Ecouter aussi cette chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 20 mars 2010.

Un film de Grant Heslov, avec George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges, Kevin Spacey, Robert Patrick, Stephen Lang, J.K. Simmons

Désemparé après une rupture amoureuse, le journaliste Bob Wilton campe au Koweit dans l'espoir d'entrer en Irak et couvrir la guerre. Il rencontre Lyn Cassady dans un hôtel, qui lui révèle qu'il est un ancien agent spécial de l'armée américaine adepte de la parapsychologie, utilisant des dons spéciaux pour neutraliser ses ennemis pacifiquement, en harmonie avec la nature et sous l'emprise de LSD.

Oui, le pitch peut paraître débile, et nous ne sommes pas très loin d'un esprit à la Ben Stiller, loufoque et à l'humour parfois cartoon. Ici, les personnages fixent certes des nuages du regard pour les faire partir, arrêtent le coeur des chèvres pour s'entraîner, ou recyclent l'emprise Jedi sur les esprit faibles pour les manipuler. Mais au risque de décevoir les fans de film à la ZAZ, « Les chèvres du Pentagone » n'est pas qu'une farce.

Tout d'abord, le film est inspiré d'un livre de Jon Ronson qui révélait certaines expériences de l'armée dans le domaine du paranormal. La CIA a également réalisé des expériences visant à développer certaines capacités comme tuer à distance grâce la simple volonté, ou se déplacer à travers les murs. Au-delà du loufoque, le film de Grant Heslov dresse un portrait de soldats en marge, prêts à tout pour suivre l'enseignement de Bill Django, l'inventeur hippie de la discipline.

Evitant soigneusement le piège de la simple parodie (même si par exemple, Jeff Bridges se livre à une savoureuse tirade de maître instructeur... qu'il torpille aussitôt), le film montre surtout une armée américaine complètement désemparée face aux situations de guerre, et des soldats à la dérive. A part le personnage gourou de Jeff Bridges haut en couleurs (une sorte de Jeff Lebowsky militaire), les acteurs campent leurs personnages au premier degré, n'en font pas des caisses, et nous montrent des hommes fragiles surtout incapables de faire du mal à une mouche... enfin, à des chèvres.

Le réalisateur ne prend jamais le parti de se moquer de ses personnages. Durant tout le film, nous sommes à leur hauteur, et ne savons jamais exactement si leurs pouvoirs existent, ou plutôt, on nous montre qu'ils existent mais cette information est reléguée au second plan : la fabuleuse technique du regard qui permet de chasser les nuages, la paume du Dim Mak, ou encore la persuasion mentale du jedi, finalement, on s'en fout un peu, l'essentiel résidant dans ces quelques portraits de soldats en marge, presque des gamins, perdus, jouant à la guerre sans arme ni violence.