Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 14 novembre 2009.

Un film de Terry Gilliam, avec Heath Ledger, Christopher Plummer, Verne Troyer, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell, Lily Cole, Tom Waits.

A bord de leur roulotte sortie d'un temps ancien, la troupe du docteur Parnassus propose à ses spectateurs, moyennant finance, d'embarquer dans leur propre imaginaire en traversant un miroir. Magie ou supercherie ? La troupe composée d'un être minuscule, du vieux chef porté sur la boisson, de sa fille Valentina et du jeune Anton amoureux d'elle, va rencontrer un homme mystérieux au passé trouble, Tony Sheperd, pendu sous un pont et pourchassé par des russes. Mais peu de gens savent que Parnassus a autrefois passé un marché avec le diabolique Mr. Nick, gros parieur à la recherche d'âmes.

Premier film de Gilliam d'après son scénario original, depuis « Les aventures du baron de Munchaüsen », cet « Imaginarium du Docteur Parnassus » prolonge la plongée dans le féérique qu'était le film pré-cité, autant qu'il représente un condensé de l'oeuvre de Gilliam. Déclaration d'amour à l'imaginaire de tout poil, fascination pour les univers foutraques faits de bibelots et accessoires usés, mise en scène de décors féériques, sables, plages, falaises, forêts, ponts, tendresse pour les petites gens et les clochards, attachement pour les gentils fous et les illuminés, toutes les obsessions et centres d'intérêt de l'ancien membre des Monty Pythons y passent.

Plombé par le soudain décès d'Heath Ledger, le tournage aurait pu s'arrêter là sans une pirouette scénaristique mettant en scène un acteur différent chaque fois que le personnage de Tony traverse le miroir. Le montrant tour à tour joueur et malicieux (Johnny Depp), charmeur et lumineux (Jude Law), puis ambigu et sombre (Colin Farrell), le miroir permet d'observer Tony à travers plusieurs prismes, au fur et à mesure que l'on en apprend plus sur le personnage. On le devine au départ gentil filou et petit arnaqueur, mais sa vraie nature se dévoile progressivement, ne parvenant pourtant jamais à détourner le regard du fil conducteur du film : la relation entre Parnassus et sa fille Valentina. Le film ne raconte rien d'autre que la souffrance du père devant la possibilité de se voir éloigné de sa fille, à travers la culpabilité qui le ronge d'avoir autrefois joué le destin de la demoiselle en pariant avec le diable.

Graphiquement, le film est splendide, même si on préfèrera les éléments naturels et palpables peuplant les différents imaginaires, comme les arbres en silhouettes ou les maquettes de montagnes. La cohabitation avec le numérique fonctionne correctement, car les effets sur ordinateur sont le plus souvent accompagnés d'une texture ou d'un aspect artisanal. Cependant, « L'imaginarium du Docteur Parnassus » ne parvient pas à éviter quelques longueurs, et surtout un côté froid, un manque d'émotion empêchant le spectateur de se projeter au milieu de la troupe. Le scénario est complexe et sème quelques indices qu'il sera amusant d'appréhender lors de la deuxième vision du film, mais on éprouve encore une fois des difficultés à adhérer totalement à l'histoire, l'univers est trop beau, parfois trop artificiel. Mais surtout, cette féérie manque d'humour et de malice.

Cet imaginarium ne rebutera pas les fans de Gilliam, car il condense beaucoup d'éléments de ses précédents films, mais manque d'un soupçon de peps pour emballer les foules. Finalement, la dernière fois que Gilliam nous a touchés, c'était à ses dépens dans le documentaire cauchemardesque « Lost in La Mancha ».