Un film d'Oliver Stone, avec Josh Brolin, Richard Dreyfus, Thandie Newton, James Cromwell, Jeffrey Wright, Ioan Gruffudd, Scott Glenn, Stacy Keach, Bruce McGill, Ellen Burstyn.


De son admission à une confrérie d'étudiants au lycée, à la fin de son premier mandat de président des Etats-Unis, la carrière de George W. Bush. Trois grandes partie servent de fil conducteur, dans une construction non linéaire, mêlant passé au présent : ses échecs de jeunesse, son changement de cap suite à sa renaissance religieuse, puis sa présidence et sa guerre en Irak.


La première partie nous montre un raté. W. échoue systématiquement dans tout ce qu'il entreprend, ne prend rien au sérieux, ne pense qu'à la bouteille. Dans l'ombre de son papounet qui lui a toujours préféré son frère Jeb (le gouverneur de Floride en 2000), W. aura toujours nourri un rêve : travailler dans la baseball. Trop mauvais pour faire carrière en tant que joueur, il tentera sans succès de driver un club en en étant propriétaire. Stone joue sur ce rêve secret en faisant démarrer et finir son métrage sur deux scènes dans un stade : W. y est triomphant dans un stade vide, comme un gamin "faisant semblant de". A l'instar du Rosebud de Charles Foster Kane, W. ne demandait qu'une chose : pourvoir vivre son rêve sur un stade. A l'aise et au calme devant sa télé, sa bière, et son chien, W. nous donnera l'impression de n'être finalement dans son élément que dans ses moments, même manquant de s'étouffer avec un bretzel (placé de la sorte dans le film, cet épisode apparaît malheureusement assez gratuit et redondant, illustrant encore la maladresse et le côté Américain moyen de W.). Nous découvrons dans cette partie un type joueur, accumulant les échecs comme autant de pieds de nez à un paternel exigeant (excellent James Cromwell). Un W. finalement très sympathique, aux manières de cowboy, un peu bourrin et sans fioritures avec les femmes. Un gars de l'Amérique profonde, passant son temps à enfourner les bretzels et les hamburgers entre deux bières.


Une seconde partie nous montre un W. trouvant dans la politique un nouveau moyen pour attirer l'attention de son père. Se viandant lors de la campagne pour gouverner le Texas, W. rencontre Laura, mais surtout Dieu et renonce à la bouteille. Arrivent les premiers conseillers, comme l'impressionnant Karl Rove, le coach providentiel de W. pour remporter ce fameux poste de gouverneur. Le côté proche du peuple de W. se met à fonctionner, il masque ses lacunes. Et surtout, cerise sur le gâteau, le papounet lui demande de venir l'aider à Washington pour les élections présidentielles de 1992. C'est le fiston qui obtient les voix des fondamentalistes à son père. Devant la détresse du paternel au bord des larmes, devant la télé retransmettant le sacre de Clinton, Stone montre un W. revanchard, animé d'une volonté de redorer le blason des Bush jusqu'à sa succession de Clinton en 2000. Cette partie du film, toujours entre-coupée de flash forward du temps de sa présidence et sa gestion de la guerre, présente un W. emballé à l'idée de prouver toujours plus à un père préférant pleurer l'échec de Jeb en Floride que saluer le succès de W. au Texas (auparavant, le père explique à W. qu'il doit dans un premier temps laisser son aîné gouverner la Floride avant de se lancer à son tour).


La dernière partie, qui fout naturellement le plus les jetons, montre un W. complètement dépassé par les enjeux du pouvoir, influencé par son armée de conseillers et de secrétaires d'état : Dick Chenney (excellentissime Richard Dreyfus) est un être froid et manipulateur, Condoleezza Rice (la Thandie Newton de « Mission : Impossible 2 ») est une yes-woman à la limite du ridicule, Colin Powell est la seule touche d'humanité hors W.. Comment Stone nous montre-t-il cette époque, où W. croit sincèrement aux armes de destruction massive, constituant la vitrine d'une croisade souhaitée dans l'ombre par les faucons ? Les scènes en question se déroulent  dans des salles sombres, sommets d'angoisse froide où Chenney, tel un Palpatine mettant la main sur le sénat galactique, démontre lors de vidéo-projections l'importance de la région pétrolifaire irakienne pour le peuple américain, à base de chiffres et de cartes explicatives. La majorité des scènes se déroulent donc en intérieur, dans des salles de réunion, des QG de conflit, la maison familiale. Une manière de montrer un président détaché de la réalité, manipulé (à retenir également ce déjeuner stupéfiant où Chenney parvient à promouvoir auprès de W., un projet nébuleux d'utilisation de la torture. La réponse du président : "Génial, ça ne fait que trois pages".


Au final, que retient-on du film ? Personnellement, prédomine surtout cette impression d'inutilité. Dans les interviews, Oliver Stone souligne avoir réalisé ce film pour comprendre le personnage de W. Quelle est l'utilité de ce genre d'entreprise, dans la mesure où le président est encore en exercice. Le film n'a pas la valeur pédagogique d'un métrage sorti dans une quinzaine d'années ("ça se passait comme ça", "c'était lui le président"), et n'a pas non plus la prétention d'explorer en profondeur et analyser une personnalité d'une richesse inouïe. En sortant de la salle, je me suis demandé : "quel intérêt ?" Le W. du film, nous le connaissions déjà. Rien ne nous  est appris que nous ne sachions déjà. Ne subsiste de cette entreprise qu'une désagréable impression d'opportunisme. Stone nous livre un film bavard, et on se prend même à regretter l'outrance dont il faisait preuve durant sa période « Tueurs-nés ». Pour finir, impossible de ne pas mentionner la prestation de Josh Brolin, plus habitué à des productions de genre (« Planète Terreur », « Bleu d'enfer ») et des rôles de bad guys. Il campe un W. fidèle à l'original, dans sa gestuelle, son phrasé. Dans certaines scènes reconstituées, le réalisme est trompeur, on y regarde parfois à deux fois. Attendrissant, vulnérable, le W. de Brolin garde un côté "petit garçon" passé à côté de son rêve.