Un film de Tom Hooper, avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Sr Derek Jacobi, Geoffrey Rush, Guy Pearce, Michael Gambon.

Albert, fils cadet du roi George V, est bègue et souffre de s'exprimer en public. Sa femme tente tout pour l'aider à surmonter son handicap, y compris lui dégoter un docteur Australien aux méthodes anti-conventionnelles. L'histoire est sur le point de pousser "Bertie" sur le devant de la scène, car son frère abdique peu après la mort de leur père.

Nous sommes en 1939. Et il faut une voix pour s'élever contre l'éloquence d'Hitler. Bref, ce n'est pas gagné...

Acclamé de partout, et mettant en scène un pan de l'histoire peu connue (Bertie, alias George VI, n'est autre que le père de l'actuelle reine Elizabeth, quand même), ce film de Tom Hooper est une réussite totale. Les décors sont de toute beauté (l'Abbaye de Westmister, le Palais de Buckingham, le cabinet du Premier Ministre) mais l'académisme n'a pas droit de cité ici. Même si l'Histoire avec un énorme H sonne aux portes du bureau de ce pauvre Bertie, gaucher contrarié au sang chaud, jamais la mise en scène ne cesse de s'attacher aux deux protagonistes, à hauteur d'hommes : ce drôle de duo formé par un acteur râté et un futur roi apeuré par sa propre voix.

Les meilleures scènes (il n'y a, tout bien réfléchi, pas beaucoup d'autres séquences où ils ne sont pas) sont celles privilégiant des échanges amicaux, et se déroulant dans l'intimité du cabinet de l'orthophoniste, une discussion dans un parc, ou un entretien en privé autour du trône sacré de l'Abbaye. Les décors sont là, ainsi que les conseillers, mais rien ne semble parasiter l'harmonie de ce triangle, car le troisième personnage, central, n'est autre que la voix de Bertie. Sans rien spoiler, le film ne montre pas la victoire de Bertie sur son bégaiement, mais comment, à force de pauses et dictions lentes, il tire finalement profit de la solennité de la situation.

Les points forts du « Discours d'un roi » sont bien sûr ses personnages. Les deux frères de sang royal, l'un homme à femmes et renonçant au pouvoir pour épouser une américaine deux fois divorcée, fait passer son plaisir avant tout et fuit les obligations. Le cadet, par contre, a moins de charisme (du moins le croit-il) mais a la stature d'un roi. Constamment épaulé par sa femme qui reste l'une des rares à croire en lui, il doit se faire violence pour apprivoiser une voix hésitante. Tout au long du film, les échecs ne lui sont pas épargnés, de sorte que malgré le talent du docteur, nous doutons que le roi ne réussisse jamais à étaler son immense potentiel aux yeux de tous. Le film étonne surtout par sa subtilité et sa justesse. A part le docteur extravagant joué par l'immense Geoffrey Rush, qui contrebalance la retenue des autres, l'essentiel des personnages s'impose un devoir de réserve et se doit de montrer une conduite irréprochable à la face du monde. D'où cette accumulation de séquences tantôt attendrissantes, tantôt drôles, où des mots d'esprit et le raffinement perlent derrière des façades d'hommes publics se positionnant par rapport à l'opinion d'un peuple qu'on ne verra quasiment jamais.

Resteront des plans superbes de personnages s'exprimant dans des microphones, donnant terriblement envie de faire résonner nos voix (un outil magnifié, puissant et chaleureux) et réfléchir sur la manière que nous avons de la faire entendre.