Un film de Neill Blomkamp, avec Sharlto Copley, David James, Jason Cope.

Wikus est un cadre de la MNU, une entreprise privée fabricant des armes, chargée par le gouvernement sud-africain d'expulser le gros million d'extra-terrestres parqués dans un bidon-ville de Johannesburg, suite à leur arrivée sur Terre il y a 20 ans. Les aliens sont traités comme des moins que rien par les troupes de Wikus, jusqu'au moment où, suite à une contamination par un produit extra-terrestre, Wikus mute petit à petit en alien. Devenu l'homme le plus recherché du pays, fuyant la communauté nigérianne qui veut s'approprier ses nouveaux pouvoirs, il n'a d'autre choix que de se réfugier au milieu des créatures venues d'ailleurs.

Attention, « District 9 » est une grosse claque dans la face. Rarement un film de science-fiction moderne avait à ce point mêlé le genre fantastique et le sous-texte politique avec ce degré de pertinence. L'action se situe en pleine Johannesburg, le territoire de l'ancien apartheid, les guerriers nigérians sont armés de machettes, leur chef veut manger le bras de Wikus pour s'approprier ses pouvoirs. Les références à certaines horreurs de l'histoire africaine sont donc légions, et placent le film dans la lignée de certains métrages récents à grande portée politique, comme « Starship Troopers » par exemple.

Commençant comme un long reportage réalisé à l'aide de plans filmés caméra à l'épaule, où les personnages sont interviewés en pleine campagne d'expulsion de masse, le film vire progressivement vers une narration plus classique mais toujours nerveuse. Aux frontières du film de guerre, du reportage, et de la thématique cronenberguienne, « District 9 » est avant tout un film d'action diablement efficace. La violence sanguinolente marque le spectateur par sa sècheresse (les exécutions froides, l'extermination des bébés, la découverte du laboratoire et des tortures), mais devient également plus cartoon dans la dernière partie et sa déferlante de tirs à l'esprit "rayon laser". Le dynamisme, la nervosité des scènes d'action que n'auraient pas renié les films de la trilogie « Jason Bourne » offrent de sacrés moments de plongée guerrière, rappelant furieusement les plans filmés par des caméramen durant les conflits (des cadres tremblants, des zooms, filmés à couvert), mais aussi quelques caméras fixées sur des fusils ou collant aux basques des militaires.

La transformation physique de Wikus va bien sûr le faire passer d'un clan à l'autre. A mesure qu'il mute, il acquiert des pouvoirs et également des responsabilités, mais aussi un rejet de ses congénères humains. Au départ, c'est un salopard fini, et son retournement idéologique, même s'il semble logique, demeure trop brutal et constitue peut-être le seul point négatif du film. Proche de l'évolution de Jeff Golblum dans « La mouche », la transformation physique de Wikus, au départ dégoûtante (ongles arrachés, dents qui tombent, visquosité de son bras), le rend finalement sympathique (il faut dire aussi que son côté tête à claques ringard du début le fait partir de loin). Son attachement à la cause de l'alien Christopher l'est pour de mauvaises raisons, car il pense avant tout à sa propre gueule, et c'est justement cet aspect "anti-héros" qui finit de plonger « District 9 » dans cette crasse généralisée, où aucune humain ne rattrape les autres, où les aliens peu ragoûtans sont finalement la seule espèce attachante.

Au carrefour des univers de Cronenberg, Verhoeven, et Paul Greengrass, ce premier long-métrage poussiéreux de Neil Blomkamp convainc haut la main autant dans la SF que dans le message politique et fait date en se posant comme un film majeur du genre de cette décennie.