Ecouter aussi ma chronique radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 25 septembre 2010.

Qui, des Espagnols ou de la Flibuste, règnera sur l’île de la tortue ? Retrouvez de l’occulte, de la piraterie et des intrigues d’état dans le premier tome d’une saga d’aventure aux Caraïbes.

En 1664, sur Tortuga, l’invincible Ankou, chef de la Flibuste, perd la vie dans un combat contre l’Espagnol Valverde. Deux ans plus tard, les capitaines français se sont tous exilés, laissant leurs derniers hommes pochetronner sur un bateau en miettes. Mais un négociant en pierres précieuses, Eric Gorsen, "le Nantais", débarque sur l’île et se montre bien trop curieux pour Valverde, le nouveau gouverneur de l’île...

L’ombre de l’inévitable Jack Sparrow et son Black Pearl plane bien sûr sur ce premier tome de la série flibustière « Tortuga ». Bateaux mystérieux, équipages saoulés au rhum, vieux filous et traîtres à la patte de bois, belle aristocrate, et dimension fantastique composent un cocktail pas très original mais toujours apprécié par les amateurs de duels sur le pont des navires sur fond de soleil couchant dans une baie paradisiaque.

Pour l’instant, l’intrigue se veut basique et nous permet surtout de faire connaissance avec ces personnages peu recommandables, comme avec cet univers mêlant forces occultes et épopée d’aventure. Car si la référence « Pirates des Caraïbes » saute aux yeux, c’est également du côté de Mike Mignola qu’il faut chercher.

Le scénario de Sébastien Viozat, qui s’amusait déjà avec les codes des films de zombies dans « Ma vie de zombie » et « Avec les morts », saupoudre son récit historique d’une dose de "menace latente d’outre-monde véhiculée par son anti-héros investi d’un pouvoir mine de rien assez terrifiant". On s’attendrait presque à voir débarquer des eaux Abe Sapiens, apportant sa science à une tripotée de marins alcooliques trop imbibés pour l’écouter.

Le dessin d’Antoine Brivet assume d’ailleurs complètement cette parenté avec l’univers du papa d’Hellboy, avec ses héros aux yeux vitreux émergeant de faciès à moitié plongés dans la pénombre. Encore loin de la perfection épurée et anguleuse du graphisme de Mignola, et malgré certaines hésitations dans les scènes de foules dans des atmosphères "normales", Brivet montre qu’il manie lui aussi la densité des noirs (les premières planches d’introduction sont magnifiques) pour suggérer en quelques taches un pouvoir diabolique menaçant à tout moment de s’abattre sur des duellistes jouant avec le feu.