Un film de Mabrouk El Mechri, avec Jean-Claude Van Damme, Zinedine Soualem, Karim Belkhadra. Ecouter aussi la chronique audio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 30 mai 2009.

Jean-Claude Van Damme a des problèmes d'argent, doit se battre pour obtenir des rôles, en concurrence directe avec Steven Seagal, mais que peut-il faire contre le champion d'Aikiado si celui-ci se coupe sa couette ? Tandis que le procès pour obtenir le droit de garde de sa fille est en appel, Jean-Claude, de passage à Bruxelles, part à la poste retirer de l'argent sur son compte. Sauf que tout déraille, il pète les plombs et prend en otage l'établissement et ses employés.

Après un premier film en tous points épatant (le film de boxe social « Virgil »), Mabrouk El Mechri a décidé, pour son deuxième opus, de rendre un hommage à son idole belge. Il ne faut pas chercher ici un film classique. La star belge joue son propre rôle, et le scénario, ses rebondissements, ses gags, font directement référence à la vie et la filmo de JCVD, sans pour autant tomber dans la parodie grasse. Nous avons tout au plus une allusion savoureuse à John Woo au détour d'un dialogue, et une introduction musclée en pied de nez aux réalisateurs hong kongais s'étant servi de Jean-Claude pour réaliser leur premier film occidental. Le film se concentre également sur la personnalité de l'acteur, ses déboires juridiques, sa filmographie actuelle peu reluisante ("Tu as des projets actuellement ?" lui demande, préoccupé, un personnage), et bien sûr ses fameuses sorties autour du concept du "aware". D'ailleurs, la scène où Van Damme, silencieux, subit les passages télé de ses explications foireuses, diffusés hors champ, vaut le détour. L'acteur est ainsi placé face à ses débordements involontairement comiques, et en rajoute même dans un bel effort d'auto-dérision qu'on ne lui connaissait pas.

Je le répète, le film ne doit être vu que comme un exercice de style, un pur hommage ne dépassant pas ce stade-là. Il ne s'agit pas d'un vrai film d'action, ni d'un film social à la Ken Loach (ceci dit, le réalisateur britannique fait lui aussi tourner des légendes dans leur propre rôle maintenant). C'est plutôt une relecture de certains éléments de la vie de JCVD, un plaisir de fan ayant découvert l'acteur à l'époque de ses premiers films (« Bloodsport », « Kickboxer »). Comme si la personnalité devenue comique malgré elle, croisait son alter ego sérieux du film d'action, pour parler des déboires de sa vie privée. Les personnages satellites sont assez inégaux : si le personnage de Karim Belkhadra est formidable, le bad guy incarné par Soualem n'a rien à faire dans cet univers. Avec sa coupe de cheveux improbable, ce personnage stigmatise quelque part les travers du mauvais cinéma de genre français, comme un déchet coupé au tournage de « Dobermann ». Bref, il tranche vraiment avec le reste du casting de « JCVD », comparable à une horde de nounours attachants.

Multipliant les plans séquences dans une esthétique contrastée et très travaillée, dans des tons bruns et kakis, la mise en scène de El Mechri est du costaud. On sent l'ambition plastique du cinéaste qui n'a rien perdu de son punch très "seventies" de son précédent film « Virgil ». Certaines scènes excellent vraiment, touchent à quelque chose de très vrai, comme ce très long monologue de Van Damme, assis sur un élévateur, s'adressant à la caméra, devant les projecteurs de plateau. Cette scène, au même titre que le très marquant teaser du film (le casting du film), restera et illustrera sûrement nombre de documentaires consacrés à la star belge. L'acteur y revient sur ses problèmes personnels (l'accession au succès, la croyance en sa bonne étoile, ses problèmes de drogue), sensible et touchant. Ce témoignage constitue la pierre angulaire du film, et fait directement écho à son interview dans le documentaire de Frédéric Bénudis « Dans la peau de Jean-Claude de Van Damme » tourné à Los Angeles et diffusé il y a quelques années sur Canal+, et présent en bonus de l'édition DVD. C'est ce documentaire qui a inspiré en partie le film. Tout le monde a longtemps cru que Jean-Claude n'avait pas la distance nécessaire pour rire de lui-même, à la différence de Sly et Schwarzie. Désormais, ne reste plus qu'un certain Steven.

« JCVD » est donc un objet plutôt déroutant à l'ambition filmique certaine, mais dont le scénario orchestré autour d'une prise d'otage lui confère un petit côté glauque. Déconcertant, le métrage est avant tout un exercice de style, un éclairage sur la vraie vie d'une ancienne star absolue du film d'arts martiaux devenue la caricature de lui-même.