Que se passerait-il si les yôkaïs, créatures étranges du folklore japonais, existaient aussi en France ? Faites le tour de l’Hexagone en compagnie du docteur Lafayette, à la découverte de notre propre bestiaire, dans une suite de petites histoires surprenantes et décalées.

L’auteur Christophe Kourita raconte, en début d’album, la genèse de cette encyclopédie d’un genre particulier : lors d’une soirée organisée par leur éditeur, le mangaka Katsuhiro Otomo (« Akira ») lui demande s’il existe des yôkaïs en France. Il s’agit de créatures bizarres de toutes formes, issues du folklore japonais, et notamment déjà mises en dessins depuis les années 50 par Shigeru Mizuki (« GeGeGe no Kitarō »).

Se prenant ainsi au jeu, Kourita s’amuse à créer des yôkaïs à la française, prenant en compte la géographie et la culture des régions de l’Hexagone pour y intégrer ses monstres et créatures, trompant les humains pour le pire ou le meilleur.

Au premier abord, on pourrait être sceptique devant le postulat de base. Encore un Français (en fait, Kourita est franco-japonais) fasciné par la culture nippone, se complaisant dans un délire de vouloir faire cohabiter l’inadaptable : les créatures d’une croyance animiste dans une vieille Europe judéo-chrétienne. Pourquoi pas inviter un slime du film SOS Fantômes dans les grottes de Lourdes ? Surtout que l’intention de l’auteur n’est pas de se moquer d’une ou l’autre culture, mais bien de se frotter au bon vieux concept du "What if".

Mais cette impression part en fumée dès les premières histoires courtes, car étonnamment, la mayonnaise prend. L’auteur prend soin de clore chaque segment par une morale (les humains face à leurs propres travers, failles et souffrances), et la confrontation des monstres visuellement "olé olé" à des contrées bien franco-françaises (donc tout sauf exotiques) fonctionnent parfaitement : les bras des sables du Mont St-Michel, les sirènes de feu des falaises bretonnes, ou encore le bonhomme de suie des cheminées parisiennes, chaque yôkaï s’intègre si bien à chaque région qu’on le croirait ancré dans ce folklore depuis des siècles.

L’entreprise est audacieuse. Sans pour autant se retrouver sur les ronds de serviette des touristes, ces yôkaïs cocorico valent le déplacement.