Domino

Un film de Tony Scott, avec Keira Knightley, Mickey Rourke, Lucy Liu, Ian Ziering, Christopher Walken. Disponible en DVD chez Metropolitan

D'après la véritable histoire de la fille de riche Domino Harvey, qui choisit la vie de chasseuse de prime. Une existence à 100 à l'heure, entre télé-réalité et complots mafieux.

Avis aux épileptiques : passez votre chemin. Ce film est une bouillie visuelle, montée au ciseaux de coiffeur, chargée à ras bord d'effets clignotants et de filtres colorés en veux-tu en-voilà. Très proche de la période « Tueurs nés » / « U-Turn » d'Oliver Stone, c'est là où le bât blesse : le réalisateur de « JFK » étant déjà passé par là, Tony Scott peut déjà retourner se rhabiller question originalité. On multiplie les plans et les coupes sans autre besoin que sur-rythmer le film, on sature, on joue avec le contraste et la luminosité, on bouge leurs réglages toutes les quatre images, et le tour est joué : on a chope la migraine dès les cinq premières minutes. Génial, ça donne un effet branché, trop cool, venez voir, les jeunes, un clip géant, avec Ian Ziering et Brian Austin Green, les acteurs de la série « Beverly Hills », pour vous prouver à quel point on vous adresse des clins d'oeil !! La bande-son n'est bien sûr pas en reste, comme le visuel est charcuté pour faire un truc super hype qui surfe sur la vibe "Michael Bay", on duplique les dialogues comme un DJ jouerait avec un morceau. Répétitions à gogo, triturations du son, wow, on a plein d'effets dans la bécane, et on s'en sert. En plus, on va commencer le film par la fin, parce que si Tarantino l'a fait avant nous, y a pas de raison, ça doit plaire.

Ultra mise en valeur dans un rôle qui ne lui va pas si mal, Keira Knightley s'en sort plutôt bien en en faisant des tonnes dans son rôle titre, campant une gonzesse au bourre-pif facile et assumant à 200% sa silhouette de planche à pain top-modèle. A ses côtés, un Mickey Rourke assurant le minimum syndical, se mettant au service de la star du film, sobre et costaud. Le troisième larron interprété par un Edgar Ramirez en roue libre, passe son temps à s'arranger les cheveux et bastonner les méchants pour montrer qu'il est cool. On assiste à un défilé de personnages pittoresques, ploucs, ou durs à cuire. Des ingrédients indispensables à tout bon film polardeux pétaradants qui se voudrait ultra-branché et auto-proclamé culte. Seulement voilà : à force de partir dans tous les sens, « Domino » perd en chemin tout spectateur voulant un tant soit peu suivre une intrigue et s'identifier à des personnages. Ce genre de films ne supporte pas les débordements d'auto-suffisance, où justement le profil bas doit être de mise, permettant aux personnages dits "barrés" de sortir du lot. C'est le cas de quelques fleurons du genre, comme « Une nuit en enfer » ou « Guêt-apens », poussiéreux, moites, et tendus.

Visiblement très fier de ses partis pris, le simple faiseur Tony Scott ne peut encore une fois s'empêcher de s'auto-référencer via son traditionnel gunfight général (« True Romance », « Ennemi d'état »), mais malheureusement, la référence étant un art en soi, le pote Quentin est décidément bien loin devant. Avec ce film nous avons encore la preuve que l'autre frère Scott (Ridley), moins tape-à-l'oeil mais bien meilleur cinéaste (quand même « Alien », « Blade Runner », « Black Rain », « Thelma et Louise », « Gladiator », « La chute du faucon noir », « Kingdom of Heaven ») est de loin le plus intéressant.