Un film de Kiyoshi Kurosawa, avec Teruyuki Kagawa, Koji Yakusho, Haruka Igawa. Prix du Jury au Festival de Cannes 2008, sélection "Un certain regard".

Un père de famille japonaise ordinaire est licencié, sa société préférant embaucher un chinois moins coûteux à sa place. Il choisit de cacher cet évènement à sa famille, partageant désormais ses journées entre l'errance dans le parc et les files d'attente au Pôle Emploi local. Désemparé et touché dans son amour propre, il fait preuve d'une autorité déplacée chez lui, interdisant tout à ses enfants. L'aîné tente de se trouver un but et veut s'engager dans l'armée américaine pour protéger son pays (le Japon n'a pas d'armée, suite à la défaite de 1945). De son côté, le plus jeune décide d'apprendre le piano en cachette. La mère fait ce qu'elle peut pour préserver tout le monde, mais cette petite famille va se remettre en question suite à quelques évènements imprévus.

Kiyoshi Kurosawa délaisse ses films de genre auteurisants (« Charisma », « Cure », « Séance », « Kairo ») pour une plongée dans le quotidien d'une famille japonaise touchée par la crise actuelle : chômage, perte de repères, remise en cause de la cellule familiale. Dans une première partie absolument parfaite, on s'attache au changement de vie du père, errant comme tant d'autres anciens salary men dans le parc, faisant la queue pour manger les repas offerts aux SDF, certains programment même leur téléphone pour qu'il sonne cinq fois par heure pour donner l'illusion qu'ils sont occupés. La première heure est ainsi ponctuée par cette nouvelle routine : le parc la journée, le repas familial le soir. Les membres de la famille obéissent au doigt et à l'oeil au père, attendent qu'il ait fini sa bière avant de manger. Son autorité va progressivement se dégrader à mesure que les fils vont se trouver un but et que le père perd le sien.

« Tokyo Sonata » poursuit donc son petit bonhomme de chemin dans une première partie placée sous le signe de la quotidienneté, mais tout part en vrille sous l'impulsion du membre le plus effacé de la famille : la mère. Chacun va ainsi faire l'expérience de son propre parcours avec plus ou moins de bonheur, partir en quête du soupçon de passion et d'imprévu qui lui manque, se frotter à une réalité extérieure le mettant en danger. Le père peut-il supporter le regard des passants lorsqu'il récure les toilettes, lui l'ancien responsable de service ? La mère peut-elle suivre un autre homme et tirer un trait sur sa famille ? Les aventures de cette famille ordinaire se clôturent sur une scène finale à couper le souffle, de toute beauté, qui vaut à elle seule le visionnage du film. Ne vous laissez donc pas rebuter par le pitch peu reluisant du film, à tendance misérabiliste. Si Kiyoshi Kurosawa a prétendument inventé l'ennui aux yeux de certaines critiques, il démontre dans « Tokyo Sonata » qu'il peut réaliser autre chose que des films fantastiques froids, et nous livre une excellente radiographie d'un Japon en crise à travers l'une de ses plus fortes institutions : la famille.