Tirs groupés

Succession de textes sur le cinéma de genre des années 80, surtout américain, mais aussi australien, italien, et hong-kongais, ce nouveau livre de l'excellent Laurent Hellebé Ciné Hong Kong ») ne nécessite pas d'avoir vu au préalable les films en question. D'abord, parce que les films cités sont trop nombreux, dont certains difficilement visibles, mais surtout parce que les chapitres sont passionnants et/ou à pleurer de rire et se suffisent parfois à eux-mêmes. Si tous les textes ont un point commun, c'est de donner furieusement envie de visionner les métrages en question, au cours de chapitres passionnés sur les films post-apocalyptiques italiens, les métrages d'auto-défense ricains, sur la drogue (Tony Montana n'est bien sûr pas bien loin), mais surtout un passionnant chapitre sur les films d'envoyés spéciaux et grands reporters, dont le très bon « Salvador » d'Oliver Stone diffusé récemment sur Direct 8. On devine au détour de certains paragraphes (comme celui sur « Boat People » d'Ann Hui), un Laurent Hellebé toujours passionné par le ciné HK, et comme le dit Dusport : "Quelqu'un qui parle ainsi d'Anthony Wong ne peut pas être un mauvais bougre".

A conseiller également, le très sympathique chapitre consacré aux très différents « The thing » et « Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin » du dieu vivant John Carpenter qui, au début de la galaxie 80', aurait pu devenir le cinéaste bankable par excellence si son chef d'oeuvre « The thing » n'avait pas eu la malchance de sortir en même temps que « ET » de Spielberg. Mortifié, Big John aura vu sa carrière prendre une autre tournure, et devra se contenter d'une aura cantonnée aux films de genre.

S'il use parfois d'un humour dévastateur pour décrire la nullité de certaines productions obscures de genre, Hellebé justifie notamment ses choix de films par une différence flagrante avec les métrages équivalents d'aujourd'hui : ceux d'il y a 20 ans avaient infiniment plus de couilles et de folie, le cinéma d'exploitation actuel étant seulement médiocre. Se remémorer ces productions de l'époque rend aussi hommage à l'éducation cinématographique des cinéphages biberonnés à Starfix, un magazine avant tout culturel.

« Tirs groupés » est un ouvrage à dévorer absolument sans modération, une pile de DVD de Charles Bronson sur la table basse, des vieux posters de « Mad Max » au mur.