Un film de Philippe Parreno et Douglas Gordon, tourné le 23 avril 2005, et diffusé pour la première fois en mai 2006 en hors compétition au Festival de Cannes.

Le 23 avril 2005, le Real Madrid de Zinedine Zidane, Ronaldo et Beckham accueille le sous-marin jaune de Villareal, dans le cadre d'une journée de la Liga (le championnat espagnol de football). Une armada de 17 caméras haute-définition scrutent les moindres gestes de Zizou, du coup d'envoi jusqu'à son expulsion, en passant par sa passe décisive.

Dès les premières images, le ton est donné, le film est arty. Le titre du film écrit en typo fine et élégante, les textes inscrits en bas de l'image comme une voix off privée de son, citations de Zidane revenant sur ce qu'il ressent pendant les matches, font de ce film expérimental plus un poème qu'un banal reportage sportif. Les premières impressions sont étranges : assistons-nous à un film pétant plus haut que son cul ou une vraie démarche artistique proposant enfin une façon de filmer le footballeur qui ne fasse pas rire (au contraire de beaucoup de fictions prétendant mettre en scène un match) ? Toujours est-il que l'effet est saisissant. Pendant la durée du match, on assiste aux mouvements d'un joueur de foot passant surtout son temps à s'essuyer le visage, trottiner, reprendre son souffle, accélérer, parfois toucher un ballon, scrutant droit devant lui pour lire le jeu le mieux possible.

Les émissions sportives proposaient déjà, parfois, quelques "loupes", des caméras braquées sur un seul joueur pour analyser ses mouvements avec et sans ballon, rendre compte du sens du but d'un Trézéguet ou d'un Henry, de la vision du jeu d'un Zidane, ou du talent de dribblages d'un Ronaldinho. Ici, ce processus est dilaté. La routine du mouvement (course, récupération, essuyage de transposition, course) dure, dure, jusqu'à ce que le corps du joueur ressemble de plus en plus à un pantin, condamné à répéter les mêmes actions, comme une machine. Montré de cette manière, le match d'un joueur apparaît comme répétitif. Les commentateurs insistent parfois sur le travail qu'exécutent dans l'ombre des joueurs dont le poste, le secteur de jeu, la physionomie des matches ne permettent de pas de les placer dans la lumière aux yeux des non connaisseurs. Un joueur comme Zidane, quoi qu'il fasse, est toujours apparu dans la lumière, car son statut et son profil de jeu (le meneur de jeu est celui qui touche le plus de ballons dans un match, même si Zidane jouait excentré au Real Madrid).

Un autre élément déroutant, c'est l'effet loupe sur un joueur pendant l'instant suivant un but de son équipe. L'adrénaline, la dimension salvatrice d'un but rythmant un match de foot disparaît complètement lorsque l'on suit sur la durée le joueur : auteur de la passe décisive sur un des deux buts de son équipe, Zidane se dirige tranquillement vers le buteur, sans interrompre sa course. Comme si c'était le déroulement normal d'un match, avec ses buts encaissés et ses buts marqués. Vivre un but marqué à travers le point de vu d'un joueur qui n'a pas marqué est tout à fait déstabilisant, l'effet devient quelconque.

Le film montre en quelque sorte l'aspect routinier d'un match de foot. Certains mauvais choix de mise en scène, comme cette décision d'inclure un déplacement de caméra depuis l'extérieur des gradins, jusqu'au zoom vers la pelouse, en passant par la montée des marches, n'apporte strictement rien, car le mouvement de caméra ne se termine même pas sur Zidane mais sur un terrain vert flou, le cut arrive trop tôt, sur un mauvais choix de cadrage et valeur de plan. Le choix des images pendant la mi-temps, passage en revue de l'actualité du reste du monde, permet de façon maladroite de restituer le match dans le contexte socio-politique de l'époque, histoire de dire "des choses plus importantes se passent au même moment, cela ne reste que du football". Le retour au terrain au début de la seconde mi-temps revêt quand même une dimension guerrière, comme si on retournait dans l'arène des batailles, comme si le temps s'arrêtait dans le microcosme du rectangle vert.

Ce film illustre bien la carrière de Zidane. Comme celle-ci, le métrage se clôt sur l'expulsion de Zizou, sur une action incompréhensible : non impliqué dans une échauffourée, le joueur court se ruer sur un joueur adverse, lui balançant un coup sur le dos. Ce type avait décidément un grain.