« L'imaginarium du Docteur Parnassus »
Par Thomas Berthelon le lundi, novembre 16 2009, 11:58 - Visionnages - Lien permanent

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 14 novembre 2009.
Un film de Terry Gilliam, avec Heath Ledger, Christopher Plummer, Verne Troyer, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell, Lily Cole, Tom Waits.
A bord de leur roulotte sortie d'un temps ancien, la troupe du docteur Parnassus propose à ses spectateurs, moyennant finance, d'embarquer dans leur propre imaginaire en traversant un miroir. Magie ou supercherie ? La troupe composée d'un être minuscule, du vieux chef porté sur la boisson, de sa fille Valentina et du jeune Anton amoureux d'elle, va rencontrer un homme mystérieux au passé trouble, Tony Sheperd, pendu sous un pont et pourchassé par des russes. Mais peu de gens savent que Parnassus a autrefois passé un marché avec le diabolique Mr. Nick, gros parieur à la recherche d'âmes.
Premier film de Gilliam d'après son scénario original, depuis « Les aventures du baron de Munchaüsen », cet « Imaginarium du Docteur Parnassus » prolonge la plongée dans le féérique qu'était le film pré-cité, autant qu'il représente un condensé de l'oeuvre de Gilliam. Déclaration d'amour à l'imaginaire de tout poil, fascination pour les univers foutraques faits de bibelots et accessoires usés, mise en scène de décors féériques, sables, plages, falaises, forêts, ponts, tendresse pour les petites gens et les clochards, attachement pour les gentils fous et les illuminés, toutes les obsessions et centres d'intérêt de l'ancien membre des Monty Pythons y passent.
Plombé par le soudain décès d'Heath Ledger, le tournage aurait pu s'arrêter là sans une pirouette scénaristique mettant en scène un acteur différent chaque fois que le personnage de Tony traverse le miroir. Le montrant tour à tour joueur et malicieux (Johnny Depp), charmeur et lumineux (Jude Law), puis ambigu et sombre (Colin Farrell), le miroir permet d'observer Tony à travers plusieurs prismes, au fur et à mesure que l'on en apprend plus sur le personnage. On le devine au départ gentil filou et petit arnaqueur, mais sa vraie nature se dévoile progressivement, ne parvenant pourtant jamais à détourner le regard du fil conducteur du film : la relation entre Parnassus et sa fille Valentina. Le film ne raconte rien d'autre que la souffrance du père devant la possibilité de se voir éloigné de sa fille, à travers la culpabilité qui le ronge d'avoir autrefois joué le destin de la demoiselle en pariant avec le diable.
Graphiquement, le film est splendide, même si on préfèrera les éléments naturels et palpables peuplant les différents imaginaires, comme les arbres en silhouettes ou les maquettes de montagnes. La cohabitation avec le numérique fonctionne correctement, car les effets sur ordinateur sont le plus souvent accompagnés d'une texture ou d'un aspect artisanal. Cependant, « L'imaginarium du Docteur Parnassus » ne parvient pas à éviter quelques longueurs, et surtout un côté froid, un manque d'émotion empêchant le spectateur de se projeter au milieu de la troupe. Le scénario est complexe et sème quelques indices qu'il sera amusant d'appréhender lors de la deuxième vision du film, mais on éprouve encore une fois des difficultés à adhérer totalement à l'histoire, l'univers est trop beau, parfois trop artificiel. Mais surtout, cette féérie manque d'humour et de malice.
Cet imaginarium ne rebutera pas les fans de Gilliam, car il condense beaucoup d'éléments de ses précédents films, mais manque d'un soupçon de peps pour emballer les foules. Finalement, la dernière fois que Gilliam nous a touchés, c'était à ses dépens dans le documentaire cauchemardesque « Lost in La Mancha ».

Commentaires
franchement, tu veux que je te dises ? je crois qu'il va me donner envie de retourner au cinéma celui là !!
j'attendrai la sortie dvd car j'ai été très déçu par les derniers films de Gilliam, les frères grimm et l'abominable tideland
Franchement, citer tous ces acteurs et oublier le très très charmant Andrew Garfield, ca craint. :p
A part ça, j'ai pas accroché sur la fin. On ne sait pas trop ce qu'il se passe. Qui, quoi, quand, comment, où...
Ah, là, là.. Tu racontes tout !
Pas lu votre avis étant donné que je ne j'ai pas vu le film (c'est toujours ainsi, on raconte parfois trop de choses en détails qui puissent tuer le charme au spectateur qui ne l'a pas encore vu ou dévoilé de trop l'intrigue). Par contre, Gilliam, j'avoue avoir adoré Brazil, aimé L'armée des 12 singes mais je ne sais pas si j'irais voir ce film. Je ne connais pas le reste de sa carrière, assez bizarrement. Un pêché à rattraper.
>Kheyliana : En effet, ce film fait partie de ceux qu'il vaut mieux découvrir en salle, en raison de la grande richesse de son visuel.
>Eelsolivier : Toujours pas vu "Tideland". Peut-être le seul Gilliam que je n'ai pas vu.
>Tarval : aaah, le beau Anton... Et moi, justement, la fin, j'ai bien aimé, parce que tout n'est pas expliqué.
>Enflammée : Ben, j'ai quand même fait attention de ne pas trop raconter pourtant. J'ai juste dit que le personnage de Tony était sombre :-)
>Benoît : c'est la bonne époque pour découvrir les autres Gilliam, "Bandits bandits" et "...le baron de Munchausen" sont à voir en période de fêtes de Noël. Guette les programmes télé.