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Lectures

Beaucoup de BD, certes...

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vendredi, avril 22 2011 16:45

Grindhouse en bouquin

Je viens de recevoir le livre « Grindhouse: The Sleaze-filled Saga of an Exploitation Double Feature », que j'avais commandé par internet. Il s'agit d'un "tie-in book", un produit visant à promouvoir le film en compilant tous types d'outils promos : affiches, posters, photos de tournage, storyboards, making of d'effets spéciaux...

Vu le caractère rétro de l'univers graphique du double film de Robert Rodriguez et Quentin Tarantino, cette compilation est très riche, car elle présente aussi diverses affiches de films qui ont inspiré les chartes visuelles (logos, pellicules abîmées, effets de posters déchirés) de « Grindhouse ». On y retrouve des visuels consacrés à ce long-métrage, mais dans l'esprit des films d'exploitation des années 70, dans une ambiance décomplexée rendant hommage aux psychopathes, zombies (les maquillages très cartoon sont impressionnants) et autres créatures, et plus largement à l'industrie du cinéma d'exploitation.

Une vraie mine d'inspiration pour qui s'intéresse à cet univers visuel ! En plus, quelques pages sont consacrées aux bandes annonces bonus de « Grindhouse », comme « Thanksgiving » réalisées par Eli Roth ou le « Machete » de Rodriguez. (Lire aussi l'excellent article consacré à « Machete » sur le site The art of title)

Mon seul regret : le peu de pages consacrées à « Boulevard de la mort » (supérieur à l'autre, selon moi) de Tarantino, par rapport à « Planète Terreur » de Rodriguez.

Voici quelques photos du livre :

lundi, février 21 2011 09:48

« L’Île de Lorose » - Par Toshy - Ankama Editions


Des aventuriers très spéciaux dans de l’heroic fantasy humoristique et bourrine, pour une revisitation décalée de l’univers de Wakfu.

Une flopée de bras cassés s’étant rencontrés par hasard se trouvent embringuée à la recherche de la mystérieuse, mythique et paradisiaque île de Lorose : un iop super-bourrin, une sadidette baraquée virée par les siens pour des motifs obscurs, un chien-chien fantôme et un sacrieur un peu précieux.

La collection "Wakfu Nébuleuses" de l’éditeur Ankama permet à ses auteurs de livrer une vision décalée du multivers Wakfu (jeu vidéo, dessin animé, bandes dessinées, jeux de cartes). « L’île de Lorose » ressemble à une BD underground, avec son papier jauni avec traces de bois, ses personnages de crétins, et son graphisme aux hachures dentelées à la Charles Burns.

Même si cette histoire de losers cherchant une île mystérieuse ne vole pas très haut dans la subtilité, l’album se révèle agréable à lire, justement grâce à ses personnages de bras cassés : la créature "poil à gratter" et son sens de la vanne le bourrin stupide toujours affamé, le boulet féminin, la chochotte frêle sujette à l’hypo-tension, font leur petit bonhomme de chemin en dégommant gratuitement des créatures du même acabit.

Si, en tout début du livre, le message du mosquito concernant la conclusion naze de l’album ne vous rebute pas, vous passerez un bon moment. Les autres, fuyez la compagnie de ces abrutis, ils sont contagieux !

lundi, janvier 24 2011 09:34

« Diabolica T1 » - Par Christophe Kourita - Ankama Editions


Que se passerait-il si les yôkaïs, créatures étranges du folklore japonais, existaient aussi en France ? Faites le tour de l’Hexagone en compagnie du docteur Lafayette, à la découverte de notre propre bestiaire, dans une suite de petites histoires surprenantes et décalées.

L’auteur Christophe Kourita raconte, en début d’album, la genèse de cette encyclopédie d’un genre particulier : lors d’une soirée organisée par leur éditeur, le mangaka Katsuhiro Otomo (« Akira ») lui demande s’il existe des yôkaïs en France. Il s’agit de créatures bizarres de toutes formes, issues du folklore japonais, et notamment déjà mises en dessins depuis les années 50 par Shigeru Mizuki (« GeGeGe no Kitarō »).

Se prenant ainsi au jeu, Kourita s’amuse à créer des yôkaïs à la française, prenant en compte la géographie et la culture des régions de l’Hexagone pour y intégrer ses monstres et créatures, trompant les humains pour le pire ou le meilleur.

Au premier abord, on pourrait être sceptique devant le postulat de base. Encore un Français (en fait, Kourita est franco-japonais) fasciné par la culture nippone, se complaisant dans un délire de vouloir faire cohabiter l’inadaptable : les créatures d’une croyance animiste dans une vieille Europe judéo-chrétienne. Pourquoi pas inviter un slime du film SOS Fantômes dans les grottes de Lourdes ? Surtout que l’intention de l’auteur n’est pas de se moquer d’une ou l’autre culture, mais bien de se frotter au bon vieux concept du "What if".

Mais cette impression part en fumée dès les premières histoires courtes, car étonnamment, la mayonnaise prend. L’auteur prend soin de clore chaque segment par une morale (les humains face à leurs propres travers, failles et souffrances), et la confrontation des monstres visuellement "olé olé" à des contrées bien franco-françaises (donc tout sauf exotiques) fonctionnent parfaitement : les bras des sables du Mont St-Michel, les sirènes de feu des falaises bretonnes, ou encore le bonhomme de suie des cheminées parisiennes, chaque yôkaï s’intègre si bien à chaque région qu’on le croirait ancré dans ce folklore depuis des siècles.

L’entreprise est audacieuse. Sans pour autant se retrouver sur les ronds de serviette des touristes, ces yôkaïs cocorico valent le déplacement.

mardi, janvier 11 2011 11:23

« Zombillénium T1 » - Arthur de Pins - Dupuis

Ecouter aussi ma chronique la radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 18 décembre 2010.

Le parc d'attraction Zombillénium n'est pas très original : trains fantômes, spectacles de chorégraphies à la « Thriller », momies, vampires, maisons hantées par des squelettes, etc. L'originalité, c'est que les créatures sont d'authentiques morts vivants, employés pour l'éternité dans un parc tenu par la poigne de fer de Francis Von Bloodt.

Aton, la momie, ne rêve que de retourner sous le soleil d'Egypte, surtout depuis qu'il est relégué à la simple vente de barbes à papa. Mais alors qu'il est ramené en voiture par son boss et le squelette Jefferson (autrefois militant pacifiste noir), les trois loustics renversent Aurélien, un jeune cocu paumé en plein braquage de bistrot. Que faire de ce cadavre tout chaud, future nouvelle recrue ? Un vampire ? Un loup-garou ? On lui demandera son avis après !

Si vous aimez le style d'Arthur De Pins (« Les péchés mignons ») en rendu vectoriel (des bonnes bouilles de personnages entièrement réalisés en numérique, dans un style de lignes pures générées sur le logiciel Illustrator), vous ne serez pas dépaysés par le graphisme de cet album. Le découpage des cases est basique (le plus souvent, des carrés se succèdent sur deux colonnes), mais la narration n'a pas besoin de planches déstructurées. Le rendu vectoriel est assez particulier pour une BD, et même si sur certains décors, le visuel peut paraître froid ou donner une impression de vide, l'ensemble ne manque pas de punch.

Le nouveau-venu Aurélien et la mystérieuse stagiaire Gretchen éclipsent un peu les autres personnages, mais le bestiaire fantastique de ce parc en grande difficulté économique (Zombillénium est même dépassé en nombre d'entrées par ... Vulcania) promet des perspectives décapantes pour les prochains tomes.

mardi, janvier 4 2011 11:52

« Freaks’ Squeele T3 : Le tango de la mort » Par Florent Maudoux, Ankama Editions


L’heure est à l’entraînement intense pour nos étudiants à la Fac des héros. En prévision d’un combat surmédiatisé, Chance, Ombre, et Xiong Mao partent se fortifier dans un album aux vapeurs torrides.

Étudiants à la Faculté d’Études Académiques des Héros, Ombre, Xiong Mao et Chance découvrent sur le tard que leur école est une université de "méchants". Au cours de la cérémonie de présentation des projets de conquête du monde par la FEAH, les étudiants de la prestigieuse école de St Ange interviennent pour mettre un terme à ce plan d’envergure, sous les regards des médias tous acquis à la cause de l’institution adverse.

Afin de départager les deux écoles, un combat de champions est organisé : Chance affrontera Ange dans un duel à l’épée. Xiong Mao part donc forger la lame de Chance dans un lieu mystérieux coupé de tout, accompagnée d’Ombre, chargé de chasser le gibier.

La saga « Freaks’ Squeele » continue de surprendre à la fois par la maîtrise graphique de son auteur, et son ton faussement parodique, mais surtout en jouant intelligemment avec des références invitées dans le plus profond respect et ne tombant jamais dans la farce. Florent Maudoux ne se contente jamais des superficialités et travaille la substance du matériau afin de livrer une histoire épique et véritablement surprenante. A chaque flirt avec l’ultra-référence et le fan service, ses albums retournent le lecteur dans des demi-tours bienvenus et néanmoins terriblement fun.

Dans ce « Tango de la mort », Maudoux lance sa série sur les traces des longues séquences d’apprentissage propres aux films d’arts martiaux et aux shonen mangas : les héros se séparent, et en bavent dans des coins reculés, hostiles, ou sous l’égide d’une autorité bienveillante. Ainsi apparaît une nouvelle technique, une nouvelle arme fatale, qui propulse les protagonistes au stade suivant et les autorise à se confronter à des ennemis encore plus puissants. Mais il s’agit aussi d’une temporisation du récit destiné à faire monter la sauce avant d’envoyer la baston lors de l’épisode suivant. L’auteur en profite donc pour s’attarder sur le personnage de Xiong Mao, plus belle que jamais, et la tension sexuelle trouble qui la lie au bestial Ombre. De son côté, Chance se rapproche elle aussi d’une figure animale : son maître défiguré.

Eros et Thanatos font donc bon ménage, et cela donne pour l’instant le meilleur album de la série. Délaissant les golems, Maudoux exploite désormais en profondeur le thème de l’apprentissage : renforcement de la personnalité, (re-)naissance, affirmation sentimentale et physique.

Alors que l'album « Freaks' Squeele T3 » est nominé pour le Prix 2011 ActuaBD/Conseil Général des Jeunes de Charente, voici sur ActuaBD une interview (par Da Scritch et moi-même) de son jeune auteur lyonnais Florent Maudoux, déjà diffusée dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 1er mai 2010.

lundi, décembre 20 2010 11:14

« Milady de Winter T1 » - Par Agnès Maupré - Ankama Editions


Ecouter aussi ma chronique radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 6 novembre 2010.

Un nouvel éclairage en noir et blanc sur la célèbre garce créée par Alexandre Dumas : un portrait de femme blessée entre coucheries, politique, et vengeance.

Suite à un amour interdit avec un prêtre, Milady de Winter a été marquée au fer de la fleur de Lys de l’infâmie. Pendue et laissée pour morte par son comte de mari, elle se réfugie dans la pluvieuse Angleterre, suicidaire. Profitant de l’attraction que la belle exerce sur les hommes, et des coups du sort qui s’abattent sur elle, le Cardinal de Richelieu met la main sur cette proie de choix et en fait sa meilleure espionne.

Les ferrets de la Reine, le Duc de Buckingham, Constance Bonacieu et les Mousquetaires, n’ayez pas peur, vous les retrouverez dans cette revisitation à l’encre d’Alexandre Dumas. Mais n’attendez pas des combats, auberges retournées, et amitiés viriles. Ici, il est surtout question de duellistes sans cervelle, relégués au second plan par une poignée de femmes se brûlant les ailes sur un échiquier politique définitivement masculin.

Animal blessé victime de son physique, attirant les hommes par sa beauté mais souillée à jamais par une faute passée, Milady déchaîne les passions à son insu, navigant dans une faune peuplée d’êtres faibles et de monstres sans pitié. Emergeant, le Cardinal est le seul à la considérer à sa juste valeur, mais à défaut de la voir comme un fantasme ambulant, il en fait un pion aussi manipulable que redoutable.

En feuilletant l’album, on peut facilement être déçu par le trait d’apparence simpliste d’Agnès Maupré. Mais en plongeant dans ce portait de Milady, on constate toute l’efficacité du dessin d’une artiste qui cite Reiser comme référence. La nervosité de la plume est mise en valeur par un encrage utilisant les nuances de gris pour retranscrire les drapés. L’auteur étale aussi la puissance de ses noirs pour planter les atmosphères des passages marquants de la vie de Milady.

Ce premier tome des aventures de Milady de Winter se révèle très surprenant, privilégiant les moments creux des autres adaptations pour se concentrer sur le quotidien d’une femme victime de son corps. Sa relation avec son fils, son rapprochement de Constance, et ses retrouvailles avec son ancien mari (dont les amateurs de Dumas connaissent l’identité) promettent d’intéressantes perspectives pour la suite.

vendredi, novembre 12 2010 14:39

« Savior » - Par Benjamin Studio - Xiao Pan


Ecouter aussi ma chronique radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 25 septembre 2010.

La guerre, l’errance, l’amour et la mort. Des thématiques mélancoliques pour un recueil de trois courtes histoires, par le maître de la tablette graphique Benjamin.

Dans "The Guitar From Heaven", un ange déchu joue de la guitare pour sauver des humains transformés en morts-vivants. Le segment "War" voit un jeune soldat prêt à tout par devoir envers sa patrie. Et enfin, dans la troisième histoire "Little Girl", un soldat (encore) à lunettes se souvient d’un amour adolescent pour une fille au chien-loup.

Trois histoires, trois personnages paumés, engagés dans un combat vain ne leur permettant pas de trouver leur place dans le monde. À la recherche d’un amour inaccessible, ces jeunes gens se brûlent (parfois littéralement) les ailes, perdus dans des champs de bataille respirant la mort, ou dans des villes déshumanisées.

Jeunesse en perdition, idéaux féminins vaporeux, errances entre rêve et réalité, nous retrouvons ici les thématiques chères à l’auteur de Remember. Cette fois, Benjamin, s’il signe seul le scénario de ces trois histoires, se fait par aider par Li Ming sur le dessin, tandis que le trio Zhang Peng/Yan Zhuo et Pan Shuo assure la création des décors. Dans la préface écrite par Li Ming, on sent bien la volonté de Benjamin de ré-intervenir sur ses images encore et encore, ce qui rend plutôt élastique sa répartition du travail avec ses différents collaborateurs.

Explorant encore les possibilités graphiques de la tablette numérique associée aux logiciels Photoshop et Painter, Benjamin continue de nous étonner par son utilisation de couleurs plutôt inhabituellement saturées dans la colorisation BD : les touches de violet, rouge, rose, jaune et vert cohabitent dans une explosion d’expressivité, laissant place à un dernier segment bleuté à la sobriété bienvenue.

Les dernières pages de l’album sont un recueil de textes de l’artiste, accompagnant quelques-unes de ses créations et notamment les coulisses de la réalisation d’un clip de la chanteuse Jena Lee qui a utilisé ses images conçues spécialement pour l’occasion.

lundi, novembre 8 2010 10:35

« Tortuga T1 » - Par Viozat et Brivet - Ankama Editions


Ecouter aussi ma chronique radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 25 septembre 2010.

Qui, des Espagnols ou de la Flibuste, règnera sur l’île de la tortue ? Retrouvez de l’occulte, de la piraterie et des intrigues d’état dans le premier tome d’une saga d’aventure aux Caraïbes.

En 1664, sur Tortuga, l’invincible Ankou, chef de la Flibuste, perd la vie dans un combat contre l’Espagnol Valverde. Deux ans plus tard, les capitaines français se sont tous exilés, laissant leurs derniers hommes pochetronner sur un bateau en miettes. Mais un négociant en pierres précieuses, Eric Gorsen, "le Nantais", débarque sur l’île et se montre bien trop curieux pour Valverde, le nouveau gouverneur de l’île...

L’ombre de l’inévitable Jack Sparrow et son Black Pearl plane bien sûr sur ce premier tome de la série flibustière « Tortuga ». Bateaux mystérieux, équipages saoulés au rhum, vieux filous et traîtres à la patte de bois, belle aristocrate, et dimension fantastique composent un cocktail pas très original mais toujours apprécié par les amateurs de duels sur le pont des navires sur fond de soleil couchant dans une baie paradisiaque.

Pour l’instant, l’intrigue se veut basique et nous permet surtout de faire connaissance avec ces personnages peu recommandables, comme avec cet univers mêlant forces occultes et épopée d’aventure. Car si la référence « Pirates des Caraïbes » saute aux yeux, c’est également du côté de Mike Mignola qu’il faut chercher.

Le scénario de Sébastien Viozat, qui s’amusait déjà avec les codes des films de zombies dans « Ma vie de zombie » et « Avec les morts », saupoudre son récit historique d’une dose de "menace latente d’outre-monde véhiculée par son anti-héros investi d’un pouvoir mine de rien assez terrifiant". On s’attendrait presque à voir débarquer des eaux Abe Sapiens, apportant sa science à une tripotée de marins alcooliques trop imbibés pour l’écouter.

Le dessin d’Antoine Brivet assume d’ailleurs complètement cette parenté avec l’univers du papa d’Hellboy, avec ses héros aux yeux vitreux émergeant de faciès à moitié plongés dans la pénombre. Encore loin de la perfection épurée et anguleuse du graphisme de Mignola, et malgré certaines hésitations dans les scènes de foules dans des atmosphères "normales", Brivet montre qu’il manie lui aussi la densité des noirs (les premières planches d’introduction sont magnifiques) pour suggérer en quelques taches un pouvoir diabolique menaçant à tout moment de s’abattre sur des duellistes jouant avec le feu.

mercredi, septembre 29 2010 12:33

« Le livre sans nom » - Anonyme - Sonatine Editions

Ecouter aussi ma chronique radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 11 septembre 2010. (Ne manquez pas la lecture du pitch du livre par Dusport, avec l'accent sud-américain)

Santa Mondega est un bled vraiment pourri d'Amérique du Sud. Il y a 5 ans, le terrible Bourbon Kid y a laissé un grand vide en zigouillant tout le monde. Aujourd'hui, la ville est à nouveau en ébullition : 

Deux moines pratiquants d'arts martiaux sont à la recherche d'une pierre magique qu'on leur a volé.

Sanchez, le patron du bar le Tapioca, ferait bien d'arrêter de servir des verres de pisse aux étrangers.

L'unique survivante du massacre d'il y a cinq ans, se réveille amnésique après un long coma.

Le lutteur invincible Rodeo Rex est de retour, chargé d'une mission top secrète.

L'enquêteur spécial Jensen débarque au commissariat. Son domaine, c'est l'occulte !

Un tueur à gage infaillible doit lui aussi buter un mec. Il s'appelle Elvis !

Ah oui, j'oubliais : le Bourbon Kid est de retour lui aussi. Ses victimes sont retrouvées les yeux crevés et la langue arrachée... Miam miam !

Si vous reconnaissez des éléments de l'univers de Robert Rodriguez et Quentin Tarantino, ce n'est bien sûr absolument pas fortuit. La rumeur a même un moment circulé comme quoi ce serait Quentin himself qui aurait écrit ce roman. Assez improbable, quel intérêt aurait-il à s'auto-référencer dans un livre ? Cette rumeur est née du fait que l'auteur du « Livre sans nom » est anonyme. Il s'agit d'une mise en abîme par rapport au contenu, mais cela, je vous laisse le découvrir.

L'auteur ne va pas chercher bien loin l'inspiration : 90% du livre est pioché chez les deux réalisateurs pré-cités (enfin, surtout chez Tarantino, y compris dans des films qu'il n'a pas réalisés). Sans trop se démarquer de l'univers de référence, le livre parvient à nous scotcher grâce à l'humour, les répliques qui fusent, et la galerie de crétins congénitaux/tueurs/desperados cradingues qui peuplent cette bonne ville de Santa Mondega, ramassis de coyotes sans foi ni loi qui ferait passer le Mos Eisley de « Star wars » pour Disneyland.

N'ayez pas peur, cet univers ultra-référencé n'est pas gênant, et les clins d'oeil sont plutôt bien amenés. Par exemple, nous ne subissons pas les dialogues interminables sur la culture pop (Superman, Madonna...), même si un bel hommage est rendu au cinéma de genre dans le final dantesque. Quand les références claquent, ce n'est qu'après-coup que nous établissons le lien avec certains films, et la trame est suffisamment joueuse et intelligente pour brouiller les pistes.

La lecture du « Livre sans nom » procure pas mal d'éclats de rire. Alors, faut-il bien connaître l'univers Tarantinesque pour apprécier le livre ? Bien sûr que non, mais si le souvenir de ces films est frais, le plaisir d'en saisir les références est bien sûr un plus.

jeudi, septembre 16 2010 12:54

« Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret » - Par Sibylline, Capucine, Jérôme D’Aviau - Ankama Editions


Ecouter aussi ma chronique radio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 25 septembre 2010.

Un conte en noir et blanc pour petits et grands, avec des êtres à la recherche d’un quelque chose souvent tapi chez un inconnu, rencontré à la croisée des sentiers.

Un petit machin né de la dernière pluie et nommé Alphonse s’éveille dans la forêt, sous les yeux d’un monsieur géant qui, après lui avoir appris les bases indispensables, lui demande un cadeau. En attendant, le monsieur s’en va, et voilà le petit Alphonse livré à lui-même dans une forêt qu’il ne connaît pas. Il fera la connaissance d’un très bon ami dans une flaque, un être frisé mais creux, une grande demoiselle caractérielle, ou encore une flammèche qui fait "chrouph !". Au fil de ses rencontres, il prend conscience de ce qu’il recherche.

Le scénario de Sibylline s’adresse aux petits comme aux grands : les plus jeunes seront sensibles aux créatures singulières et aux drôles de déambulations d’Alphonse, quand les adultes s’attacheront à l’universalité de l’histoire : être à l’écoute des autres tout en cherchant ce qui nous manque. En quête de complémentarité ou de ses origines, chaque personnage est en mesure de combler son prochain ou d’évoluer en s’entourant.

Accompagnés de la belle écriture de Capucine, les dessins au trait (uniquement du noir et du blanc) de Jérôme D’Aviau voient cohabiter une efficacité de l’épure mettant en valeur certains détails décalés ou des exagérations de proportions faussement enfantines. Par exemple, les bras en fil de fer d’Alphonse n’ont jamais la même taille, selon qu’il court, qu’il soulève des objets, ou qu’il enlace un ami. Au fil des aventures de cette petite chose, la composition des planches alterne entre illustrations en pleine page (ces noirs et blancs ont une telle force que la plupart mériteraient de figurer dans une galerie) et narrations plus détaillées découpées en strips.

Les déambulations d’un Alphonse démultiplié, dans un décor vu à la verticale rappellent les aventures vidéo-ludiques old school d’un « Zelda ». Mais surtout, les visuels de cet album ne sont jamais aussi forts que lorsqu’ils sont les plus concis, lorsque l’anecdotique s’efface au profit de grandes zones noires hachurées.

Paru chez Ankama dans la collection Étincelle, « Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret », si les pages se tournent vite, se découvre plutôt sans se presser, demandant que l’on s’immerge un minimum dans cet univers pour notamment en apprécier les jeux de mots et tournures de phrase joueuses.

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