Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 10 septembre 2011.

Un film de Pedro Almodóvar, avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes.

Vera est une magnifique jeune femme, vivant recluse dans une pièce de la maison à la campagne du docteur Robert Ledgard. Elle sert de cobaye pour ses recherches sur une peau expérimentale, capable de supporter les flammes. Veuf depuis que sa femme a brûlé dans un accident de voiture, Ledgard concentre toute ses espoirs sur Vera. La mère de Ledgard, Marilia, veille à ce que rien ne vienne troubler le secret qui habite cette mystérieuse occupante.

Et des secrets, il y en a beaucoup.

Fidèle à ses obsessions, Almodóvar explore à nouveau les thèmes de la domination, les troubles de l'identité sexuelle, et le rapport à la filiation. Très fortement chargé en érotisme latent, ce métrage est ponctué de rapports plus ou moins consentis, doubles jeux, attirances troubles, délires régressifs, ainsi que d'une dimension médicale qui ne quitte plus le réalisateur ibérique depuis maintenant quelques films.

D'apparence classique, on ne sait trop comment aborder ce thriller au premier abord : polar ? Science-Fiction ? Thriller érotique ? Drame ? D'autant que le mystère concernant Vera tarde vraiment à se dévoiler. Jusqu'à ce qu'un énorme retournement en plein milieu du film ne vienne nous secouer et bouleverser tout cet équilibre. Dans un premier temps s'apparentant à un ovni frigorifié traversé de moments décalés mais très drôles (l'irruption du fils déguisé en tigre de carnaval), le film vire ensuite vers... autre chose, un autre univers beaucoup plus poignant. Un retour vers l'humanité à jamais perdue par Ledgard, mais aussi un retour qui fait très, très mal

« La piel que habito » se révèle brillant dans sa construction, doté d'un jeu sobre de la part des acteurs, avec en tête un Antonio Banderas méconnaissable en docteur glacial comme un scalpel, mais littéralement possédé. Elena Anaya éclaire chacune de ses scènes par sa beauté et son magnétisme, tandis que Jan Cornet tempère la froideur ambiante en apportant sa jeune énergie empreinte de modernité.

Le réalisateur de « Talons aiguilles » se révèle très inspiré, et nous propose un excellent opus empreint de mystère, soufflant tour à tour le chaud et le froid. Brillant.