Transformers

Un film de Michael Bay, avec Shia Laboeuf, Megan Fox, Jon Voight, John Turturro, Bernie Mac.

La lutte sans merci entre les protecteurs Autobots menés par Optimus Prime, et les destructeurs Decepticons, dirigés par le cruel Megatron. A la recherche du Allsparks, cube extra-terrestre capable de transformer les machines terriennes et asservir l'humanité, leur affrontement va pulvériser quelques pâtés de maison...

Difficile de trouver la moindre once de scénario évolué dans ce film, et encore plus difficile d'écrire plus de lignes à ce sujet : il s'agit de bastons entre transformers, avec des gens au milieu. En gros, ça rappelle le pitch d'« Aliens vs Predator », mais en bien fait. Sur ce point, le film est une grande réussite : les affrontements sont dantesques, l'adrénaline monte progressivement jusqu'au paroxysme : la rencontre finale entre les autobots et les decepticons. Ca pète, ça canarde, ça explose, parfois dans une grosse confusion (difficile par moment de différencier les transformers, certains ayant la même couleur). Les affrontements entre robots géants, fantasme absolu de tout geek biberonné au « Bioman » qui se respecte, ont lieu en pleine ville, pas à la japonaise dans les montagnes désertes, mais avec plein d'immeubles à bousiller et des bus à tabasser. Le dynamisme des scènes d'action (caméra mobile, passant en-dessous des transformers pour filmer sa transformation en avion de derrière, puis panoramique vers deux autres robots se latant deux pâtés de maison plus loin) et le torrent d'effets spéciaux (ondes de choc, missiles, immeubles réduits en miettes filmés de l'intérieur) ont parfois raison de notre cerveau, mais les fans de baston entre mécas poussent un soupir de soulagement : enfin une bonne tuerie robotique, quatre ans après les affrontements entre machines de « Matrix Revolutions ». Certes, on aurait apprécié un bon gros plan-séquence d'anthologie, mais bon...

Mais « Transformers », ce n'est pas que cela. C'est aussi une grosse comédie sentimentale pour ados, avec un héros maladroit mais volontaire, ayant la bonne idée de flasher sur Mikaela, bimbo à la silhouette à se damner, férue de mécanique et au passé trouble. Tous les personnages sont bigger than life, à commencer par les parents maniaques de la propreté (devinez ce qui se passe quand un transformer rencontre le jardin familial) et leur chien sous calmant à la patte emplâtrée, l'analyste physiquement intelligente dont le pote est un informaticien de génie black comico-obèse, et le taré de service (dans les films de Michael Bay, il faut toujours un zinzin : Steve Buscemi dans « Armageddon », Nicolas Cage dans « Rock », Martin Lawrence dans « Bad boys ») : John Turturro (quotat représentatif du ciné respectable pour s'acheter une crédibilité, après Billy Bob Thornton, Sean Connery, Jon Voight (secrétaire à la défense dans « Transformers »), Joe Pantoliano, Ewan McGregor), membre d'une section super-secrète du gouvernement, c'est d'ailleurs écrit sur son marcel. Une comédie donc, frôlant (parfois) la caricature et atteignant (souvent) le grand n'importe quoi. De toute manière, à partir du moment où la production réussit à faire passer l'idée de robots géants extra-terrestres se meulant sur Terre, le public est prêt à accepter n'importe quoi.

Beaucoup de critiques bien-pensants ont reproché au film de véhiculer le culte de la bagnole. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que c'est un scénario inspiré de jouets, des robots se transformant en camions, voitures, et avions de chasse. Malgré le talent de l'armada de scénaristes de Michael Bay, il est impossible d'échapper au syndrome "petites histoires imaginées par les gamins" : « On va dire que les bastons se déroulent au milieu de la ville, pour faire péter les immeubles, il y aurait plein de bagnoles en bas pour se faire écraser, et des routes qu'on va casser avec des gens dessus, et l'avion, eh bé il va décoller comme ça et passer entre les deux tours, là... » Ce film n'est rien de plus qu'un fantasme de gamin. Mais là où Spielberg tourne une suite en live de « Peter Pan » ancré dans l'onirisme et la nostalgie enfantine, Michael Bay livre un étalage technique de 3D réaliste, blockbuster ultra-puissant d'été s'adressant aux maniaques de jouets et férus d'explosions. Pas de politiquement incorrect à la « Small soldiers », mais juste un plaisir défoulatoire à tout péter avec des superbes bagnoles qui se transforment. Alors, c'est pour quand, une version sérieuse de « Goldorak », « Gundam », ou « Spielvan » ? A moins, qu'une certaine adaptation de l'introspectif « Evangelion », en chantier depuis quelques années chez Weta Workshop...