Les contes de Terremer

Un film d'animation de Goro Miyazaki. Produit par les studio Ghibli.

En fuite après avoir poignardé son père et volé son épée forgée par la magie, le prince Arren fait la connaissance de l'archimage Epervier. Celui-ci se bat pour restaurer l'Equilibre des forces du monde, dont le bouleversement pousse même les dragons à s'entre-tuer. La situation se complique lorsque le sorcier androgyne Aranéide décide d'affronter l'archimage afin de conquérir l'immortalité.

Ce nouveau film des studio Ghibli se situe dans la veine d'oeuvres comme « Nausicaä » ou « Le Château ambulant », où l'intrigue implique des enjeux à l'échelle d'un monde entier, par opposition à des fables plus intimistes comme « Mon voisin Totoro » ou « Kiki, la petite sorcière ». Ce film, réalisé par Goro Miyazaki (fils d'Hayao), est tiré d'un cycle de romans d'Ursula K. Le Guin intitulé « Le Cycle de Terremer », dont le troisième opus, « L'Ultime rivage », sert de trame au film. Il est amusant de noter que cette série a déjà été adaptée en téléfilm (« The legend of Earthsea »/« La Prophétie du sorcier », Robert Lieberman, 2004) avec Kristin Kreuk (Lana Lang dans « Smallville »), Isabella Rosselini, et Danny Glover. Ce n'est pas par hasard que Goro Miyazaki a choisi précisément ce roman, car il y est question de transmission du savoir, entre un sorcier reconnu de tous, aux pouvoirs immenses, et un disciple ne demandant qu'à apprendre (son père a longtemps refusé que Goro suive la même voie que lui).

Ce qui frappe en premier, c'est la facilité étonnante avec laquelle « Les contes de Terremer » se fond dans les thèmes chers aux films Ghibli : il y a une part maléfique en chacun, il ne faut pas s'abandonner à la colère, il faut veiller sur l'équilibre fragile qui englobe aussi les hommes, la faune et la flore. Mais certains éléments sont également repris directement de certains films : connaître le véritable nom des choses nous donne un pouvoir sur elles (« Chihiro »), le garçon mi-ange mi-démon (Haku de « Chihiro », Haoru du « Château ambulant »). On apprécie aussi que tout ne soit pas expliqué, la première partie n'entretenant qu'un lointain rapport avec la suite. Visuellement, c'est toujours un bonheur, le film allant à l'essentiel, avec un charmant sens de l'épure rappelant celui de « Nausicaä ». Certaines touches de 3D apportent son lot d'effets spectaculaires au film, parfois pas très heureux (par exemple, le plaquage de particules numériques sur les bâtons des sorciers).

On salue aussi l'originalité de l'androgyne sorcier maléfique, que le look place dans la lignée de bien des méchants d'autres oeuvres de japanimation, mais à contre-courant des personnages ghibliens (ce n'est que le deuxième véritable méchant issu du studio après Muska du « Château dans le ciel »). La construction narrative est un vrai délice, alternant moments de répit à la campagne, visite agitée et stressante de la ville, purs moments d'action dans le château, et confrontant des réflexions sur la valeur de la vie. A l'instar de bien d'oeuvres d'animation intelligentes émanant du studio, il faudra revoir ce bijou pour en apprécier toutes les subtilités métaphoriques.

Un premier film extrêmement riche, maîtrisé en tout point, et très attachant. Un pur film Ghibli, ce qui constitue à la fois sa force (Goro est déjà capable de se hisser à un haut niveau), mais aussi sa faiblesse (manque d'originalité). Ne manque à Miyazaki-fils qu'un soupçon de mise en scène propre aux chefs d'oeuvre, et un sujet enfin extérieur aux contes de sorcellerie, pour faire sa place aux côtés de son père et Takahata.