Un film de Danny Boyle, avec Dev Patel, Freida Pinto, Anil Kapoor, Irfan Khan.

Jamal Malik, un jeune garçon issu des bidonvilles de Mumbai, est sur le point de gagner 20 millions de roupies à la version indienne de "Qui veut gagner des millions ?", mais il est arrêté pour fraude avant de répondre à la dernière question. Torturé pour qu'il livre son secret, c'est toute sa jeune vie qu'il va passer en revue : de son enfance dans les détritus aux rapines pour survivre, en passant par Latika, l'amour de sa vie.

Danny Boyle délaisse ses univers frigido-anglais pour plonger dans la chaleur des bidonvilles indiens. Après s'être récemment frottés au cinéma de genre (les morts-vivants de « 28 jours plus tard » et la SF de « Sunshine »), le réalisateur de « Trainspotting » nous livre cette fois un conte, un film d'aventure avec pour cadre l'exploitation des enfants en Inde. « Slumdog Millionaire » narre la vie de trois enfants ayant grandi dans la pauvreté, Jamal, Salim et Latika. Séparé de son amour d'enfance, Jamal n'a de cesse de vouloir retrouver Latika, même si pour cela il doit affronter les macs et les parrains. Son frère est naturellement plus enclin à la violence et la délinquance, et le film suit justement l'antagonisme des deux frères, Jamal le rêveur romantique et Salim le protecteur ne reculant devant rien. La conclusion de leur périple illustre d'ailleurs parfaitement le double destin des deux frères. Entre eux, Latika, la troisième mousquetaire, sorte d'Eurydice que Jamal perd à plusieurs reprises, ultime recoin d'innocence et de pureté dans un quotidien désespéré.

Le jeu Qui veut gagner des millions ? constitue le fil rouge du film : arrêté et torturé, Jamal s'explique devant l'enquêteur et revient sur son enfance, sommé de se justifier sur chaque bonne réponse qu'il donne au cours du jeu. On comprend vite que les questions auxquelles Jamal doit répondre correspondent aux moments clés de sa vie, et j'ai eu un peu peur au début que le film ne soit au final qu'un bête enchaînement de circonstances. Le présentateur pose une question à Jamal, et le flashback suivant explique pourquoi il connaît la réponse. Entre humour et plongée glauque dans les tréfonds de la violence, le film est plus qu'une simple énumération. Toute proportion gardée, et dans un registre bien sûr différent, le surnaturel en moins, « Slumdog Millionaire » m'a fait penser à du Kusturica, surtout quand la misère sociale peut basculer à tout bout de champ dans le merveilleux et le conte.

Bénéficiant d'une photo sublime et utilisant parfois la prise de vue en rafale d'appareils photo, conférant aux scènes un soupçon d'énergie en plus, Danny Boyle signe un film optimiste, baigné de fraîcheur, porté par son fantastique trio de jeunes interprètes. D'ailleurs, restez pendant le générique de fin, fait de danses et de jeux de typo colorées typiquement bolllywoodiens.