Un film d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu, avec Mathieu Amalric, Catherine Frot, Karin Viard, Sergi Lopez, Omahyra Mota.

C'est la guerre. Paris est frappé par des missiles, Toulouse est la nouvelle capitale de la France. Au milieu du chaos généralisé, Robinson couche sur le papier son histoire d'amour avec Laetitia dont il part à la recherche. Durant son odyssée, il va faire des rencontres de tout ordre, certaines tentant de survivre, d'autres attendant quelque chose.

Comme le dit un personnage : "C'est fou comme on n'arrête pas de baiser quand tout va mal". Tout au long de ce film, on assiste en effet à une suite de coucheries, et un pourcentage de temps passé à poil assez hallucinant. C'est bien simple, le personnage de Laetitia, la femme fuyante que recherche Robinson, se balade nue pendant la quasi totalité du film. Chaque personnage trouve dans le climat apocalyptique l'occasion d'assouvir ses pulsions, un rêve secret, ou une débauche d'actes privés de conséquences. A l'instar d'un Orphée en quête de son Eurydice en plein enfer, Robinson est obsédé par Laetitia, qu'il retrouva et perdit de vue de nombreuses fois durant l'année précédente, évoquée au cours de plusieurs flashbacks.

Le contexte de fin du monde n'est bien sûr qu'un prétexte pour offrir aux différentes personnages une dernière occasion de se lâcher. Des orgies dans les châteaux au rapport sexuel entre un père et sa fille qu'il n'a jamais connue, en passant par des déclarations d'amour ou des fantasmes d'une femme mûre amoureuse du père de son amant, toutes les occasions sont bonnes pour s'offrir du bon temps et assumer enfin ses désirs, alors que tout est en train de péter.

La volonté de Robinson de repousser toutes les personnes voulant se rapprocher de lui précipite leur perte. Uniquement obsédé par Laetitia, le personnage de Mathieu Amalric voit son environnement immédiat se liquéfier à mesure qu'il arpente le Sud de la France. Errant comme un fantôme à qui il manque quelque chose pour être pulvérisé en paix, il se dérobe à la mort quand tout fout le camp, jusqu'à cette plongée angoissante dans Paris anormalement privée de soleil.

Des plages de Biarritz idylliques mais subitement couvertes de pluies de cendres, aux rues surbondées de Pampelune au coeur de la marée humaine des festayres, en passant par les allées toulousaines théâtres de sauvagerie urbaine, nous sommes donc bien loin des quartiers généraux asceptisés de l'armée américaine ou des institutions parisiennes. Ici, les personnages respirent, vivent, couchent.

Côté casting, rien à dire, Amalric a toujours le regard halluciné, Catherine Frot interprète toujours à merveille les cruches-boulets et continue de donner l'impression d'avoir 60 ans depuis une quinzaine d'années. Quant à Laetitia campée par la mannequin Omahyra Mota, elle provoque autant d'effet qu'une top modèle froide inaccessible et quelconque. Fine, manquant de forme et surtout de sensualité, elle se contente de déambuler bien droite à poil. Alors qu'une actrice de type méditerranéenne ayant les formes où il faut aurait incarné le fantasme de Robinson avec plus de présence et de chaleur mais moins d'évocation fantômatique, la jeune actrice se fait complètement bouffer en comparaison par la sensualité de Karine Viard (notamment dans une scène où la belle se fait plaisir en plein cabinet ministériel).

« Les derniers jours du monde » réussit l'exploit de convaincre autant dans le registre de l'orgie débridée que dans celui de la science-fiction. L'angoisse et la tension pouvant surgir au coin de la rue, d'une eau devenue fluorescente, une cantine abandonnée menaçant de s'écrouler, ou de sirènes assourdissantes. Une fin du monde brutale cohabitant avec les coucheries du héros, Eros et Thanatos se donnant rendez-vous pour une sorte de road movie décomplexé.