Un film de Guillermo Del Toro, avec Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones, Luke Goss.


Il y a des siècles, une trève fut instaurée entre le royaume des humains et celui des créatures invisibles. Mais le prince Nuada ne veut plus honorer le pacte signé par son père et vient foutre le bordel dans notre monde, à la recherche des trois fragments de la couronne permettant de commander les 70 fois 70 soldats d'or. Du côté du B.P.R.D., la vie de Hellboy va changer : il va être papounet, mais ne le sait pas encore.


Pas évident de se décider à voir cette suite, à partir du moment où je n'avais pas été emballé par le premier opus. Ceci dit, merci à M6 pour l'avoir rediffusé avant la sortie de ces « Légions d'or maudites » car je l'ai plus apprécié à la seconde vision, notamment les moments de comédie savoureusement décalés. Mais autant le premier film possède un certain charme, mélange d'imaginaire un peu kitsch, bardé d'un faux rythme où il ne se passe pas grand chose, et une atmosphère légère, autant cette suite frôle de peu le statut de chef-d'oeuvre. Le réalisateur du « Labyrinthe de Pan » parvient à retrouver l'univers graphique si poétique qui avait mouche dans son précédent long-métrage, conférant aux créatures de Mignola un entourage féérico-horifique éblouissant. Certains personnages comme l'ange de la mort sont de toute beauté, et des séquences entières comme le marché des Trolls valent à elles seules la vision du film. Del Toro parvient une nouvelle fois à placer ses références asiatiques, surtout à travers cette divinité sylvestre absolument superbe, tout droit tirée de l'esprit de la forêt de « Princesse Mononoke ». Cette créature est une des plus belles du cinéma fantastique récent, et confirme le talent de Del Toro pour conjuguer les exigences commerciales d'un blockbuster et un univers visuel poétique, en évitant la mièvrerie dont fait désormais parfois preuve Tim Burton.


Le ton du film est absolument délicieux, mélange de comédie franchement hilarante et de bastons de grande ampleur. Pour exemple, cette scène à pouffer de rire où Hellboy veut absolument sauver la vie d'un chat sur le point d'être croqué par une vieille dame (en fait, un troll), dont la seule vision d'un perroquet suffit à lui faire perdre ses moyens, juste avant de se faire exploser contre un mur par un coup de poing de notre facétieux amateur de chocolat et de télé. Ce sens de l'humour porté sur la dégaine de certaines créatures n'est pas sans rappeler « Men in black », et c'est tant mieux. Le réalisateur mexicain nous offre aussi des moments de tendresse, de finesse (si si), notamment à travers cette séquence mémorable, à conseiller à tous les mélomanes amateurs de monstres, et véritable déclaration d'amour aux films à bestiaire, où Abe Sapiens et Hellboy se lancent dans un numéro de comédie musicale arrosé à la bière.


Alors, vous me direz, ce film est tendre, drôle, d'une richesse visuelle éblouissante, doté d'une vision de créateur assez rare, et échappe à la mièvrerie. Alors, chef-d'oeuvre ? Et bien, pas tout à fait, et c'est vraiment dommage. La faute à un scénario un peu convenu (petite faiblesse de Del Toro), « Hellboy 2 » utilise certains éléments de son très bon « Blade 2 », le même interprète du bad guy, alors même que le précédent opus lui empruntait son climax sacrificel. Les séquences d'action manquent également d'un soupçon de souffle épique, et même si on sent la préparation chorégraphique derrière les combats et que ceux-ci ne sont pas archi-coupés, on sent bien que la création de plans de castagne imprimant la rétine n'est pas la préoccupation première du metteur en scène, plus concentré sur la vie de ses créatures dans leur quotidien. En sortant du film, on serait prêt à voir un spin-of auteurisant, un film romantique où Helllboy irait au bistrot jouer aux courses, Abe Sapiens barboter en vacances avec la princesse, ou le Dr. Krauss faire ses courses.