« Shortbus »
Par Thomas Berthelon le samedi, septembre 15 2007, 10:17 - Visionnages - Lien permanent
Un festival de scènes de sexe crues, dans un film choral autour de la solitude.

Un film de John Cameron Mitchell, avec Sook-Yin Lee, Paul Dawson, PJ DeBoy. Disponible en DVD chez BAC Vidéo.
Dans le New York post-11 septembre, plusieurs personnages effrayés par la solitude se croisent au Shortbus, lieu de rencontre et de partouzes. Certains y cherchent le pardon, d'autres veulent être aimés pour ce qu'ils sont. Sofia est sexologue, n'a jamais connu l'orgasme, et simule depuis des années avec son mari Rob. James et Jamie veulent ouvrir leur couple à un troisième partenaire, Ceth, mais sont espionnés par Caleb. Severin, amie de Sofia, est adepte du SM. Tout ce petit monde se croise donc au Shortbus, entre rires et larmes.
A ceux qui s'attendent à un vulgaire film de boules, passez-votre chemin. Il s'agit plutôt ici d'un film choral, dans la tradition d'un cinéma décomplexé des années 70. Une chose est sûre, si on ne rentre pas (sans mauvais jeu de mot) dans le film dès le début, impossible de rattraper la wagon en marche. Le métrage fonctionne sur certains partis pris : le sexe y est cru, avec gros plans sur des pénis, une caméra collant au plus près des personnages, le maquillage est minimaliste. Nous sommes loin de l'érotisme moite de certaines grosses productions hollywoodiennes, éclairés indirectement dans une ambiance nocturne et bleutée. Ici, la lumière est frontale, et absolument tout est montré.
Le DVD est extrêmement intéressant car il montre le processus de fabrication du film, étalé sur près de trois ans. La pertinence des interventions du réalisateur sur le making of montre un concept du film presque plus intéressant que le film lui-même. Un gigantesque recrutement sur internet a permis à l'équipe de production de recevoir 500 vidéos d'amateurs volontaires. On assiste à la réaction à chaud du metteur en scène, aux commentaires de son équipe. Le casting se resserre ensuite sur une cinquantaine de candidats, où chacun doit remplir des fiches, concernant son envie de connaître ses partenaires d'après les CV vidéo visionnés en commun, les affinités entre les acteurs et leur désinhibition vis à vis des scènes de sexes non simulées étant primordiales. On aperçoit au passage la présence à ce stade du casting de Jonathan Caouette, futur réalisateur de « Tarnation » (il se filme depuis l'âge de 10 ans), que produira John Cameron Mitchell. Se succèdent ensuite les premières répétitions, le tournage de la scène de partouze, à laquelle le metteur en scène n'hésite pas à participer ("je vais peut-être coucher pour la première fois de ma vie avec une femme", lance-t-il), puis les conférences de presse. Ce making of est la pièce maîtresse du DVD de bonus, le module de 8 minutes "Comment filmer le sexe" n'apportant qu'un tout petit éclairage sur la fameuse scène, les commentaires se contentant surtout de paraphraser ce qui se passe à l'écran. Enfin, on trouve également le concert de 50 minutes autour du film au festival de Cannes, par John Cameron Mitchell et les acteurs du film.
