paycheck

Un film de John Woo, avec Ben Affleck, Uma Thurman, Aaron Eckhart, Colm Feore. Disponible en DVD chez Dreamworks.

Un ingénieur développe pour une firme pendant deux ans une machine capable de lire l'avenir. Pour préserver le secret industriel, il efface les deux années de sa mémoire. A son réveil, en lieu et place de son argent, la banque lui remet une enveloppe contenant des objets qui lui permettront d'échapper aux hommes qui veulent le tuer.

Ben, qu'est-ce que tu nous as fait le John ? Tu as confié ta dernière réalisation à ton stagiaire ? Bon, replaçons les choses dans leur contexte : j'ai joué le week-end dernier au jeu « Stranglehold » sur XBox 360, créé par John Woo, et suite de son monumental « A toute épreuve », avec toujours le flic Tequila incarné par notre Chow Yun Fat adoré. Je profite de l'occasion pour vous parler donc de « Paycheck », passé à la télé il y a quelques semaines. A sa sortie en salle, j'avais déjà trouvé que c'était une bouse. Mais après un deuxième visionnage, certes, je trouve toujours que c'est une bouse, mais il y a certains éléments à sauver. On devine aisément ce qui a intéressé le réalisateur Hong-Kongais dans le projet (lune adaptation de Philip K. Dick) : c'est l'hommage à peine voilé à « La mort aux trousses » d'Hitchcock, avec un Ben Affleck en costard cravate tentant de percer le mystère de cette enveloppe, et surtout de survivre aux hommes de la firme, et échapper au FBI. La première partie est plutôt réussie : la présentation du concept, la légère dose sexy, le mystère entourant ce trou de deux ans, la découverte de l'enveloppe, qui est méchant ? C'est bien simple, tout ce qui relève de la matière et l'organique fonctionne assez bien, comme les scènes de comédie, enfin, n'exagérons pas, Affleck fait plutôt pitié, et Eckhart est palichon comme d'habitude. Autre élément efficace, la poursuite en moto, version moins surréaliste mais plus humide que celle de « M:I-II », fait passer la pilule. Le bilan est maigre, quels sont donc les autres éléments à jeter ? L'aspect SF complètement à côté de la plaque, l'utilisation de la machine est un sommet de pathétique kitsch, les bastons dans la serre, chorégraphiées avec les pieds, la colombe en 3D (!!), le charisme du héros, le combat au bâton avec le robot, la tempête artificielle, le couple Thurman-Affleck aussi crédible qu'un Schwarzie en tutu, les gunfights insignifiants (un comble).

Il est intéressant de se rappeler qu'à la sortie de « Volte/Face », Woo disait que la SF n'était pas un genre qui le passionnait, qu'il avait du gommer 90% des éléments SF du script de départ pour le rendre plus contemporain. On constate aisément que le réalisateur ne sait toujours pas mettre en scène un visuel futuriste, l'épisode de la prison de « Volte/Face » fonctionnant surtout grâce à la prestation hallucinée de Nicolas Cage en faux Castor Troy. Dans « Paycheck », le contraste est terrible : le film semble avoir été dirigé par deux personnes différentes, l'une inspirée par une première partie sous tension, longue course-poursuite, et l'autre désemparée devant toutes ces machines lumineuses, déshumanisées, ne sachant trop comment y faire évoluer ses personnages.

Durant l'essayage de « Stranglehold », jeu dans lequel j'ai été lamentable, mais assez admiratif de la mise en scène de Woo (placement des caméras fixes et mobiles, dilatation du temps, jeu sur les ralentis, chorégraphie mise en place en temps réel par le joueur), une question fut lancée : John Woo a-t-il réalisé un bon film aux Etats-Unis ? Personnellement, je suis assez fan de son « Mission : Impossible 2 », film qu'il s'est totalement approprié, pervertissant complètement le concept au point de livrer quasiment un téléfilm de luxe mais terriblement bandant. « Broken Arrow » se laisse regarder, la complémentarité entre Travolta et Slater fonctionnant très bien, le film joue avec plaisir sur une certaine mythologie du cinéma US (les grands canyons, le combat Ali-Foreman, le contournement des personnages stéréotypés comme le scientifique castagneur) et bénéficie de l'excellent score de Hans Zimmer. « Volte/Face » demeure assez sympathique, et reste à ce jour le film US développant le plus les thèmes de dualité chers à Woo, mais apparaît assez plat (exceptées quelques fulgurances comme la prison ou l'enterrement) comparé à ses précédents films HK. Et enfin, « Windtalkers » a le mérite de faire bonne figure au milieu de la nouvelle vague des films de guerre, et développe une relation intéressante entre les deux personnages principaux. A noter, pour les ultra fans, le sympathique téléfilm « Black Jack » avec Dolph Lundgren, en attendant l'arlésienne « The battle of the Red Cliff » sur la construction du chemin de fer américain au temps de la conquête de l'Ouest par les Chinois.