« Prison on fire 1 et 2 »
Par Thomas Berthelon le lundi, novembre 2 2009, 13:56 - Visionnages - Lien permanent

Ecouter aussi la chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 31 octobre 2009.
Deux films de Ringo Lam, avec Chow Yun Fat, Tony Leung Kar Fai. Edité chez HK Video.
« Prison on fire »
Yiu est créatif dans la pub. Condamné à trois ans de prison pour homicide involontaire, il est trop tendre pour le monde carcéral, et est pris sous l'aile de Ching, un détenu décontracté et blagueur. Mais le jour où Yiu cafte sur l'un des chefs des groupes de prisonniers, celui-ci le prend en grippe et jure de le lui faire payer. Servant de bouc émissaire avec la complicité du maton en chef, Yiu doit faire le dos rond.
« Prison on fire 2 »
Après avoir fait virer le précédent chef de la sécurité, Ching est dans le collimateur de son successeur, le terrible Zau qui en fait son souffre-douleur. A l'extérieur, la mère de Ching est décédée, et son fils est placé dans un orphelinat. Ching n'a d'autres choix que de s'évader pour parler à son fils qui éprouve des difficultés à s'adapter. Dans sa cavale, Ching va se lier d'amitié avec Long, un autre évadé.
Ringo Lam est un réalisateur hong kongais qui s'est surtout fait connaître en Occident pour deux raisons : il a réalisé trois films avec Jean-Claude Van Damme : « Risque Maximum » (1996), « Réplicant » (2001), et « In Hell » (2003). Il est aussi l'auteur de « City on fire » (1987), dont la dernière partie a inspiré le « Reservoir Dogs » de Quentin Tarantino. Ce long-métrage est le premier opus d'une tétralogie sous tension comprenant aussi « Prison on fire » (1987), « School on fire » (1988), et « Prison on fire 2 » (1991).
L'univers du diptyque « Prison on fire » est plus proche de celui de la série « Oz » que de « Prison Break », en moins sauvage, mais aussi puissant, plus optimiste et chaleureux (le charisme et la bonhommie de Chow Yun Fat y font beaucoup). Le premier film décrit une amitié très forte entre Yiu et Ching, le pic étant atteint lors du réveillon où tout le monde danse, entre deux offrandes faites à partir de cigarettes et un fruit, et des pensées et interrogations sur la fidélité de la classique petite femme restée à l'extérieur des barreaux. Le second film s'articule autour de la cavale de Ching, une chasse à l'homme en pleine nature, un duel entre la proie et son prédateur, où le maton en chef (le bien nommé Zau Dark Vador) se révèle encore plus féroce que celui de l'épisode précédent. Ching se retrouve vite esseulé, et livré en pâture à la communauté des chinois continentaux manipulés par Zau.
Comme dans « Oz », la vie monotone en prison s'égrène au fil des luttes entre triades et bandes, souligne l'importance des chefs, les revendications des prisonniers (concernant par exemple le prix des clopes) les poussent à entamer une grève de la faim, le rapport des prisonniers à l'autorité consiste à jouer sur la provocation, via des combines ou une agressivité plus frontale, à la limite d'un affrontement physique qu'on sent poindre au bout d'une certaine rage contenue. Les prisonniers sont comme des animaux en cage, la violence la plus primitive ne peut être contenue trop longtemps.
Les films abordent plusieurs tons : l'innocence, la quiétude, mais aussi l'homme se transformant en bête féroce, à la frontière de la folie destructrice. Les scènettes se succèdent, du ralenti le plus naïf et bon enfant, aux scènes potaches (Ching rencontre Yiu pour la première fois en allant déféquer en grimaçant, pendant que Yiu récure les toilettes voisines : une scène similaire y fera écho dans le deuxième film, en pleine nature). Au départ, il faut s'habituer au surjeu à la cantonaise (surtout dans un genre carcéral n'autorisant d'ordinaire que peu de comédie). Mais on est vite pris dans cette spirale d'énergie. De nombreuses séquences vous apparaîtront à la limite du risible si vous n'êtes pas familier des codes de ce cinéma-là (par exemple, les deux évadés jouent ensemble dans une rivière, à poil, au ralenti, en riant comme des enfants).
La musique part d'un générique assez jazzy, avec une voix chinoise à la Tina Turner, pour aller vers le plus barré, au synthétiseur, pour souligner l'aliénation des personnages. Ainsi, les premiers affrontements physiques, les pétages de plomb et déferlements de violence de Ching, les humiliations, sont accompagnés de sons tranchants pour souligner le début d'une certaine aliénation. L'humeur bon enfant laisse ainsi sa place à des combats propulsant le dos des prisonniers sur les arêtes des lits, à travers des vitres, mais aussi à certaines mutilations.
Les deux « Prison on fire » sont des métrages saisissants, peut-être pas aussi définitifs que certaines perles comme « L'évadé d'Alcatraz » (Don Siegel, 1979) ou « Les évadés » (Franck Darabont, 1994), mais maîtrisés de bout en bout par un réalisateur au sommet de son art, et dotés d'une tension assez saisissante. Ringo Lam est un réalisateur méconnu chez tout, en raison d'une filmographie plus déroutante que certains de ses confrères (John Woo, Tsui Hark, ou même Kirk Wong). Outre la tétralogie « On fire », Lam est aussi l'auteur du très déroutant « Full Contact » (à ne pas confondre avec le film avec JCVD) avec l'indéboulonnable Chow Yun Fat, mais aussi les hallucinés Simon Yam et Anthony Wong. Il a réalisé également « Le temple du lotus rouge », film de commande fantastique de très bonne facture produit par Tsui Hark, et co-réalisé avec Hark « Twin Dragons » avec deux Jackie Chan pour le pris d'un, ou encore le plus récent « Triangle » avec Hark et Johnnie To.
