Un film de Karyn Kusama, avec Megan Fox, Amanda Seyfried, J.K. Simmons.

Needy est une lycéenne binoclarde, et aussi surprenant que cela puisse paraître, est la meilleure amie de la plus belle fille du lycée, la pom pom girl Jennifer. Un soir, lors d'un mini concert organisé dans l'unique bar de leur bled paumé dans le Midwest, un incendie se déclare et Jennifer est kidnappée par les membres du groupe musical. Lorsqu'elle retrouve ensuite Needy, elle semble bizarre, a une sale mine, et se met à vomir du goudron avec des piques. Elle est en fait devenue une succube.

Déjà scénariste du film « Juno » de Jason Reitman, Diablo Cody nous pond cette fois-ci un scénario dans la pure veine du genre "gore pour teenager", à savoir une bonne dose sexy, une musique branchée, et une trame enfilant les clichés. Sauf qu'à l'instar de « Juno », la grande force de ce métrage (outre Megan Fox, mais j'y reviendrai) réside dans ses dialogues particulièrement savoureux, et le portrait pas piqué des vers de ses deux héroïnes. Certains dialogues font mouche, comme dans cette scène où Needy demande à Jennifer si elle est vierge, et celle-ci répond : "Non mais tu rigoles ? Même le verrou de derrière a sauté ! J'ai tellement dérouillé que j'ai du m'asseoir pendant une semaine sur des pois surgelés". Plus tard, Jennifer version succube, fraîchement embrochée par une perche dans une piscine désaffectée et pissant le sang, demande à Needy si elle a un tampon, parce que vue son humeur, elle pensait qu'elle avait ses règles.

Bon, des dialogues savoureux ne suffisent pas à créer un bon film. Cela se vérifie ici. « Jennifer's body » est un objet bien trop sage, peu surprenant, les grands poncifs du genre y passent tous (la proie entraînée et s'accrochant avec ses ongles au sol, le bal de fin d'année, le dépucelage tournant au vinaigre, les pom pom girls), et même s'ils sont traités avec un léger goût de parodie, transpirent trop le déjà vu pour ne pas empêcher un rictus de bâillement chez le spectateur. Le film se situe ainsi dans un entre-deux pénible, trop décalé pour provoquer l'angoisse, et pas assez premier degré pour être un grand film marquant. La mise en scène de Kusama se borne seulement à illustrer le scénario, sans génie, sans véritables bonnes idées, et on se prend aussitôt à envisager ce qu'aurait donné un tel scénario devant la caméra d'un Dario Argento en grande forme, habitué à filmer des héroïnes, du beau rouge, des rituels et des sorcières.

Sinon, le film remplit tout de même son office, en grande partie grâce à ses deux interprètes principales. Megan Fox, bien partie pour devenir la bimbo officielle des dix prochaines années, fait correctement son boulot, aguicheuse sans être énervante, et même si elle n'a pas encore une palette de jeu démentielle (elle se contente le plus souvent d'entre-ouvrir la bouche pour déborder de sensualité) et malgré quelques tics de jeune actrice, parvient à bien se situer dans un rôle de lolita allumeuse non vulgaire et sympathique. Mais la grande surprise du film, c'est Amanda Seyfried, la meilleure amie Needy de Jennifer : faisant jeu égal avec Megan Fox, elle campe la caricature de la lycéenne légèrement complexée, avec ses grosse lunettes et un côté "intello décalée". Elle parvient à éviter l'aspect sainte nitouche en jouant sur son humeur rock'n roll, fille de caractère mais dans l'ombre de sa copine.

Au final, nous avons donc un film plutôt sympathique, drôle et plaisant, proposant un ton légèrement décalé au teen movie mais ne cassant pas des briques non plus.