Un film de et avec Tony Jaa, avec aussi Primrata Dej-Udom, Santisuk Promsiri.

En Thaïlande, au XVème siècle, la famille de Tien a été massacrée par le terrible seigneur Rajasena. Sur le point d'être jeté au crocodile par des marchands d'esclave, Tien est sauvé par Chernang, chef des bandits de Garuda, qui va le prendre sous son aile et lui enseigner divers arts martiaux : le sabre, le combat au sol, le nunchaku... Mais Tien, ayant passé toutes les épreuves d'initiation, est surtout motivé par son désir de vengeance.

Ce troisième film mettant en scène Tony Jaa est en fait co-réalisé par Prachya Pinkaew. Dans un premier temps, suite à un désaccord, les deux hommes s'étaient brouillés. Jaa hérita donc des rennes du film le plus cher de l'histoire du cinéma Thaïlandais (environ 7 millions de dollars). Mais en plein tournage en juin 2008, la star du film nous a fait une "De Gaulle", il a disparu pendant quelques jours, personne ne savait où il était passé. Les rumeurs les plus folles affolaient la Thaïlande : Jaa, habillé en chamane, s'est-il mis à pratiquer la magie noire ? Est-il parti méditer ? En vacances ? Ou bien est-t-il parti trouver des sous suite à une fraude financière ? La production chargea alors Pinkaew (réalisateur du premier « Ong Bak » et de « L'honneur du dragon », quand même) d'assurer l'interim jusqu'au retour de l'acteur principal. Mais au mois de juillet, Jaa réapparut. Devant les caméras et en présence de son avocat, il expliqua qu'il avait craqué sous la pression, affecté par les dépassements de budget de son premier film. (sources : filmsactu.com)

Ce film est de loin le plus ambitieux de la jeune carrière de Jaa. Il s'agit en effet d'un film d'époque (XVème siècle) empreint d'une petite touche de fantasy, dont les combats tranchent avec ceux de ses précédents films. Ici, Jaa a voulu rompre avec ses habituels coups de genoux dans les mâchoires, au profit d'un mélange de plusieurs arts martiaux. Ainsi, les chorégraphies proposent du sabre japonais, de la lutte, ainsi que la fameuse technique de l'homme ivre, popularisée par Jackie Chan dans les deux « Drunken Master ». Nous obtenons donc des combats pas moins efficaces, mais déjà vus et donc moins impressionnants. Heureusement, un combat homérique se glisse au milieu, mettant en scène un éléphant et une horde d'assaillants. Absolument dantesque, la scène voit Jaa gagner le sommet de la tête de l'éléphant (resté debout) à la seule force des jambes, s'appuyer sur les défenses de l'animal pour mieux exploser un ennemi, ou faire une chute de plusieurs mètres, éjecté par un assaillant.

« Ong Bak 2 » est un véritable conte initiatique, donc crée un univers singulier peuplé de guerriers de tous genres accoutrés bizarrement, parsemé de retours en arrière pour suivre le destin de Tien dès son enfance, et une floppée de combats ponctuant son apprentissage de combattant et son évolution en tant qu'homme. Mais un tel film a besoin d'une structure solide, et ici, cette structure est bancale, en partie dûe au pitoyable remontage d'Europa Corp, qui a tout bonnement viré une grosse demie-heure au métrage original. Du coup, on ne sait pas si les déséquilibres dans le film sont dûs au remontage ou à un trop plein d'ambition mal maîtrisée par le jeune réalisateur. Le film lorgne vers l'esprit des « Seven swords » de Tsui Hark et « Apocalypto » de Mel Gibson (décidément, il aura lancé une belle vague de courses initiatiques sauvages et violentes, celui-là). Les personnages sont ambitieux et intéressants, comme la femme-corbeau, la dimension introspective, le voyage intérieur (il semble que ce soit Jaa lui-même grimé en femme-corbeau), le thème de la grotte où le combattant doit tuer l'objet de ses peurs (le syndrôme Dagobah). Un exemple illustrant l'aspect déséquilibré du film : l'intrigue secondaire avec la jeune fille semble mal amenée et ne sert à rien, car développée au début puis jetée aux oubliettes, la fin est incompréhensible (explorant une thématique, le karma, encore jamais abordée dans le film), le plan final du personnage prêtant plutôt à sourire. Mais ne rendons pas à César ce qui ne lui appartient pas : certains ont reproché à Europa d'avoir renommé le titre dans un but commercial. Il n'en est rien, le film s'appelle bien « Ong Bak 2 » en version originale. Alors, simple volonté de surfer sur le succès du premier long-métrage de Tony Jaa, ou véritable continuité ? Cela, on ne le saura qu'après avoir vu la version longue.

Au final, nous sommes donc désappointés, et nous n'aimons pas ça. L'entreprise aurait pu donner lieu à un film très riche, mais le résultat est étrange, il faudra encore une fois attendre de comparer la version thaï et la version Europa Corp.

Sinon, j'ai désormais la certitude que les animaux vont bien dans les salles de cinéma, et si c'est le public des films d'Europa, eh bien ils n'ont que ce qu'ils méritent avec ce charcutage : pour eux, la salle de cinéma n'est qu'un hall de gare, ils arrivent en retard, se promènent constamment dans les allées entre leur place et la porte, allument la lumière des portables et téléphonent pendant le film, commentent à voix haute, bouffent du pop corn en insistant bien la main dans le paquet. Tout est logique, le remontage est fait par des crétins pour des crétins.