La cité interdite

Un film de Zhang Yimou, avec Chow Yun Fat, Gong Li.

En Chine, durant la dynastie Tang, la famille impériale s'entre-déchire : le maître oblige sa femme à boire une mixture qui brouille le cerveau, sa femme couche avec son fils, son ex-femme s'introduit chez lui en ninja, un deuxième fils couche avec une servante... Et tout ça au milieu de tissus dorés et magnifiques tapis. Mais que mijote l'épouse à broder autant de chrysanthèmes ?

Avec ce « Curse of the golden flower », le film le plus cher de l'histoire du cinéma chinois, Zhang Yimou tente de concilier sa nouvelle carrière de réalisateur de films d'arts martiaux, avec son passé de metteur en scène intimiste. Il refait appel à son ex-épouse Gong Li, son égérie durant sa grande époque, dans un film rappelant « Epouses et concubines ». Ses rôles de femme sur qui s'exerce une énorme pression masculine, mais également prête à tout pour se faire sa place, jusqu'à basculer dans la folie, lie d'ailleurs ces deux films. L'égérie de Loréal arrive, mieux que personne, à exprimer la rage contenue, l'intensité et l'ambition. Face à elle, Chow Yun Fat apporte une solidité et une présence inouïe à son rôle d'empereur, à mille lieux de ses rôles de flics rigolos de la fin des années 80. L'affrontement de ces deux personnages vampirise tout le film, dont l'intrigue se résume à qui va plus comploter que l'autre.

Les combats ne sont bien sûr pas en reste, mais sont relégués au second plan par rapport à « Hero » et « Le secret de poignards volants ». Ici, c'est l'intrigue shakespearienne qui prime. Les affrontements physiques font appel aux câbles, les ninjas volent dans les airs, des milliers de soldats s'entre-tuent, mais c'est comme si Yimou, conscient qu'il a déjà filmé ce style de batailles, expédiait ce passage obligé dans des cadrages et des compositions de plans moins fouillés que dans ses deux précédents films. Ce qui frappe dans « La cité interdite », c'est la profusion des éléments : les pots de fleurs dorées, les litres de sang, les motifs brodés sur les tentures... On frise par moment l'overdose visuelle, là où l'excès de ralenti nuisait justement à un film comme « Hero ». Le réalisateur chinois veut ainsi montrer que la famille qu'il dépeint est aussi pourrie de l'intérieur que fastueuse de l'extérieur.

Il manque toutefois à ce film un souffle épique et un surplus d'intensité dramatique pour qu'on plonge véritablement dans l'histoire et qu'on passe outre la simple observation de cette fameuse profusion de décors détaillés. Le déséquilibre entre les deux personnages principaux et les autres, le côté attendu de certains rebondissements, un déjà-vu dans les combats et finalement, le manque de surprises ont raison de l'implication du spectateur qui reste assez passif devant ce drame impérial de deux heures.