Borat

Un film de Larry Charles, avec Sacha Baron Cohen.

Le journaliste kazakh Borat Sagdiyev et son producteur Azamat Bagatov partent réaliser un documentaire aux Etats-Unis, afin que leur grand pays puissent s'inspirer de ce qui fait la force des ricains. Ils vont de surprise en surprise, découvrent qu'on ne tue plus les Indiens, que les femmes sont admises à la table des hommes, et que les Juifs ne sont étrangement pas pourchassés.

Borat est un personnage créé par Sacha Baron Cohen (« Da Ali G Show ») pour la télévision anglaise (Channel 4). Cet énergumène a aussi présenté par deux fois les « European Music Awards », rendant hommage à Madonna, la plus belle des salopes. Produit par Jay Roach (« Austin Powers », « Mon beau-père et moi »), et réalisé par Larry Charles (« Seinfield »), ce film est la première apparition sur grand écran de ce célèbre journaliste kazakh.

A côté de « Borat », « Mary à tout prix » passe pour du Disney asceptisé. Pour certains, « Borat » est choquant, d'autres diront que le sujet du documentaire l'est beaucoup plus. On est en permanence partagé entre la honte et le fou rire, le refus d'en regarder davantage et le plaisir coupable de savourer tant d'impertinence. Ce n'est pas pour rien que ce documentaire a remporté le Gro Prix du Festival du Film Grolandais de Quend-Plage-les-Pins en 2006. Le grand intérêt du film, c'est que Borat peut avoir accès à des personnes plutôt importantes, car sous couvert d'un reportage/série d'interviews sur les Etats-Unis, certains responsables politiques, instances religieuse, associations bien-pensantes ouvrent leur porte à ce journaliste farfelu mais animé par un sincère volonté d'apprendre d'un pays civilisé, afin de répandre la bonne parole dans son pays d'origine. Le journaliste présente bien, s'exprime calmement, est bien habillé (enfin, pas toujours, voire parfois pas du tout), et fait preuve d'un naturel désarmant lorsqu'il s'agit de défendre la chasse aux Juifs ou refuser tout droit aux femmes.

En effet, Borat n'hésite pas à provoquer ses interlocuteurs sur la bienséance (que faire du caca après la grosse commission), le racisme, la vente d'armes (quel flingue est idéal pour buter des juifs ?), la guerre en Irak, la religion (lors d'une convention de fanatiques pentecôtistes), jette des billets à des cafards pour supplier les monstrueux juifs métamorphosés de l'épargner, etc. Je ne ferai qu'évoquer les deux grandes scènes (à mon sens) du film : un 69 grassouillet en plein congrès, et un comportement envers une grand star de la Côte Ouest qui lui vaudra, suite au film, une interdiction de l'approcher à moins de 500 m.

Le périple haut en couleur de cette équipe réduite dresse un portrait ahurissant des Etats Unis, proche d'un film fantastique sous acide sur les "freaks", êtres monstrueux donnés en spectacle dont on se moque. « Borat », c'est ça : une comédie orchestrée par des comédiens, miroir déformant du sujet de leur documentaire.