Une catastrophe d’origine inconnue a dévasté la surface de la Terre, seule une poignée d’humains continuent de survivre. Au cœur des vestiges d’une ville perdue dans le désert, le nécromancien tente de continuer une vie d’apparence normale, en réanimant les cadavres et alimentant la cité en électricité. Mais bientôt surgit du désert la sorcière, une empathe pouvant détecter les émotions des autres. Ensemble, ils partent vers le Sud et un village dirigé par le pistolero. Mais ses habitants semblent attendre des nouveaux venus quelque chose de précis. Qui manipulera qui ?

Actuellement, les histoires post-apocalyptiques fleurissent comme des champignons radioactifs, préoccupations écologiques obligent ; on pense bien sûr aux récents films de fin du monde (« La route », « Je suis une légende »). Ici, le scénario de « Havre » privilégie la relation entre les survivants plutôt que l’action pure et dure, en jouant sur un climat oppressant d’autant plus efficace que le danger provient surtout des personnes saines plutôt que des créatures extérieures. Face au pacifisme naturel et la naïveté du nécromancien, la méfiance de l’empathe constitue un contre-point intéressant. Traumatisée par ses rapports aux humains et voulant se préserver au maximum des trop pleins d’émotion, la jeune femme refuse de se laisser approcher. Pétri de défauts et le passé trouble, chacun tente de se livrer un minimum et survivre. Peu importent parfois les moyens.

Scénarisé par Isabelle Bauthian, ce premier tome d’une trilogie bénéficie d’une atmosphère tendue et se clôturant sur un cliffangher augurant d’une suite à vif. Graphiquement, on sent Anne-Catherine Ott surtout à l’aise dans les expressivités graphiques illustrant les souvenirs ou les pouvoirs de l’empathe, plutôt que dans ses planches dialoguées.