Speed Racer

Un film des frères Wachowski, avec Emile Hirsch, Christina Ricci, John Goodman, Susan Sarandon, Matthew Fox.

La famille Racer a offert plusieurs champions à la course automobile. Après son grand frère Rex, décédé lors d'un accident dans une caverne maudite, le jeune Speed Racer prend le relai. N'ayant toujours vécu que pour piloter, et refusant tout compromis avec l'immonde Royalton, il tente de lutter contre les magouilles pourrissant ce sport et roule à bord de sa mach 5 sur les traces de son frère jusqu'au mythique Grand Prix. Mais pour cela, il devra s'associer avec un ancien rival, le mystérieux... Racer X.

Toi, le fan de « Wipe Out », qui a aimé « Cars », qui est consterné dès qu'il voit le bout du cockpit de Stallone dans « Driven », qui a pleuré de dépit devant « Michel Vaillant », « Speed Racer » est fait pour toi. Ceci dit, pas tout à fait. Le film s'adressant aux enfants, mieux vaut rester zen devant les multiples apparitions de Spritle et son chimpanzée, deux personnages ulcérants faisant passer Jar Jar Binks pour un monument de sobriété. Oui, les couleurs flashy ne sont pas une erreur d'étalonnage de la bande-annonce, et oui, il y a bel et bien du kung fu, des piranhas, des pingouins, mais les films marquants sont farcis de partis pris. Si vous voulez de la mise en scène épurée, allez plutôt voir du Clint Eastwood. Dans « Speed Racer », les plans s'enchaînent autour des silhouettes des personnages (à la manière du « Hulk » d'Ang Lee), et la somme d'effets flirtant entre le mauvais goût, le kitsch, et le popcorn movie décérébré, mais aussi des pures séquences d'adrénaline et une inventivité visuelle donnant le tournis ont vite fait de propulser le film dans l'antichambre des films mal aimés ou adulés, c'est selon. En effet, il est facile de tirer sur une telle entreprise : les frères Wachowski sont une cible facile, tout le monde les attendaient au tournant après leur déroutante saga verte avec des chiffres de partout (bon, maintenant, c'est orange et lumineux), les décors numériques et ultra saturés sont assez gerbants, et puis bon, dans un registre proche, le plus sympathique et aimé Robert Rodriguez avait déjà livré sa trilogie « Spy Kids ». Alors oui, il faut du courage pour défendre « Speed Racer ».

Déjà, quand le générique de fin défile au rythme du morceau « Go, Speed Racer », impossible de se dire qu'on a déjà vu cela quelque part. Personnellement, j'ai toujours eu une tendresse particulière pour les films sortant des sentiers battus, osant braver les fautes de goûts et n'ayant pas peur de leurs ambitions. On pourrait en effet classer dans cette catégorie « Alexandre » d'Oliver Stone, ou « La jeune fille de l'eau » de M Night Shyamalan. Certes « Speed Racer » s'adresse en priorité aux enfants, et la débilité de son scénario provoque de l'urticaire. Ceci dit, on ne peut qu'applaudir devant les impressionnantes courses de T180. La bande-annonce pouvait laisser craindre le pire : ces courses où rien n'est réel allaient-elles supporter la durée, allait-on obtenir la même impression de mollesse infâme que devant la course de pod de « La Menace fantôme » ? Eh bien, résultat des courses (ah ! ah !) non. Ces poursuites automobiles numériques savent se rendre nerveuses, par une judicieuse alternance entre flashbacks savamment dosés et opportunément introduits, bastons sauvages sur le circuit (grosses références aux jeux de courses armés, comme « Wipe Out » mais aussi « Mario Kart », d'ailleurs John Goodman est habillé en Mario à un moment), et effets d'explosion glossy très jolis.

Un résultat donc très déconcertant mais méritant furieusement le détour. Et si vous ajoutez à cela une cohérence graphique (logos, chartes) orchestrée par le grand Kyle Cooper, on obtient un OVNI vombrissant, pétaradant, pour les mioches, entre univers à gerber et audace masochiste, mais terriblement bien foutu.