mongol

Un film de Sergei Bodrov, avec Tadanobu Asano, Honglei Sun, Kulan Chuluun.

Fin du XIIème siècle-début du XIIIème, après avoir été réduit en esclavage quasiment toute sa vie, Temudjin unifie le peuple mongol et devient le redoutable chef de guerre Gengis Kahn, bâtissant un empire s'étendant de l'Asie à l'Europe Centrale.

Contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'un film sur Gengis Kahn, le film s'attarde surtout sur la période qui a précédé sa prise de pouvoir à la tête des mongols, du temps où le futur chef de guerre s'appelait encore Temudjin. Il n'est ici nullement question d'enchaînements de batailles, d'adversaire sanguinaires, ou de soif de puissance. L'acteur principal, Tadanobu Asano (« Ichi the killer », « Tabou », « Zatoichi ») ne joue pas du tout sur le registre de la rage ou l'obsession de la vengeance. Au contraire, il incarne une force tranquille, un homme seul, charismatique, très amoureux d'une femme qu'il s'est choisie dès l'âge de neuf ans, et dont la vie n'est qu'une succession de servitudes et d'humiliations proches de celles de Conan. L'enfance de Temudjin tient une place prépondérante, avec l'empoisonnement de son père sous ses yeux par ses ennemis, le choix de sa femme, son code de l'honneur très tôt affirmé, autant de détails qui définissent l'homme qu'il va devenir et qui le placeront au-dessus des autres. Sa femme a ainsi une grande importance, constitue sa plus grande force, plus que son art du combat (plus une extension de son refus systématique de capituler que d'une invincibilité Conanesque). Le film traite avant tout d'un homme très droit, obéissant à des principes de vie, un code d'honneur dont il ne démordra jamais ; l'énoncement de ses préceptes à son armée constitue d'ailleurs l'aboutissement du film : se battre jusqu'à la mort, le refus de tuer femmes et enfants, ne jamais trahir son kahn.

Bien sûr, les batailles ne sont pas en reste. A l'instar de l'Alexandre d'Oliver Stone, Temudjin est un grand chef militaire et la mise en scène insiste sur ce détail. Mais encore une fois, il ne faut pas attendre ici des grands moments de violence déchaînée, résultat d'une rancoeur longtemps nourrie au fil des emprisonnements. Le grand Gengis Kahn n'apparaît pas en état de berserker, latant du mongol dissident sous des hectolitres de sang. S'il doit massacrer, c'est avant tout pour unifier son peuple, mais comme il le dit : "Je dois unifier les Mongols, même si pour cela je dois en exterminer la moitié". Ainsi, tout au long du film, Bodrov décrit un Temudjin en paix avec lui-même, fidèle à ses principes, devenant leader naturel dans la fluidité la plus pure, ses hommes le suivant pour sa générosité et sa droiture.

L'interprétation d'Asano est bien sûr irréprochable, à mille lieux de son rôle de tueur déjanté dans l'« Ichi the killer » du non moins frapadingue Takashi Miike. Dans un jeu tout en intériorité, son expressivité se manifeste uniquement en présence de sa femme. Dans un jeu plus extériorisé à la hong-kongaise, Honglei Sun (« Seven swords ») propose un Jamukha haut en couleur, croisement entre une rock star et un chef de gang urbain. Autre point fort de « Mongol », les paysages chinois et kazakhs. Sans aucun triturage graphique, la mise en scène joue justement sur l'environnement naturel pour apporter un surplus de sens à la narration : après les territoires enneigés de son enfance, Temudjin tente d'échapper à la capture par ses ennemis dans un désert de sable, un moine se sacrifie en entamant un périple sur un sol sec se craquelant sous ses pieds, la stratégie militaire use d'un agencement de rochers, l'idylle du couple s'exprime au milieu de splendides plaines verdoyantes. La mise en scène de Sergei Bodrov, ambitieuse, à hauteur d'hommes, colle au plus près d'un Temudjin présent dans quasiment tous les plans et narre son périple intérieur à travers son environnement. Il s'agit en fait d'un voyage à travers la propre identité mongole de Temudjin.

« Mongol » est un film magnifique aux multiples partis pris. Osons parler de chef d'oeuvre.