec la complicité du maton en chef, Yiu doit faire le dos rond.

« Prison on fire 2 »

Après avoir fait virer le précédent chef de la sécurité, Ching est dans le collimateur de son successeur, le terrible Zau qui en fait son souffre-douleur. A l'extérieur, la mère de Ching est décédée, et son fils est placé dans un orphelinat. Ching n'a d'autres choix que de s'évader pour parler à son fils qui éprouve des difficultés à s'adapter. Dans sa cavale, Ching va se lier d'amitié avec Long, un autre évadé.

Ringo Lam est un réalisateur hong kongais qui s'est surtout fait connaître en Occident pour deux raisons : il a réalisé trois films avec Jean-Claude Van Damme : « Risque Maximum » (1996), « Réplicant » (2001), et « In Hell » (2003). Il est aussi l'auteur de « City on fire » (1987), dont la dernière partie a inspiré le « Reservoir Dogs » de Quentin Tarantino. Ce long-métrage est le premier opus d'une tétralogie sous tension comprenant aussi « Prison on fire » (1987), « School on fire » (1988), et « Prison on fire 2 » (1991).

L'univers du diptyque « Prison on fire » est plus proche de celui de la série « Oz » que de « Prison Break », en moins sauvage, mais aussi puissant, plus optimiste et chaleureux (le charisme et la bonhommie de Chow Yun Fat y font beaucoup). Le premier film décrit une amitié très forte entre Yiu et Ching, le pic étant atteint lors du réveillon où tout le monde danse, entre deux offrandes faites à partir de cigarettes et un fruit, et des pensées et interrogations sur la fidélité de la classique petite femme restée à l'extérieur des barreaux. Le second film s'articule autour de la cavale de Ching, une chasse à l'homme en pleine nature, un duel entre la proie et son prédateur, où le maton en chef (le bien nommé Zau Dark Vador) se révèle encore plus féroce que celui de l'épisode précédent. Ching se retrouve vite esseulé, et livré en pâture à la communauté des chinois continentaux manipulés par Zau.

Comme dans « Oz », la vie monotone en prison s'égrène au fil des luttes entre triades et bandes, souligne l'importance des chefs, les revendications des prisonniers (concernant par exemple le prix des clopes) les poussent à entamer une grève de la faim, le rapport des prisonniers à l'autorité consiste à jouer sur la provocation, via des combines ou une agressivité plus frontale, à la limite d'un affrontement physique qu'on sent poindre au bout d'une certaine rage contenue. Les prisonniers sont comme des animaux en cage, la violence la plus primitive ne peut être contenue trop longtemps.

Les films abordent plusieurs tons : l'innocence, la quiétude, mais aussi l'homme se transformant en bête féroce, à la frontière de la folie destructrice. Les scènettes se succèdent, du ralenti le plus naïf et bon enfant, aux scènes potaches (Ching rencontre Yiu pour la première fois en allant déféquer en grimaçant, pendant que Yiu récure les toilettes voisines : une scène similaire y fera écho dans le deuxième film, en pleine nature). Au départ, il faut s'habituer au surjeu à la cantonaise (surtout dans un genre carcéral n'autorisant d'ordinaire que peu de comédie). Mais on est vite pris dans cette spirale d'énergie. De nombreuses séquences vous apparaîtront à la limite du risible si vous n'êtes pas familier des codes de ce cinéma-là (par exemple, les deux évadés jouent ensemble dans une rivière, à poil, au ralenti, en riant comme des enfants).

La musique part d'un générique assez jazzy, avec une voix chinoise à la Tina Turner, pour aller vers le plus barré, au synthétiseur, pour souligner l'aliénation des personnages. Ainsi, les premiers affrontements physiques, les pétages de plomb et déferlements de violence de Ching, les humiliations, sont accompagnés de sons tranchants pour souligner le début d'une certaine aliénation. L'humeur bon enfant laisse ainsi sa place à des combats propulsant le dos des prisonniers sur les arêtes des lits, à travers des vitres, mais aussi à certaines mutilations.

Les deux « Prison on fire » sont des métrages saisissants, peut-être pas aussi définitifs que certaines perles comme « L'évadé d'Alcatraz » (Don Siegel, 1979) ou « Les évadés » (Franck Darabont, 1994), mais maîtrisés de bout en bout par un réalisateur au sommet de son art,  et dotés d'une tension assez saisissante. Ringo Lam est un réalisateur  méconnu chez tout, en raison d'une filmographie plus déroutante que certains de ses confrères (John Woo, Tsui Hark, ou même Kirk Wong). Outre la tétralogie « On fire », Lam est aussi l'auteur du très déroutant « Full Contact » (à ne pas confondre avec le film avec JCVD) avec l'indéboulonnable Chow Yun Fat, mais aussi les hallucinés Simon Yam et Anthony Wong. Il a réalisé également « Le temple du lotus rouge », film de commande fantastique de très bonne facture produit par Tsui Hark, et co-réalisé avec Hark « Twin Dragons » avec deux Jackie Chan pour le pris d'un, ou encore le plus récent « Triangle » avec Hark et Johnnie To.

mercredi, octobre 21 2009

Trilogie « Swordsman »



« Swordsman » : un film de King Hu, Raymont Lee, Ching Siu-tung, Ann Hui, Andrew Kam, avec Sam Hui, Cecilia Yip, Jackie Cheung.

Durant la dynastie Ming, des leaders de différentes organisations (pouvoir en place, sectes et clans divers) se battent pour obtenir un fameux rouleau de manuscrit détenant certains secrets des arts martiaux. Au milieu, le sympathique Lingwu Chung préfère tenter de protéger ses amis.

« Swordsman 2 : La légende d'un guerrier » : un film de Ching Siu-tung, avec Jet Li, Lin Ching-hsia, Waise Lee, Rosamund Kwan.

Le rouleau sacré est désormais entre les mains de l'invincible Asia, guerrier androgyne prêt à endurer les pires sacrifices pour atteindre le sommet de l'art du combat. Lingwu Chung, quant à lui, continue de voyager, imbibé d'alcool et bon vivant. Entre histoire d'amour déviante et course généralisée au pouvoir, qui va asseoir sa suprématie ?

« Swordsman 3 : East is red », un film de Ching Siu-tung et Raymond Lee, avec Lin Ching-hsia, Joey Wong, Eddy Ko.

L'invincible Asia est de retour, et part dans l'écrémage des usurpateurs se faisant pour lui. Alors que le demi-dieu fou tente de s'approprier toutes les armées, le gouvernement en place, des explorateurs espagnols largués, des pirates et une poignée de samouraïs japonais veulent aussi leur part du gâteau.

Nous sommes à la fin des années 80-début des années 90. Trois ans auparavant, Tsui Hark a initié la trilogie « Histoires de fantômes chinois » qui fera connaître le cinéma hong-kongais au grand public occidental. Le réalisateur de « The blade » veut donner à cette époque un grand coup dans le genre du wu xia pian (films de sabre) en produisant des franchises remettant au goût du jour des codes cinématographiques un peu poussiéreux. Ainsi, juste avant sa série dantesque « Il était une fois en Chine », il lance la saga « Swordsman ». Fan absolu du grand King Hu (« A Touch of zen »), Hark lui demande donc de prendre les rênes du premier épisode, mais tout ne se passe pas comme prévu. Officiellement, King Hu est vieux et est contraint de se faire aider dans la mise en scène. Officieusement, des divergences artistiques l'opposent à Hark et sa manie de vouloir tout contrôler. une armée de Yes Men finissent un film assez bancal, trop moderne pour avoir le charme des vieux classiques, mais trop chiant et compliqué pour emballer vraiment. A mi-chemin entre fresque politique, complots et drames, « Swordsman » ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, à part la belle chanson de James Wong, que l'on retrouve dans la suite.

La série prend donc tout son essor sur le deuxième opus, absolument gigantesque. Les capacités des différents guerriers sont énormes, du ninja à l'épée tournoyante qui le propulse dans les airs en s'appuyant sur le sol, ou le grand maître de la secte aux mains qui aspirent tout, constituant un bouclier avec des parcelles de sol arrachées, ou extrayant des gerbes de sang à partir d'une entaille. Mais la grande trouvaille de ce film, c'est le personnage de l'invincible Asia, incarné par Lin Ching-hsia (connue aussi sous son nom occidentalisé Brigitte Lin), la prêtresse de « Zu, les guerriers de la montagne magique ». Personnage androgyne, sensé être un homme mais campé par une femme, il s'agit d'un grand guerrier accédant quasiment à la divinité après s'être castré. Passant son temps à broder (les aiguilles et fils sont ses armes principales) et coucher avec ses courtisanes, l'invincible Asia tombe amoureux de Lingwu Chung (cette fois-ci incarné par l'impeccable Jet Li), dans des scènes vaporeuses dédouanées du reste du métrage, comme en suspension. Au niveau de la mise en scène, le grand final est un véritable bijou d'anthologie, que vous pouvez admirer en bas de cet article (sans les voix d'origine, désolé).

Le troisième épisode, s'il s'avère lui aussi sympathique, transpire à fond l'opportunisme commercial et n'échappe pas au statut de simple suite. Le sabreur Lingwu Chung est tout simplement viré, pour laisser toute la place au retour de l'invincible Asia, pourtant sensé être mort dans l'épisode précédent. Tout le film s'articule autour du personnage androgyne luttant contre des usurpateurs. D'abord dans le camp des gentils, Asia pète les plombs et redevient un vrai despote, en passe d'annexer toutes les forces en présence. Surfant sur l'ambiance sensuelle du deuxième épisode, avec baisers lesbiens avec la langue, cette troisième partie propose toujours son flot de combats cartoons, mais le tout vire vraiment trop au grand n'importe quoi (une guerrière chevauche un espadon...), surtout qu'Asia, s'emmerdant visiblement en se battant, booste les capacités de son adversaire afin que l'affrontement soit plus équilibré. Les créateurs du film ajoutent d'ailleurs au métrage de savoureuses séquences mettant en scène les espagnols, totalement étrangers au concept de "monde des arts martiaux", et courant se protéger de la furie destructrice d'Asia derrière la statue de Jésus dans une scène valant son pesant de nuoc mam.

Au final, cette saga commençait comme un hommage à l'un de grands maîtres du genre des années 70, et se clôtura dans le pur délire cartoon, avec triangles amoureux, scènes sensuelles, et personnages surréalistes. La trilogie est disponible en dvd chez HK Vidéo.

jeudi, octobre 15 2009

Shojo « Supplément week-end »

Voici une petite planche autour du « Supplément week-end ». Il se trouve qu'au cours d'une émission, nous avons chroniqué le livre « Créez votre BD shojo sur ordinateur », édité chez Dunod, donnant des recettes pour créer soi-même son propre Shojo Manga (bd japonaise pour les filles, type « Nana » ou « Sailor Moon »). Le livre explique surtout comment utiliser les banques d'images incluses sur le CD livré avec. Je me suis donc amusé à recréer certains des membres de l'équipe, en customisant les personnages du CD, et jouant avec les trames, modèles de planches et découpages, et philactères. Assez plaisant à faire, mais plus long qu'il n'y paraît. Fidèle à l'esprit des bd japonaises, cette histoire se lit de droite à gauche et de haut en bas.

mercredi, septembre 2 2009

« Chasse à l'homme »

Un film de John Woo sorti en 1993, avec Jean-Claude Van Damme, Lance Henriksen, Yancy Butler, Arnold Vosloo. Titre original : « Hard Target ».

Chance Boudreaux vit dans la rue, à la Nouvelle Orléans. Il est sur le point d'être engagé sur un bateau mais croule sous les dettes. Il accepte donc l'argent de Natasha, qui lui demande son aide pour retrouver son père, un sans-abri en fait exécuté au cours d'une chasse à l'homme meurtrière par le redoutable Fouchon et ses hommes. Chance sera à son tour pris en chasse, mais ce gibier est exceptionnel.

Premier film de John Woo suite à son arrivée aux Etats-Unis, ce métrage assez mineur proche du statut de téléfilm de luxe n'en garde pas moins tous les gimmicks de mise en scène du maître hong-kongais : les pigeons, les chargeurs entiers vidés sur un seul mec, les ralentis... Et pourtant, la production du film lui avait collé dans les pattes un type qui détestait les ralentis. Cela faisait un bout de temps que je ne l'avais pas revu, et il est amusant de constater la patte HK de la réalisation : les ralentis sont utilisés à tire-larigot même quand le héros marche dans la rue, un poids lourd se gare, ou la fille baisse ses lunettes de soleil ; la courte focale est très présente, surtout dans la première partie, Woo insiste sur des détails comme les jeux avec les miroirs permettant au héros de repérer ses ennemis...

Si on accepte le fait qu'on regarde un bon téléfilm ou un film d'exploitation correct, la pilule passe très bien. Par contre, si on garde en tête que le metteur en scène avait juste livré le monumental « A toute épreuve » l'année d'avant, il y a effectivement de quoi pleurer. « Chasse à l'homme » est en effet assez surprenant : la scène où le sans-abri noir est criblé de balles en pleine rue commerçante de la Nouvelle Orléans, après avoir en vain demandé de l'aide est l'un des moments marquants. Les deux méchants en font des tonnes, Arnold « La Momie » Vosloo se contente de serrer la mâchoire le regard lointain, tandis qu'Henriksen compose un bad guy halluciné, fracassant les touches de son piano à ses heures (Woo se débrouille toujours pour inclure des scènes musicales dans ses films). Van Damme fait correctement son boulot de solitaire mystérieux en long manteau, sa carrière atteignant à cette époque son sommet. Sur les scènes d'action loin d'être révolutionnaires, Woo se contente d'appliquer les mêmes recettes que sur ses films passés : le motard fracassant un ennemi en lui fonçant dessus, le héros vidant deux bérettas sur un mec, ou plongeant et roulant au devant de l'ennemi sur le point de tirer, le méchant prenant un otage, les deux ennemis se tirant dessus en explosant la longue vitre au milieu. Dès que l'action utilise les gros moyens, le film devient chiant (la scène de la poursuite à cheval, avec les explosions du fusil qui font penser à des feux d'artifice), mais quand les ennemis se foutent sur la gueule en tirant dans tous les coins, ou se parlent dos à dos séparés par un mur, on sent le metteur en scène dans son élément.

Ce film est presque le plus mauvais du réalisateur, devancé par le navet « Paycheck ». Woo s'est contenté de livrer aux ricains un condensé de ses recettes hong-kongaises, en mettant en valeur la superstar du genre de l'époque. Alors, certes, comme il l'est dit dans « JCVD », sans Van Damme, Woo serait encore en Chine en train de filmer ses pigeons, mais bon...

jeudi, août 27 2009

« Ong Bak 2 : la naissance du dragon »

Un film de et avec Tony Jaa, avec aussi Primrata Dej-Udom, Santisuk Promsiri.

En Thaïlande, au XVème siècle, la famille de Tien a été massacrée par le terrible seigneur Rajasena. Sur le point d'être jeté au crocodile par des marchands d'esclave, Tien est sauvé par Chernang, chef des bandits de Garuda, qui va le prendre sous son aile et lui enseigner divers arts martiaux : le sabre, le combat au sol, le nunchaku... Mais Tien, ayant passé toutes les épreuves d'initiation, est surtout motivé par son désir de vengeance.

Ce troisième film mettant en scène Tony Jaa est en fait co-réalisé par Prachya Pinkaew. Dans un premier temps, suite à un désaccord, les deux hommes s'étaient brouillés. Jaa hérita donc des rennes du film le plus cher de l'histoire du cinéma Thaïlandais (environ 7 millions de dollars). Mais en plein tournage en juin 2008, la star du film nous a fait une "De Gaulle", il a disparu pendant quelques jours, personne ne savait où il était passé. Les rumeurs les plus folles affolaient la Thaïlande : Jaa, habillé en chamane, s'est-il mis à pratiquer la magie noire ? Est-il parti méditer ? En vacances ? Ou bien est-t-il parti trouver des sous suite à une fraude financière ? La production chargea alors Pinkaew (réalisateur du premier « Ong Bak » et de « L'honneur du dragon », quand même) d'assurer l'interim jusqu'au retour de l'acteur principal. Mais au mois de juillet, Jaa réapparut. Devant les caméras et en présence de son avocat, il expliqua qu'il avait craqué sous la pression, affecté par les dépassements de budget de son premier film. (sources : filmsactu.com)

Ce film est de loin le plus ambitieux de la jeune carrière de Jaa. Il s'agit en effet d'un film d'époque (XVème siècle) empreint d'une petite touche de fantasy, dont les combats tranchent avec ceux de ses précédents films. Ici, Jaa a voulu rompre avec ses habituels coups de genoux dans les mâchoires, au profit d'un mélange de plusieurs arts martiaux. Ainsi, les chorégraphies proposent du sabre japonais, de la lutte, ainsi que la fameuse technique de l'homme ivre, popularisée par Jackie Chan dans les deux « Drunken Master ». Nous obtenons donc des combats pas moins efficaces, mais déjà vus et donc moins impressionnants. Heureusement, un combat homérique se glisse au milieu, mettant en scène un éléphant et une horde d'assaillants. Absolument dantesque, la scène voit Jaa gagner le sommet de la tête de l'éléphant (resté debout) à la seule force des jambes, s'appuyer sur les défenses de l'animal pour mieux exploser un ennemi, ou faire une chute de plusieurs mètres, éjecté par un assaillant.

« Ong Bak 2 » est un véritable conte initiatique, donc crée un univers singulier peuplé de guerriers de tous genres accoutrés bizarrement, parsemé de retours en arrière pour suivre le destin de Tien dès son enfance, et une floppée de combats ponctuant son apprentissage de combattant et son évolution en tant qu'homme. Mais un tel film a besoin d'une structure solide, et ici, cette structure est bancale, en partie dûe au pitoyable remontage d'Europa Corp, qui a tout bonnement viré une grosse demie-heure au métrage original. Du coup, on ne sait pas si les déséquilibres dans le film sont dûs au remontage ou à un trop plein d'ambition mal maîtrisée par le jeune réalisateur. Le film lorgne vers l'esprit des « Seven swords » de Tsui Hark et « Apocalypto » de Mel Gibson (décidément, il aura lancé une belle vague de courses initiatiques sauvages et violentes, celui-là). Les personnages sont ambitieux et intéressants, comme la femme-corbeau, la dimension introspective, le voyage intérieur (il semble que ce soit Jaa lui-même grimé en femme-corbeau), le thème de la grotte où le combattant doit tuer l'objet de ses peurs (le syndrôme Dagobah). Un exemple illustrant l'aspect déséquilibré du film : l'intrigue secondaire avec la jeune fille semble mal amenée et ne sert à rien, car développée au début puis jetée aux oubliettes, la fin est incompréhensible (explorant une thématique, le karma, encore jamais abordée dans le film), le plan final du personnage prêtant plutôt à sourire. Mais ne rendons pas à César ce qui ne lui appartient pas : certains ont reproché à Europa d'avoir renommé le titre dans un but commercial. Il n'en est rien, le film s'appelle bien « Ong Bak 2 » en version originale. Alors, simple volonté de surfer sur le succès du premier long-métrage de Tony Jaa, ou véritable continuité ? Cela, on ne le saura qu'après avoir vu la version longue.

Au final, nous sommes donc désappointés, et nous n'aimons pas ça. L'entreprise aurait pu donner lieu à un film très riche, mais le résultat est étrange, il faudra encore une fois attendre de comparer la version thaï et la version Europa Corp.

Sinon, j'ai désormais la certitude que les animaux vont bien dans les salles de cinéma, et si c'est le public des films d'Europa, eh bien ils n'ont que ce qu'ils méritent avec ce charcutage : pour eux, la salle de cinéma n'est qu'un hall de gare, ils arrivent en retard, se promènent constamment dans les allées entre leur place et la porte, allument la lumière des portables et téléphonent pendant le film, commentent à voix haute, bouffent du pop corn en insistant bien la main dans le paquet. Tout est logique, le remontage est fait par des crétins pour des crétins.

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