Ecouter aussi ma chronique radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 6 novembre 2010.

Un nouvel éclairage en noir et blanc sur la célèbre garce créée par Alexandre Dumas : un portrait de femme blessée entre coucheries, politique, et vengeance.

Suite à un amour interdit avec un prêtre, Milady de Winter a été marquée au fer de la fleur de Lys de l’infâmie. Pendue et laissée pour morte par son comte de mari, elle se réfugie dans la pluvieuse Angleterre, suicidaire. Profitant de l’attraction que la belle exerce sur les hommes, et des coups du sort qui s’abattent sur elle, le Cardinal de Richelieu met la main sur cette proie de choix et en fait sa meilleure espionne.

Les ferrets de la Reine, le Duc de Buckingham, Constance Bonacieu et les Mousquetaires, n’ayez pas peur, vous les retrouverez dans cette revisitation à l’encre d’Alexandre Dumas. Mais n’attendez pas des combats, auberges retournées, et amitiés viriles. Ici, il est surtout question de duellistes sans cervelle, relégués au second plan par une poignée de femmes se brûlant les ailes sur un échiquier politique définitivement masculin.

Animal blessé victime de son physique, attirant les hommes par sa beauté mais souillée à jamais par une faute passée, Milady déchaîne les passions à son insu, navigant dans une faune peuplée d’êtres faibles et de monstres sans pitié. Emergeant, le Cardinal est le seul à la considérer à sa juste valeur, mais à défaut de la voir comme un fantasme ambulant, il en fait un pion aussi manipulable que redoutable.

En feuilletant l’album, on peut facilement être déçu par le trait d’apparence simpliste d’Agnès Maupré. Mais en plongeant dans ce portait de Milady, on constate toute l’efficacité du dessin d’une artiste qui cite Reiser comme référence. La nervosité de la plume est mise en valeur par un encrage utilisant les nuances de gris pour retranscrire les drapés. L’auteur étale aussi la puissance de ses noirs pour planter les atmosphères des passages marquants de la vie de Milady.

Ce premier tome des aventures de Milady de Winter se révèle très surprenant, privilégiant les moments creux des autres adaptations pour se concentrer sur le quotidien d’une femme victime de son corps. Sa relation avec son fils, son rapprochement de Constance, et ses retrouvailles avec son ancien mari (dont les amateurs de Dumas connaissent l’identité) promettent d’intéressantes perspectives pour la suite.