« Daft Punk's Electroma »
Par Thomas Berthelon le dimanche, septembre 21 2008, 12:23 - Visionnages - Lien permanent

Un film de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo. Edité en DVD chez Wild Side Vidéo.
La trame est la suivante, attention, il faut suivre : deux cyborgs errent en plein désert. Voilà.
Trip arty, film sur l'errance, odyssée épurée traversé de spleen robotique, hommage aux films des seventies, « Electroma » fascine les uns autant qu'il ennuie les autres. Cependant, on aurait pu craindre le pire. Etrangement, l'introduction s'étirant en longueur, l'absence de dialogue, le rythme extrêmement lent, et la prétention de l'entreprise heurtent beaucoup moins qu'on pouvait le craindre au vu des premières images. A condition d'apprécier les oeuvres expérimentales, ou en tout cas, les films radicaux, le film des Daft Punk accroche l'oeil par ses superbes plans, ses compositions hypnotiques (notamment ce labo blanc kubrickien), et ses séquences très longues virant souvent jusqu'à l'abstraction. Ainsi, les deux personnages principaux passent des plombes à marcher dans le désert, rouler en voiture. A condition de se laisser hypnotiser, ces scènes marquent le spectateur, tout en forgeant la signature visuelle et rythmique du film.
Scénaristiquement, le film se situe dans la pure tradition SF : les deux cyborgs tentent de ressembler à des humains par un artifice à mi-chemin entre le ridicule et le malsain. Sorte de pendant au titre de leur dernier album « Human after all », avec la fin, cet épisode d'« Electroma » constitue d'ailleurs le seul rebondissement du film. Du point de vue de la mise en scène, l'utilisation de certains plans évocateurs (la glace qui fond, la dune rappelant un sexe féminin, pendant direct aux montagnes enneigées du « Pacte des loups » formant le corps de Monica Bellucci) témoignent de certaines intentions joueuses qu'on aurait souhaitées plus nombreuses. Tienns, en parlant de l'actrice italienne, dès les premières notes limites anxiogènes d'« Electroma », on se croirait chez Gaspar Noé. Normal, Thomas Bangalter a composé la BO d'« Irréversible ». Ici, sa rythmique de basse évoque moins le malaise et la violence contenue qu'un spleen répétitif. D'autres morceaux illustrent ce film, composés par Sébastien Tellier, Brian Eno, Curtis Mayfield.
Au final, trip vide, branchouille et prétentieux ? Ou film d'art superbe, entre Gus Van Sant, Kubrick et George Lucas ? En tout cas, un film surprenant, hypnotique, et singulier.
