« Halloween »
Par Thomas Berthelon le dimanche, novembre 11 2007, 13:53 - Visionnages - Lien permanent
Copié collé du monument de Carpenter.

Un film de Rob Zombie, avec Malcolm McDowell, Brad Dourif, Scott Taylor-Compton, Danny Trejo. Le film a également été chroniqué en direct dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 10 novembre 2007.
Après avoir assassiné la quasi totalité de sa famille au couteau de boucher, et un dommage collatéral auparavant pour s'entraîner (son persécuteur à l'école), le petit Michael Meyers est interné dans un asile sous la direction du docteur Sam Loomis. Il s'évadera 15 ans plus tard pour retrouver sa petite soeur.
Difficile de passer après Big John et son film matriciel de psycho-killer. Sorti en 1978, interprété par les excellents Jamie Lee Curtis (l'une des premières vierges épargnées du genre) et Donald Pleasance, « Halloween, la nuit des masques » apparaît 30 ans après comme un coup de génie impossible à réitérer aujourd'hui. Si l'on y réfléchit, il ne se passe presque rien dans ce film : portées par une musique flippante au synthé, composée par Carpenter lui-même (pléonasme, mais toujours bien de le rappeler), des scènes d'une banalité affligeante se succèdent : des copines qui marchent dans la rue, la ronde du shérif, des voitures qui roulent au pas, un tueur qui joue à cache cache derrière des arbres, des scènes de cours, du babysitting, etc. Pour les profanes qui n'ont jamais vu ce chef d'oeuvre, sa découverte en 2007 doit être un sacré moment : pas d'effet gratuit clippesque, pas de caméra portée du point de vue de la victime, pas de transition en flash, ni de visuel filtré/dessaturé/contrasté. Juste une science du montage portée par la grâce, une capacité effarante à créer un climat de tension en filmant une simple tasse de café, et une personnification du mal absolu par un personnage aux gestes minimalistes. Toutefois, subsiste encore aujourd'hui ce fabuleux plan-séquence qui ouvre le film : un point de vue subjectif, à travers les yeux d'un personnage qui, après avoir ramassé un masque d'Halloween, s'empare d'un couteau de boucher et charcute une jeune fille dénudée, qui apparemment le connaît. Puis le tueur descend les escaliers, tombe sur un couple. Ce sont ses parents, ils lui retirent son masque. Il s'agit de Michael Meyers, un petit garçon...
Dans son remake, Rob Zombie se sert de ce plan-séquence emblématique pour jouer sur la symbolique du masque : Michael Meyers ne peut tuer que s'il est masqué. Dans l'asile, il reste muet pendant 15 ans, mais durant tout ce temps, il se fabrique des masques. Une fois confronté à sa soeur, il retirera son masque, devant l'unique symbole de pureté qu'il ne peut souiller. Cette thématique restera l'une des rares initiatives du remake de se démarquer de son modèle. La première partie du film est plutôt intéressante : nous nous attardons sur la jeunesse de Meyers : sa persécution à l'école, sa mère strip-teaseuse, son beau-père alcoolique et handicapé, sa grande soeur qui commence à coucher... L'intérêt de cette partie n'est pas négligeable car c'est la première fois que l'on prend le temps d'observer Meyers sans son masque, mais même s'il n'est pas encore devenu le croque-mitaine, nous sommes encore loin de la lente progression d'Anakin Skywalker sur le chemin du côté obscur. Le principal défaut du remake est ici pointé du doigt : le climat ne prend pas suffisamment le temps de s'installer. A tel point que lorsque le film entre dans sa phase de charcutage, l'effet cathartique ne fonctionne plus puisque la frustration de l'attente était absente. A partir de là, Rob Zombie se contente de mettre en scène les mêmes péripéties que son modèle, recopiant sur papier calque comme un bon élève : tout ce qui baise y passe, et les amants se séparent pour mieux se faire transpercer.
Au final, nous obtenons un film trop proche de l'original, et nous nous attendrions presque à une demande d'autographe dans le générique. En même temps, c'est vrai que c'était Carpenter, quand même...
