Un film de Mamoru Oshii, avec Mitsuhisa Ishikawa, Kenji Kawai, Kenji Kamamiya. Disponible en DVD chez WE Prod.

De 1945 à nos jours, au Japon, certains écumeurs de gargotes défrayèrent la chronique en arnaquant les échoppes de nourriture rapide. En voici quelques portraits.

Mamoru Oshii (« Patlabor », « Ghost in the shell », « Avalon ») est réputé pour réaliser des chefs-d'oeuvre difficiles d'accès en raison d'un aspect bavard démesuré, nécessitant que le spectateur revoie certains films près d'une dizaine fois pour en apprécier les références et en ingurgiter l'étendue des informations. Son dernier opus est tellement jusqu'au-boutiste dans l'obtus qu'en comparaison, ses précédents films sont des "temps de cerveaux disponibles à Coca Cola".

Le métrage est une longue suite de portraits d'arnaqueurs de vendeurs de nouilles, hamburgers et saucisses, arrivant à manger sans payer grâce à des habiles stratagèmes. Au fil d'une voix off monotone balançant une somme astronomique d'informations via des tournures de phrases compliquées, les portraits s'enchaînent sans aucun changement de rythme, plongeant même les fans hard core du réalisateur dans l'ennui (j'ai décroché 4 fois du film, m'obligeant à des pauses afin d'arriver conscient au bout des 1h40 de métrage).

Mais bien sûr, nous sommes chez Mamoru Oshii, et le bonhomme nous fait du Oshii. Nous avons droit à son basset fétiche, casé sur un coin d'une affiche. Et en tant que bon military otaku, il nous balance encore dans la face de nombreux plans d'avions militaires larguant des bombes.

Parlant à chaque film de la situation militaire, culturelle, et géo-politique de son pays, le réalisateur des deux premiers « Patlabor » dresse dans « Tachiguishi » un portrait en creux du Japon de 1945 à nos jours, de la politique d'anéantissement des chiens errants afin de redonner aux Japonais une raison d'être fier de leur pays à la fin de la 2éme Guerre Mondiale, à l'Exposition Universelle, en passant par les Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Pour couronner le tout, Oshii utilise également des pans de la culture japonaise qu'il vaut mieux connaître, comme les renards métamorphes (vus notamment dans « Pompoko »).

Techniquement, le film est à montrer dans les écoles de cinéma ou d'arts graphiques. C'est la première fois que la technologie de compositing 3D (des éléments 2D animés dans un espace 3D) est utilisée de telle ampleur dans un long-métrage. Cela fait un moment qu'Oshii préparait le terrain en utilisant cette technique, sur le film d'animation « Ghost in the shell 2 : innoncence » mais surtout sur « Avalon », qui utilisait le procédé d'éléments visuels plats pour représenter les notions d'avatars et de réalité virtuelle. Dans « Tachiguishi », la technique utilisée n'est pas vraiment exploitée d'un point de vue scénaristique, car il n'y a pas de lien entre ce choix et le principe des arnaqueurs de gargotes. Visuellement intéressant et baignant dans des ambiances ocres et dessaturées, le film exploite le procédé technique pour son potentiel comique (et son côté SD) tout en se rajoutant une couche impénétrable supplémentaire (le procédé divise et lasse sur la durée).

Côté acteurs, si les noms de Mitsuhisa Ishikawa, Kenji Kawai, Kenji Kamamiya, Shoji Kawamori, Shinji Higuchi, et Katsuya Terada vous disent quelque chose, c'est normal, Oshii a fait appel à ses confrères et collaborateurs, respectivement PDG de Production IG, compositeur, réalisateur de la série « Ghost in the shell : Stand Alone Complex », réalisateur de la série animée « Escaflowne », storyboarder/spécialiste en effets spéciaux, et designer de « Blood the last vampire ».

Au final, « Tachiguishi » est loin d'être inintéressant, mais la mayonnaise ne prend pas. L'histoire ne passionne pas, et faute d'un rythme digne de ce nom, le métrage provoque la léthargie. A montrer dans les écoles de cinéma, je vous dis.