« Swordsman » : un film de King Hu, Raymont Lee, Ching Siu-tung, Ann Hui, Andrew Kam, avec Sam Hui, Cecilia Yip, Jackie Cheung.

Durant la dynastie Ming, des leaders de différentes organisations (pouvoir en place, sectes et clans divers) se battent pour obtenir un fameux rouleau de manuscrit détenant certains secrets des arts martiaux. Au milieu, le sympathique Lingwu Chung préfère tenter de protéger ses amis.

« Swordsman 2 : La légende d'un guerrier » : un film de Ching Siu-tung, avec Jet Li, Lin Ching-hsia, Waise Lee, Rosamund Kwan.

Le rouleau sacré est désormais entre les mains de l'invincible Asia, guerrier androgyne prêt à endurer les pires sacrifices pour atteindre le sommet de l'art du combat. Lingwu Chung, quant à lui, continue de voyager, imbibé d'alcool et bon vivant. Entre histoire d'amour déviante et course généralisée au pouvoir, qui va asseoir sa suprématie ?

« Swordsman 3 : East is red », un film de Ching Siu-tung et Raymond Lee, avec Lin Ching-hsia, Joey Wong, Eddy Ko.

L'invincible Asia est de retour, et part dans l'écrémage des usurpateurs se faisant pour lui. Alors que le demi-dieu fou tente de s'approprier toutes les armées, le gouvernement en place, des explorateurs espagnols largués, des pirates et une poignée de samouraïs japonais veulent aussi leur part du gâteau.

Nous sommes à la fin des années 80-début des années 90. Trois ans auparavant, Tsui Hark a initié la trilogie « Histoires de fantômes chinois » qui fera connaître le cinéma hong-kongais au grand public occidental. Le réalisateur de « The blade » veut donner à cette époque un grand coup dans le genre du wu xia pian (films de sabre) en produisant des franchises remettant au goût du jour des codes cinématographiques un peu poussiéreux. Ainsi, juste avant sa série dantesque « Il était une fois en Chine », il lance la saga « Swordsman ». Fan absolu du grand King Hu (« A Touch of zen »), Hark lui demande donc de prendre les rênes du premier épisode, mais tout ne se passe pas comme prévu. Officiellement, King Hu est vieux et est contraint de se faire aider dans la mise en scène. Officieusement, des divergences artistiques l'opposent à Hark et sa manie de vouloir tout contrôler. une armée de Yes Men finissent un film assez bancal, trop moderne pour avoir le charme des vieux classiques, mais trop chiant et compliqué pour emballer vraiment. A mi-chemin entre fresque politique, complots et drames, « Swordsman » ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, à part la belle chanson de James Wong, que l'on retrouve dans la suite.

La série prend donc tout son essor sur le deuxième opus, absolument gigantesque. Les capacités des différents guerriers sont énormes, du ninja à l'épée tournoyante qui le propulse dans les airs en s'appuyant sur le sol, ou le grand maître de la secte aux mains qui aspirent tout, constituant un bouclier avec des parcelles de sol arrachées, ou extrayant des gerbes de sang à partir d'une entaille. Mais la grande trouvaille de ce film, c'est le personnage de l'invincible Asia, incarné par Lin Ching-hsia (connue aussi sous son nom occidentalisé Brigitte Lin), la prêtresse de « Zu, les guerriers de la montagne magique ». Personnage androgyne, sensé être un homme mais campé par une femme, il s'agit d'un grand guerrier accédant quasiment à la divinité après s'être castré. Passant son temps à broder (les aiguilles et fils sont ses armes principales) et coucher avec ses courtisanes, l'invincible Asia tombe amoureux de Lingwu Chung (cette fois-ci incarné par l'impeccable Jet Li), dans des scènes vaporeuses dédouanées du reste du métrage, comme en suspension. Au niveau de la mise en scène, le grand final est un véritable bijou d'anthologie, que vous pouvez admirer en bas de cet article (sans les voix d'origine, désolé).

Le troisième épisode, s'il s'avère lui aussi sympathique, transpire à fond l'opportunisme commercial et n'échappe pas au statut de simple suite. Le sabreur Lingwu Chung est tout simplement viré, pour laisser toute la place au retour de l'invincible Asia, pourtant sensé être mort dans l'épisode précédent. Tout le film s'articule autour du personnage androgyne luttant contre des usurpateurs. D'abord dans le camp des gentils, Asia pète les plombs et redevient un vrai despote, en passe d'annexer toutes les forces en présence. Surfant sur l'ambiance sensuelle du deuxième épisode, avec baisers lesbiens avec la langue, cette troisième partie propose toujours son flot de combats cartoons, mais le tout vire vraiment trop au grand n'importe quoi (une guerrière chevauche un espadon...), surtout qu'Asia, s'emmerdant visiblement en se battant, booste les capacités de son adversaire afin que l'affrontement soit plus équilibré. Les créateurs du film ajoutent d'ailleurs au métrage de savoureuses séquences mettant en scène les espagnols, totalement étrangers au concept de "monde des arts martiaux", et courant se protéger de la furie destructrice d'Asia derrière la statue de Jésus dans une scène valant son pesant de nuoc mam.

Au final, cette saga commençait comme un hommage à l'un de grands maîtres du genre des années 70, et se clôtura dans le pur délire cartoon, avec triangles amoureux, scènes sensuelles, et personnages surréalistes. La trilogie est disponible en dvd chez HK Vidéo.