« The host »
Par Thomas Berthelon le samedi, septembre 1 2007, 10:33 - Visionnages - Lien permanent
Film de monstre archi-décalé, mais poignant et terriblement nerveux. Le meilleur film du genre depuis « Godzilla contre Mothra », par le réalisateur de l'excellent « Memories of murder ».

Un film de Joon-ho Bong, avec Song Kang-Ho, Bae Donna, Hae-il Park. Disponible chez TF1 Vidéo à partir du 6 septembre.
En Corée du Sud, un monstre géant surgit de la rivière Han et tue des centaines de passants. L'une des victimes, Hyun-Seo, est cependant toujours vivante, prisonnière dans la cachette du monstre, dans les égouts. Sa famille va tout tenter pour la retrouver, malgré l'incrédulité générale et les forces de police, décidées à isoler les personnes en contact avec le monstre.
Comme pour son précédent film « Memories of murder », le réalisateur coréen Joon-ho Bong choisit de mélanger les genres. Comédie, film de monstre, épouvante, thriller, drame humain, chronique sociale, « The host » tape un peu partout et fait mouche à chaque fois. La créature est crédible, et les effets spéciaux ne sont pas kitch (à part la dernière scène où l'intégration numérique a du mal à passer). On y retrouve donc aussi des moments comiques, tournant en ridicule la plupart des personnages du film ; les forces de l'ordre incompétentes et incompréhensives, ainsi que la famille de Hyun-Seo : le père est à moitié demeuré, et les autres ne sont pas plus efficaces. Ce mélange des genres est tout sauf gratuit, et chaque passage d'un genre à l'autre renforce justement le caractère comique ou désespéré d'une scène. Durant les séquences de panique, les personnages vont trébucher, se prendre les pieds dans des cadavres, se tromper de personnes à protéger, chose impensable chez Spielberg par exemple (imaginez Tom Cruise agissant de même dans « La guerre des mondes »...).
La mise en scène, nerveuse, contribue, malgré ce fameux mélange des genres, à assurer la cohésion générale. Perpétuellement sous tension, le spectateur est pris à la gorge dès la première minute, où on assiste, via un travelling saisissant, à la pollution de la rivière par un chercheur (occidental) sans scrupule. Caméra à l'épaule, longs plans-séquences à la limite du reportage, les scènes de foule et d'action ne cherchent à en mettre plein la vue, mais nous immergent dans un état de nervosité permanent. La première scène de panique est l'une des plus impressionnantes depuis longtemps : alors que la jeune fille et le grand-père regardent une retransmission sportive à la télé, le monstre apparaît. Soudain, la fille sort, et se fait tirer par la main par son père, dans un flot de panique général, le monstre n'étant que très peu à l'écran. Le tout se déroule dans un ralenti saccadé. Ainsi, nul besoin d'utiliser des plans de grue, puisque par l'usage des travellings à hauteur des personnages, « The host » s'attache à des protagonistes ordinaires emportés par un évènement extraordinaire tout en créant un état de tension perpétuel et qui, à l'instar de la production asiatique en général, laisse penser au spectateur que tout le monde peut y passer, même les héros.
Mais surtout, dans la même optique que « Memories of murder », Joon-ho Bong traite d'un drame abominable. Son précédent film suivait une enquête de police dans la campagne profonde, à la recherche d'un violeur et tueur en série. Plongés dans le doute, les deux enquêteurs apparaissaient très tôt comme impuissants, et terriblement humains. Dans ces deux films, les personnages dont le statut similaire dans d'autres métrages leur vaudrait une survie assurée (les deux policiers dans « Memories of murder », la tante championne de tir à l'arc et le père aimant dans « The host ») agissent comme des personnes normales, bourrés de faille, ne développant pas particulièrement d'aptitudes extraordinaires face à l'adversité, si ce n'est une humanité et une compassion face au drame. Sous couvert d'un film de monstre, le film décrit une famille foudroyée par le deuil de leur petite fille, et leur solitude face à ce drame.
Un film extrêmement saisissant. On ne sait jamais si la scène suivante va nous faire rire ou peur. Dans tout les cas, ceux qui sont allergiques au jeu d'acteur des asiatiques, ou qui ont tendance à sortir facilement d'un thriller à la moindre incursion d'éléments comiques décalés devront passer leur chemin (c'est sûr, ce n'est pas « Godzilla » de Roland Emmerich). Pour les autres, un DVD à se procurer d'urgence.

Commentaires
Jai beaucoup aimé aussi et c'est vrai que le mélange des registres, ou plutôt leur cohabitation, est l'un des aspects les plus intéressants et réussis du film.