Un film de Michel Hazanavicius, avec Jean Dujardin, Louise Monot, Pierre Bellemare.

Un ancien officier nazi réfugié au Brésil fait du chantage à l'état français : il réclame 50 000 nouveaux francs contre un microfilm contenant la liste des collaborateurs durant l'occupation allemande. Pour la récupérer, les services secrets tricolores envoient leur meilleur agent : Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117. Il va devoir faire équipe avec Dolorès, lieutenant-colonel du Mossad. La mission ne va pas être de tout repos pour Dolorès, qui se doit coltiner un agent mysogyne, brutal, abruti fini, raciste, et se permettant des raccourcis géo-politiques plutôt indélicats.

Le premier épisode constituait une parodie fine du film d'espionnage, sans en faire des tonnes, mais en insistant sur le côté gamin d'OSS 117 (campé par un Dujardin au sourire insouciant et fonceur). Le métrage montrait ainsi l'espion passant ses nuits à allumer et éteindre la lumière dans la grange des poulets. Dans « Rio ne répond plus », l'intrigue se focalise encore plus sur le personnage, donnant presque l'impression que les scénaristes lui ont trouvé des répliques avant de pondre le scénario. La première partie (la mission, la découverte du Brésil, la rencontre avec le Mossad) met du temps à décoller, très bavarde. Mais lorsque OSS 117 commence son immersion dans le milieu nazi, on frôle l'orgie absolue en matière d'humour irrévérencieux. Ses raccourcis entre les juifs et les nazis obtiennent autant des huées que des fous rires généralisés, certaines scènes provoquant chez le spectateur une hilarité proche de la scène de Just Leblanc dans « Le dîner de cons », comme ce jeu de mot pourri des boules de Noël où OSS 117 est embarqué dans un fou rire jusqu'aux larmes absolument contagieux.

Nous rions donc, certes, mais certaines scènes fonctionnent aussi très bien sur un pur plan cinématographique, très esthétique, et proposant des références efficaces sans pour autant qu'on les sente venir à grand coup de trompettes. La dernière partie est carrément hitchcockienne, à travers le vertige dont souffre OSS 117, l'architecture, les métaphores sexuelles. D'autres séquences sont absolument superbes, comme cette poursuite au pied des chutes d'eau, dont le bruit couvre une musique mettant un moment à s'arrêter. On sent tout le plaisir que prend Hazanavicius à jouer avec la bande-son, le split screen (le film est une grande référence au cinéma des années 70), les scènes inhérentes au genre mais revues sur un ton savoureusement décalé, subtil et léger.

Malgré ses multiples qualités, le film vaut surtout pour ses répliques irrévérencieuses, plaquées sur une trame les mettant en valeur. Si certains dialogues donnent l'impression de vouloir accéder rapidement au statut culte (oui, ils y pensent chaque matin en se rasant) et sont suffisamment percutants pour le devenir, il sera intéressant de voir comment le film supporte la vision répétée : l'intérêt va-t-il se désagréger au fil des revisionnages, ou les fous rires seront-ils encore là ?